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Eugen Suchoň, remarquable compositeur slovaque

À emporter, CD, Musique symphonique

Eugen Suchoň (1908-1993) : Metamorfózy (Métamorphoses) ; Baladická suita, op. 9 (Suite balladesque) ; Symfonietta rustica. Orchestre symphonique national d’Estonie, direction : Neeme Järvi. 1 CD Chandos CHAN10849. Enregistré en juin 2013 et mai 2014 au Concert Hall de Tallinn, Estonie. Durée : 63’38.

 

chandos_eugen_suchon_neeme_jarviL’infatigable et boulimique chef d’orchestre estonien nous livre d’exceptionnelles interprétations d’œuvres orchestrales du compositeur slovaque , qui mérite vraiment d’être mieux représenté dans les salles de concert de nos contrées.

Le label anglais Chandos fut l’un des premiers éditeurs non tchèques à nous proposer des œuvres de Josef Suk (1874-1935), Vítězslav Novák (1870-1949) ou Bohuslav Martinů (1890-1959). Le voici qui nous dévoile les splendeurs d’œuvres orchestrales d’un compositeur slovaque, (1908-1993).

Avec Alexander Moyzes (1906-1984) et Ján Cikker (1911-1989), Eugen Suchoň est l’une des trois figures les plus éminentes de la musique slovaque du XXe siècle. Si plusieurs compositeurs tchèques (même en dehors de Smetana et Dvořák) sont relativement connus chez nous, on ne peut en dire autant des compositeurs slovaques, tout comme il est trop rare d’entendre des musiques d’autres pays d’Europe de l’Est, alors qu’on vante tant l’Union Européenne… Que connaît-on vraiment des compositeurs bulgares, croates, hongrois (hormis Bartók et Kodály), roumains, serbes ou slovènes ? Il est vrai que la barrière des langues peut constituer un obstacle vis-à-vis des œuvres vocales, mais ce n’est aucunement le cas envers les pages instrumentales et orchestrales. La musique européenne ne se résume pas, loin s’en faut, aux grands classiques et romantiques de l’Ouest !

Auteur d’une Théorie des accords qu’il publia en 1978, et pratiquant la « tonalité étendue », suite à son étude des origines de la musique slovaque traditionnelle, Eugen Suchoň est le compositeur de deux admirables opéras : Krútňava (Le Tourbillon), achevé en 1949, et pour lequel il avait une affection particulière, et Svätopluk, terminé en 1959, qui relate le destin tragique du vieil empereur lors des luttes religieuses et politiques qui minèrent l’Empire de Moldavie à l’époque médiévale.

Il serait trop réducteur de considérer Eugen Suchoň comme un compositeur simplement néoromantique, car son langage, sans rompre avec les grandes traditions, est bien souvent personnel ; c’est surtout le cas dans ses œuvres pour un orchestre particulièrement riche et dont il est parfaitement maître. La suite symphonique en cinq sections Métamorphoses (1953) et la Suite balladesque op. 9 (1935) avaient déjà connu leur ancienne et superbe gravure mono chez Supraphon, respectivement par le grand chef d’orchestre slovaque Ľudovít Rajter (1906-2000) et son homologue tchèque Václav Jiráček (1920-1966). Vinrent ensuite en stéréo le CD Marco Polo dirigé par le chef tchèque Zdeněk Košler (1928-1995), et le CD Opus sous la baguette du Slovaque Ondrej Lenárd. Tout cela est surclassé par la réalisation sous rubrique, qui nous offre de surcroît la belle Symfonietta rustica (1956) de Suchoň, adaptée de sa Sonata rustica pour piano, où il montre son intérêt pour la modalité. Le CD, de plus est d’un niveau technique sonore très soigné, bien typique des productions Chandos ; et le tout a reçu les soins attentifs de l’éclectique et son orchestre estonien, qui nous gratifient une fois de plus de somptueuses interprétations parfaitement ressenties et mises au point. Ce disque nous donne ainsi l’opportunité d’une appréciation précise et relativement complète de l’œuvre orchestrale d’un compositeur très attachant.

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