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András Schiff, un poète du piano à Berlin

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Berlin. Philharmonie, Salle de Musique de chambre. 19-II-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Inventions à trois voix BWV 787-801 ; Béla Bartók (1881-1945) : Suite pour piano Sz 62, En plein air Sz 81 ; Leoš Janáček (1854-1928) : Sonate pour piano 1.X.1905 ; Robert Schumann (1810-1856) : Sonate pour piano n° 11. András Schiff, piano.

SchiffDeux cents ans de musique pour piano réunis en un récital prodigieux d’intelligence et de poésie sonore.

Trop rare en France, livre avec ce long et ambitieux programme une démonstration d’intelligence qui tient sous le charme, deux heures et demie durant, un public berlinois venu en nombre. La première partie alterne les Inventions à trois voix de Bach avec des pièces de Bartók : dans sa longue introduction parlée, Schiff souligne l’importance de ces Inventions, dont la vocation pédagogique ne diminue ni la difficulté, ni la richesse musicale. Schiff les joue sans jamais recourir aux pédales de son Steinway et sans chercher à les rendre plus variées par le jeu de la dynamique : sa rigueur et son sens des architectures musicales suffisent amplement à les rendre passionnantes. Chez Bartók, Schiff ironise sur le caractère « percussif » associé à ces pièces : la délicatesse du toucher et la richesse de la palette sonore qu’il met en œuvre rendent les enchaînements entre Bach et Bartók la chose la plus naturelle du monde.

Après l’entracte, Schiff place la juxtaposition de Janáček et de Schumann sous le signe de la poésie. La sonate du premier ne se réduit pas sous ses doigts à la délicatesse à la Chopin qui fait un des charmes de sa musique pour piano : Schiff souligne aussi, chez Janáček, l’engagement politique indissociable de l’art, et le souvenir de la violence policière qui a provoqué la composition est mis au jour avec une intensité toujours actuelle. La poésie qu’il fait naître dans la première sonate de Schumann n’est pas plus fade : Schiff y voit des épisodes maniaco-dépressifs, et la gaîté excessive de certains passages rend sous ses doigts cette interprétation naturelle. Point de romantisme de salon ici : Schiff emmène l’auditeur dans un parcours accidenté et aussi inquiétant qu’inconnu. Voilà un récital de piano comme on n’en entend que trop rarement : pas du tout un enchaînement de pièces favorites, mais un programme construit avec une intelligence qui n’a d’égale que l’intensité émotionnelle du jeu de l’artiste.

Crédit photographique : © Nadia F. Romanini

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