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Alessandra Ferri, la Duse de John Neumeier

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Hambourg. Staatsoper. 19-II-2017. Duse, fantaisies chorégraphiques de John Neumeier. Chorégraphie, décors, costumes et lumières : John Neumeier. Musique : Benjamin Britten, Arvo Pärt. Avec : Alessandra Ferri (Eleonora Duse) ; Alexandr Trusch (Soldat) ; Karen Azatyan (Gabriele D’Annunzio) ; Silvia Azzoni (Sarah Bernhardt) ; Carsten Jung (Arrigo Boito) ; Anna Laudere (Isadora Duncan)… Orchestre Philharmonique de Hambourg ; direction : Nathan Brock.

Duse © Kiran West crée pour une pièce émouvante, à défaut de convaincre entièrement.

Au début du XXe siècle, l’actrice Eleonora Duse a fasciné les publics du monde entier par l’intériorité de son jeu, qui rompait avec les conventions du grand geste théâtral de son temps. C’est cette figure que a choisi pour inviter à Hambourg , revenue à la scène en 2013 après quelques années de retraite. Comme il l’avait fait pour Nijinski, Neumeier ne cherche pas tant à raconter une biographie par le menu (il y a déjà trop de films qui le font), mais d’aller en quête de la vérité intime et artistique du personnage : la longue première partie du ballet est structurée par les différentes rencontres qui marquent la vie de la Duse, amants, rivales, mentors, de Sarah Bernhardt à . Les enchaînements d’une scène, d’une ambiance à l’autre sont d’une grande fluidité, mais ces quatre-vingt-dix minutes finissent par paraître un peu répétitives et convenues : la diversité des danseurs fait l’intérêt de ces rencontres successives, la fougue juvénile d’Alexandr Trusch, le poids en scène de Carsten Jung, la lumineuse présence d’Anna Laudere, mais ces différentes relations n’ont pas le temps de se développer, et le choix musical de Neumeier reste sur une ambiance intime et chambriste qui ne soutient pas l’attention.

Duse © Kiran WestÀ la fin de cette première partie, la Duse meurt : c’est son souvenir qui apparaît dans la courte seconde partie, pièce abstraite où la Duse retrouve les quatre principaux hommes de sa vie, anonymisés par leurs costumes blancs identiques. La musique sentimentale de Pärt (deux fois de suite Fratres !) ne s’améliore pas, mais l’abstraction va bien à Neumeier. Son Nijinski, après l’entracte, était pris au piège de la guerre et de la folie ; ici, c’est plutôt aux actes blancs du ballet romantique qu’on pense, avec des paramètres différents – ce sont des hommes qu’elle retrouve dans l’au-delà, et les retrouvailles ne sont pas conflictuelles : il s’agit moins de souligner l’addition d’influences hétérogènes qui ont fait la Duse que d’en faire ressortir l’harmonie nouvelle qui se crée en elle. Alessandra Ferri apporte toute son expérience au personnage, qui en fait, nécessairement, un travail sur la mémoire artistique. Si Neumeier n’a pas écrit pour elle, en 2015, une partition chorégraphique aussi exigeante que, disons, sa Dame aux camélias, elle lui offre une danse d’une grande souplesse, à la fois intense et légère. Cette danse-là ne cherche pas les grands effets, mais elle touche par une forme discrète et lumineuse de présence sur scène : l’intériorité que, à en croire les témoignages d’époque, la Duse offrait à son public.

Photos : Kiran West

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