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Les Münchner Philharmoniker à la Philharmonie de Paris

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, grande salle Pierre Boulez. 21-II-2017. Claude Debussy (1862-1918) : Prélude à l’Après-Midi d’un Faune. Sergei Rachmaninov (1873-1943) : Concerto pour piano et orchestre n° 3 op. 30. Gustav Mahler (1860-1911) : Symphonie n° 1 Titan. Daniil Trifonov, piano. Orchestre philharmonique de Munich, direction : Valery Gergiev.

Paradoxal GergievSecond orchestre transfuge à passer du Théâtre des Champs-Élysées vers la Philharmonie de Paris cette saison, la formation des Münchner Philharmoniker suit celle du Bayerischen Rundfunk et profite d’une acoustique plus ample que celle de l’Avenue Montaigne, même si encore très différente de leur Philharmonie munichoise dans le bâtiment décrié du Gasteig, où nous avions couvert la semaine précédente les artistes de ce soir.

Au menu parisien était prévu un Concerto pour Piano n° 3 de Rachmaninov et la Titan de Mahler, programme sans doute trop court pour qui aura ajouté il y a quelques jours seulement le Prélude à l’Après-Midi d’un Faune en ouverture, préparé comme les autres œuvres pendant les concerts munichois de février. La pièce de Debussy, rarement réussie par le chef, trouve ici de belles couleurs dans un orchestre somptueux dont se démarque évidemment un premier flûtiste chaud et clair. Cependant la lenteur appliquée à l’ancien orchestre de Celibidache ne permet ni réflexion ni élévation, mais un beau travail des matières symphoniques.

Le piano était déjà présent sur scène et à peine le temps d’un aller-retour du chef russe pour accepter les applaudissements, le voici revenu accompagné du jeune prodige , entendu déjà dans le Troisième de Rachmaninov en juin 2015 dans cette même salle, alors avec Myung-Whun Chung. Le pianiste semble aujourd’hui encore plus concentré et courbé sur son clavier, et laisse apparaître une certaine fatigue dans les poignets à l’Allegro ma non troppo, pris particulièrement lentement par Gergiev dès la première mélodie jouée comme une berceuse.

Le triomphe du public après le dernier accord démontre que le pianiste est passé en quelques années au rang de star, même si sa dextérité revenue au Finale ne masque pas un son ce soir parfois très fermé, surtout à l’Intermezzo joué souvent comme du Liszt plus que dans l’amplitude lyrique d’un Rachmaninov. Au moins n’aura-t-on pas eu une version trop percussive, Trifonov se détachant de plus en plus de l’école russe par son toucher plus léger, ni trop pompière à l’orchestre, avec un suivi acceptable de Gergiev et surtout les superbes interventions du premier cor aux sonorités approchant celles du saxophone dans le premier solo, et ensuite seulement trop démarqué dans les contrepoints jazzy à la fin du premier mouvement. En bis le Lento de la Sonate opus 28 composée quelque temps avant le concerto fait une magnifique boucle avant l’entracte.

Retour en scène avec la Première Symphonie de Mahler, déjà critiquée à Pleyel en 2010 dans le cadre d’une intégrale Mahler et à Munich jeudi. Les impressions sont ce soir à peu près identiques, les Münchner Philharmoniker étant toujours aussi superbes dans la chaleur procurée par les cordes et dans la clarté des bois, assistés de cuivres dont se démarquent d’abord les trois trompettes en coulisse, puis les trombones. Avec sept cors, on ne comprend cependant pas pourquoi Gergiev n’a pas inversé le premier d’entre eux, épuisé par une première partie déjà lourde et au visage rouge dans tout le Finale dans lequel plus une seule attaque n’est propre. On ne comprend pas non plus pourquoi il respecte le choix de Mahler de les faire se lever dans les derniers instants pour leur faire si peu changer de style et les laisser inutilement debout, alors que le rendu était nettement plus impressionnant à la coda du I grâce à la simple position élevée du coude.

Pour le reste, Gergiev n’a en rien changé sa vision de l’œuvre depuis au moins une décennie, prise dans un tempo allègre aux belles sonorités rupestres dans le Langsam, sans mise en avant particulière des chants d’oiseaux. Le Ländler suit la même ligne et passe rapidement pour conduire à la Marche funèbre sur le thème de Bruder Jacob (ou Bruder Martin), Frère Jacques en français, lancé comme toujours avec ce chef par un solo choisi à huit contrebasses plutôt qu’une seule. Le dernier mouvement, Stürmisch bewegt, pèche ici par le manque de franchises des attaques, baveuses comme souvent avec le chef russe, malgré un ensemble qui aurait largement de la réserve si besoin.

Clôture sans bis sur les cris de bravos d’une salle conquise d’avance, malgré un concert plutôt médiocre et peu engageant sur la suite de la collaboration entre et l’orchestre bavarois.

Crédits photographiques : © Fred Toulet/Leemage

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  • Von Der Erde

    Attention! Votre titre est erroné : il ne s’agit pas du premier concert des Münchner Philharmoniker à la Philharmonie. Ils étaient déjà venus le 9 mars 2015 sous la direction de Valery Gergiev, avec Sol Gabetta en soliste, pour un programme Dvorak / Strauss.

    • http://www.resmusica.com ResMusica

      Exact, merci de votre vigilance

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