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Le Grand Macabre à Berlin : Ligeti, un génie célébré par Rattle

La Scène, Opéra, Opéras

Berlin. Philharmonie. 18-II-2017. György Ligeti (1923-2006) : Le Grand Macabre, opéra sur un livret de Michael Meschke et György Ligeti d’après Michel de Ghelderode. Mise en espace : Peter Sellars. Avec : Pavlo Hunka (Nekrotzar) ; Peter Hoare (Piet the Pot) ; Anthony Roth Costanzo (Prince Go-Go) ; Anna Prohaska (Amanda) ; Ronnita Miller (Amando) ; Heidi Melton (Mescalina) ; Frode Olsen (Astradamors) ; Audrey Luna (Venus / Gepopo) ; Joshua Bloom (Ministre noir) ; Peter Tantsits (Ministre blanc). Rundfunkchor Berlin ; Berliner Philharmoniker ; direction : Simon Rattle.

Grand MacabreUne belle distribution, un orchestre inspiré, et un chef-d’œuvre toujours plus indispensable : seule la version scénique de est ici oubliable.

Poursuivant leur série de spectacles semi-scéniques embrassant tout l’espace de la Philharmonie de Berlin, et ont choisi cette année d’y faire résonner l’unique opéra de , unique à bien des titres. Peter Sellars connaissait déjà bien l’œuvre pour avoir mis en scène la création de la version révisée de l’œuvre en 1997 ; sa vision d’apocalypse nucléaire, assez loin de l’humour noir du livret, avait provoqué un conflit avec le compositeur. Cette seconde rencontre ne convainc à vrai dire guère plus que la première : la perspective de Sellars, avec bidons de déchets nucléaires et laborantins en blouse blanche, reste marquée par une transposition trop littérale aux dangers de notre temps qui rend banal et linéaire un livret qui est aux antipodes – un des charmes du Grand Macabre, précisément, est qu’il est rétif à toute idée de message.

La saison dernière, le Pelléas qu’avait dirigé Rattle dans les mêmes conditions ne nous avait guère convaincu musicalement, tandis que la beauté des images de Sellars avait de quoi fasciner. Cette fois, c’est l’inverse : la musique l’emporte avec brio, et pas seulement à l’orchestre. La très belle distribution est dominée par , qui fait un vrai personnage de son Nekrotzar, ni un croquemitaine, ni un méchant de tragédie : ce n’est pas sa première rencontre avec ce rôle, et cela s’entend. Il faut avouer une petite déception avec : ses coloratures sont précises, mais la voix manque de projection et son appropriation du texte délirant qui lui est confié est bien sage.

Le reste de la distribution n’appelle que des éloges : et sont des merveilles de caractérisation, mais tous mériteraient d’être cités. , qui nous avait déçu à plusieurs reprises ces derniers temps dans le répertoire romantique, est ici parfaitement à son aise, et l’orchestre le suit pour produire, bien sûr, tout ce qu’il faut de grotesque et de grands effets, mais aussi pour des moments suspendus de pure poésie sonore, ce dialogue chambriste de l’intermezzo du troisième tableau par exemple. L’utilisation de toute la Philharmonie pour spatialiser certains effets sonores est habile et toujours convaincante, et le génie de Ligeti dans cette œuvre hors norme n’en est que plus évident. Quelques spectateurs ont cru bon de s’épargner la seconde partie en fuyant à l’entracte ; les ovations finales ont prouvé que ceux qui ont bien voulu suivre l’aventure jusqu’au bout ont été conquis par la partition et ses interprètes.

Crédits photographiques : © Monika Ritterhaus

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