tous les dossiers(1)

Cecilia Bartoli et Cenerentola mises en espace par Claudia Blersch

La Scène, Opéra, Opéras

Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 28-II-2017. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola, drama giocoso en deux actes sur un livret de Jacopo Ferretti. Mise en espace : Claudia Blersch. Avec : Cecilia Bartoli, Angelina ; Sen Guo, Clorinda ; Irène Friedli, Tisbe ; Carlos Chausson, Don Magnifico ; Edgardo Rocha, Don Ramiro ; Nicola Alaimo, Dandini ; Ugo Gualiardo, Alidoro. Chœur de l’Opéra de Monte-Carlo. Les Musiciens du Prince, direction : Gianluca Capuano.

Cecilia Bartoli's choice of photos-4 APPROVEDDistribution homogène, orchestre au jeu léger et percutant, mise en espace juste et pertinente : toutes les clés du succès sont réunies pour un spectacle drôle, brillant et émouvant. Et quand Angelina a pour nom , l’ambiance est à la fête !

Le concept de l’opéra « mis en espace » semble se généraliser dans nos salles de concert. Si certains pourront toujours regretter l’absence de décors, qui donnent un contexte à l’action et l’inscrivent dans un cadre spatial clairement défini, d’autres considéreront que le concert en costumes, en tout cas lorsqu’il est accompagné comme c’est le cas ici d’un véritable jeu de scène, permet une concentration de l’action qui va dans le sens de l’épure et de la vérité dramatique. Le théâtre dépouillé de ses oripeaux, privé des éléments qui parfois noient et encombrent l’action sous le poids de leurs propres conventions !

C’est un peu une telle impression qu’on a pu ressentir lors de la mise en espace présentée à la Philharmonie de Luxembourg pour un des plus connus des opere buffe de Rossini. Parfaitement réglées, les allées et venues des chanteurs s’intègrent sans encombres aux musiciens de l’orchestre et aux choristes présents sur scène, tous vêtus du même uniforme. Cenerentola n’hésite pas à interagir avec le chef, soit pour lui faire part de sa tristesse en début d’ouvrage, soit à la fin pour lui proposer des friandises. La mise en espace de Claudia Blersch soigne tout particulièrement la direction d’acteurs laquelle, en dépit des outrances liées à l’invraisemblance du sujet, ne frôle à aucun moment l’excès ou la caricature. L’intrigue de l’ouvrage s’en trouve resserrée et clarifiée, la psychologie des personnages complexifiée, l’hybridité générique de l’opéra pleinement assumée. On aura rarement suivi avec autant d’intérêt le déroulé d’un ouvrage au livret généralement jugé incohérent et mal construit. Une fois de plus, l’esprit de corps et le travail d’équipe auront porté leurs fruits.

L’homogénéité de l’ensemble est renforcée encore par la qualité de l’équipe vocale réunie sur le plateau. En dépit de la présence sur scène d’une star incontestée, personne ne tire la couverture à soi et le spectacle se déroule dans un esprit de convivialité qui touche presque à la fête. Presque tous les numéros de l’opéra sont applaudis par un public conquis dès les premières mesures de l’ouverture. Des deux sœurs – sans doute les rôles les plus ingrats de l’histoire de l’opéra –, on retiendra plutôt le soprano fruité de la Chinoise Sen Guo, Clorinda mieux chantante que d’habitude. Festival de louanges chez les messieurs, à commencer par le noble Alidoro d’Ugo Gualiardo, aussi bien à l’aise dans les vocalises agiles ainsi que dans les profondeurs de sa belle voix de basse. Si brille autant par la qualité de son jeu que celle de son chant, on trouvera en revanche que savonne un peu en Dandini, ce qui n’empêche pas son legato de faire merveille dans un rôle parfois sacrifié sur le plan vocal. En Ramiro, le ténor uruguayen dispense un goût musical irréprochable, un timbre racé et élégant ainsi qu’une ligne vocale conduite de façon toujours exemplaire. S’il n’a pas l’insolence des moyens de Florez, il égalerait presque son aîné en onctuosité et en musicalité. Reste enfin le miracle Bartoli ! Si notre prima donna n’a plus, de toute évidence, l’âge pour incarner physiquement ce qui constituera l’un des rôles de sa vie, elle continue à afficher une voix toujours aussi fraîche, un tempérament aussi pétillant et une technique aussi accomplie. Le subtil mélange de simplicité, d’exubérance et de brio de la diva correspond en tout point au tempérament d’Angelina, ange d’humilité qui finit par régner et par briller sur le trône qui lui est dû.

Avec , on craignait un peu la prestation d’un orchestre « de circonstance » visiblement assemblé afin de soutenir sur mesure les futurs projets de la Bartoli. Pour ceux qui n’ont pas l’habitude d’écouter leur Rossini joué sur instruments d’époque, les sonorités de l’ouverture auront pu paraître aigres et manquant quelque peu d’étoffe. Les autres auront été charmés par la diaphanéité des textures, la légèreté des timbres et surtout la richesse des dynamiques, essentielles pour Rossini. On saura gré au chef d’avoir su insuffler autant de vie à un spectacle réglé comme une horloge suisse, sachant à ce point combiner pathos, émotion et profondeur avec humour, légèreté et insouciance.

Crédit photographique : Ugo Gualiardo, , et © Philharmonie Luxembourg

Banniere-abecedaire728-90-resmusica-janvier16

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.