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Andris Poga et Truls Mørk affinent le Concerto pour violoncelle de Dvořák

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie, grande salle Pierre Boulez. 22-II-2017. Antonin Dvořák (1841-1904) : Concerto pour violoncelle en si mineur, op. 104. Truls Mørk, violoncelle Domenico Montagnana (Venise 1723). Sergueï Prokofiev (1891-1953) : Symphonie n° 5 en si bémol majeur, op. 100. Orchestre de Paris, direction : Andris Poga.

webc_deinatsA la Philharmonie de Paris cette semaine, et délivrent le Concerto pour violoncelle de Dvořák de ses carcans romantiques pour proposer une lecture fine et tout en souplesse du chef-d’œuvre tchèque, avant une Cinquième Symphonie de Prokofiev dans laquelle le chef letton refuse l’opacité pour ne faire ressortir presque que le positif.

Assistant de Paavo Järvi à l’ pendant près de trois ans, a depuis fait son chemin mais revient au pupitre de l’ensemble cette saison pour remplacer Jaap van Zweden, d’abord prévu. Si ce dernier est connu pour sa douceur, dans la continuité de celle d’un Haitink, le remplacement par le jeune chef letton pouvait entraîner une proposition très différente.

Dès l’introduction du Concerto pour Violoncelle op.104 d’Antonin Dvořák, les préjugés disparaissent pourtant et laissent la place à une approche très souple d’une partition trop souvent entendue de manière pompeuse. On prend alors plaisir à déguster chaque solo ressortant d’un son global toutefois compact, ressemblant assez peu à celui d’un orchestre français, sauf dans la transparence des cordes. La première clarinette sera de la partie toute la soirée pour développer les plus beaux moments du concerto, moins bien servi par le premier violon, ce soir , percé d’un regard noir par le violoncelliste lorsqu’il tente un mouvement bien trop romantique, ici hors sujet dans la coda du Finale.

Au milieu d’un geste global si naturel de la part du chef, le norvégien , déjà présent avec l’orchestre pour cette œuvre 19 ans plus tôt, alors dirigé par Christoph Eschenbach, s’intègre parfaitement pour en faire ressortir les penchants les plus intimes de sa partition pour violoncelle. Là encore l’auditeur en attente d’opulence ou d’exubérance sera déçu, car le soliste sur son superbe instrument baroque très rauque et sans rondeur, celui sombre de Domenica Montagnana fabriqué à Venise en 1723, délivre aujourd’hui l’exact opposé avec une vision très introvertie, ne cherchant ni l’agilité ni encore moins la grosseur du son. Dans ces conditions, la Sarabande de la Suite n° 2 de Bach offerte en bis s’insère en continuité du programme et tourne même un regard vers les ouvrages pour violes de gambe du passé, tant elle est jouée avec gravité.

En seconde partie, l’ s’apprête à redonner l’une des œuvres de guerre les plus complexes du répertoire, la Symphonie n° 5 op. 100 de Prokofiev. Pour l’occasion, le chef a renforcé certains pupitres de cordes par rapport à une formation symphonique habituelle, ajoutant deux instruments à chaque groupe de violons ainsi que deux violoncelles, les faisant monter à douze soit autant que les altos, qu’ils dépassent alors souvent en volume en emmenant la patte sonore vers un timbre plus chaud, juste contrebalancé à l’aigu lorsque tous les violons jouent également.

Fuyant là encore tout pathos mais aussi le caractère tragique de l’œuvre, la lecture d’Andris Poga trouve une magnifique intelligence dans l’agencement des thèmes les plus joyeux, réussissant un superbe Allegro marcato (Mvt II), avec toujours une première clarinette parfaite, accompagnée de près par un excellent premier hautbois. Le chef passe plus à côté des mouvements impairs, du coup moins évidents à comprendre avec ce regard sans tristesse, mais revient à une proposition de grand intérêt dans la légèreté de l’Allegro giocoso final (Mvt IV), cette fois porté par des percussions remarquables et une première flûte splendide de lyrisme, quand la clarinette commence elle à fatiguer de trop avoir donné auparavant.

Une très belle soirée prometteuse pour l’avenir!

Photo : Andris Poga © Deinats

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  • Philippe Aïche

    Cher Monsieur Guillemin, peut-être vous faudrait-il une bonne paire de lunette car Truls Mork c’est les deux soirs tourné vers moi avec un immense sourire de plaisir partagé pendant les solos du final de Dvorak. Mais peut-on vous reprocher de n’avoir pas tous les sens au même niveau d’acuité?
    Cordialement

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