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Aux origines de l’opéra, l’authenticité des Arts Florissants

La Scène, Opéra, Opéras

Versailles. Opéra Royal. 8-III-2017. Claudio Monteverdi (1567-1643) : Orfeo, fable en musique en 5 actes avec prologue sur un livret d’Alessandro Striggio. Mise en espace : Paul Agnew. Costumes : Alain Blanchot. Décors et lumières : Christophe Naillet. Avec : Cyril Auvity, Orfeo ; Hannah Morrison, Euridice, Musica ; Miriam Allan, Proserpina, Ninfa ; Léa Desandre, Messaggiera, Speranza ; Carlo Vistoli, Spirito infernale, Pastore ; Sean Clayton, Pastore ; Zachary Wilder, Spirito infernale, Pastore ; Antonio Abete, Plutone, Spirito infernale, Pastore ; Cyril Costanzo, Caronte, Spirito infernale ; Paul Agnew, Apollo, Eco. Les Arts Florissants, direction : Paul Agnew.

Philippe Delval 1Même si les opéras de Monteverdi demeurent en bonne place dans le répertoire des grandes maisons d’opéra actuelles, les 450 ans de sa naissance le mettent particulièrement à l’honneur cette année : après Il ritorno d’Ulisse in Patria aux Champs-Élysées, et L’Incoronazione di Poppea à l’Opéra de Vichy, voici l’Orfeo par l’un des ensembles de musique baroque les plus reconnus au monde : .

Quelques pierres en carton-pâte, un peu de feuillages disséminés çà-et-là : la mise en espace de , directeur adjoint des Arts Florissants, s’inspire des tableaux de Nicolas Poussin « et de la vision fantasmée de l’Antiquité au XVIIe siècle. » Ne nous attardons pas sur cet unique décor puisque la valeur ajoutée de cette mise en espace est la participation des musiciens sur le plateau tout autant que des chanteurs. À peine installée sur notre fauteuil, nous pouvons donc observer avant le début du spectacle, et son chitarrone, assis au milieu de la scène en train de se chauffer les doigts, avant de se lancer dans la toccata triomphante qui débute l’opéra. Tout cela concorde avec l’une des plus grandes innovations du compositeur dans cet ouvrage où l’importance accordée aux instruments est patente puisque Monteverdi leur assigne des rôles spécifiques : les flûtes évoquent les bergers, les cornets les enfers, les cordes pincées l’harmonie des sphères…

L’instrumentation par , somme toute un peu allégée, reste très riche en timbre avec deux clavecins graves, un violoncelle et un violone, une harpe, deux petits violons « à la française », deux chitarrones, deux orgues à bois, quatre trombones, un régale, deux cornets à bouquin, une petite flûte à bec et quatre trompettes naturelles. Conformément aux didascalies du livret, les musiciens évoluent (quand ils ne sont pas partie prenante de l’intrigue) à travers un double orchestre spatialisé, sans chef mais avec Marie Van Rhijn et Florian Carré aux claviers qui assurent la « direction. » Dans un naturel admirable où règne un véritable esprit de troupe, c’est une musique toute empreinte d’équilibre et de modération qui nous est proposée.

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Ce cadre et cette atmosphère laissent toute la place à de dévoiler une parfaite technique italienne d’émission des sons, avec un véritable travail sur les mots même si de beaux moments vocalisés ponctuent la soirée. L’air Possente Spirto démontre pleinement ce constat : avec énormément de texte, sans reprise ni variation, la justesse des intentions du ténor est évidente et la tension dramatique à son paroxysme grâce à une ligne vocale d’une virtuosité étourdissante avec ses notes répétées, ses trilles et vocalises. Mais il y a surtout chez le ténor une sorte de lâcher prise admirable où rien d’autre n’existe que le chant livré dans la vérité de l’instant. Cela ne l’empêche pas d’offrir de sublimes pianissimi dans le chant mortuaire Ohime, véhiculant tout son désespoir en apprenant la mort d’Eurydice.

À ses côtés, assure les métamorphoses qui lui ont été assignées : noble et radieuse en Musique, éphémère et fragile en Eurydice, elle dispose d’une voix claire et lumineuse d’une grande ductilité. Le reste de la distribution est totalement homogène et intégralement voué à l’œuvre même si la révélation artistique de l’année aux dernières Victoire de la Musique Classique nous marque particulièrement. Lorsqu’elle doit annoncer la mort d’Eurydice avec le premier modèle du genre du recitar cantando de Monteverdi, Léa Desandre exprime toute les intentions du texte avec force et assurance.

Avec cette nouvelle production créée à Caen fin février, Les Arts Florissants nous démontrent qu’il n’y a pas besoin de chichi ou de flonflon pour offrir un spectacle de grande qualité, mais de la belle musique, tout simplement.

Crédits photographiques : Orfeo par Les Arts Florissants © Philippe Delval

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