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Le Songe d’une nuit d’été : l’enchantement de la jeunesse

Danse , La Scène

Paris. Palais Garnier. 12-III-2017. Le Songe d’une Nuit d’Été, ballet en deux actes d’après William Shakespeare. Chorégraphie : George Balanchine (1962), réglée par Sandra Jennings. Musique : Felix Mendelssohn-Bartholdy (1809-1847) : Ein Sommernachtstraum (opus 21 et opus 61), divers extraits. Costumes : Christian Lacroix, d’après Barbara Karinska. Décors : Christian Lacroix, assisté de Camille Dugas. Solistes : Anne-Sophie Ducret, Pranvera Lehnert. Avec : Hannah O’Neill, Titania ; Fabien Révillion, Obéron ; Antoine Kirscher : Puck ; Muriel Zusperreguy, Hermia ; Simon Valastro, Lysandre ; Sae Eun Park, Héléna, Vincent Chaillet, Démétrius ; Ida Viikinkoski, Hippolyte ; Audric Bezard, Thésée ; Takeru Coste, Bottom ; Karl Paquette, Cavalier de Titania ; Alice Catonnet, Papillon ; Marion Barbeau, Florian Magnenet, Divertissement. Orchestre et Choeurs de l’Opéra National de Paris ; direction musicale : Simon Hewett ; chef des chœurs : José Luis Basso.

Songe 1Le Songe d’une nuit d’été de Balanchine entre au répertoire du Ballet de l’Opéra de Paris. Balanchine s’est inspiré de la pièce de théâtre de William Shakespeare pour créer un pendant estival à Casse-Noisette en utilisant les mêmes ressorts que dans l’œuvre du dramaturge anglais.

Le Songe d’une nuit d’été est une œuvre assez peu évidente à cerner au premier regard tant le dénouement dramatique nécessite des explications claires alors que les articulations entre les personnages tronçonnent une action parfois laborieuse. Par ailleurs, le déséquilibre entre les deux actes est assez frappant. La première partie résume absolument tous les imbroglios amoureux entre les deux couples formés par Hermia et Lysandre d’une part et Héléna et Démétrius d’autre part, mais également les démêlés entre Obéron et Titania, auxquels, pour ne rien simplifier au déroulement, s’ajoutent Bottom et sa tête d’âne, le Cavalier de Titania, Puck, Hippolyte et Thésée. Les cinq actes chez Shakespeare sont ainsi réduits à 1h10 de danse et de pantomime ! Le deuxième acte est uniquement de circonstance. Il célébre les trois mariages des couples formés au premier acte, agrémentés d’un pas dont les danseurs principaux sont étrangers à l’action. L’exhaustivité dans le traitement des personnages amène un déroulement brouillon si l’on n’a pas le synopsis en tête, mais on peut aussi se laisser porter par l’atmosphère du ballet. Balanchine a maintenu, en transposant les mots en danse, un certain mélange des genres, entre la féérie romantique, les aspects dramatiques et les évocations anacréontiques.

Pour une troupe qui n’est pas habituée à ce genre de narration, celle du Ballet de l’Opéra de Paris est plutôt convaincante, ayant surtout fait appel à des forces vives de la jeune génération montante pour cette deuxième distribution. Les personnages sont si foisonnants qu’il serait vain d’en commenter les interprètes.

Toutefois, , monument indestructible du Ballet, s’occupe avec bienveillance de la jeune , absolument captivante dans les lignes et la délicatesse du phrasé (dans le Divertissement du deuxième acte). et se détachent par leur justesse d’exécution très française (on apprécie le joli travail de la petite batterie de ), tout comme au format très typique de l’Opéra de Paris. Dans une veine plus athlétique, (qui remplaçait ) est très virtuose et annonce une technicienne en puissance dont la stature lui apportera certainement les lauriers dans le futur. Puck est interprété par : ce rôle est très difficile dans la mesure où la salle de l’Opéra Bastille dilue considérablement les effets comiques si l’on ne passe pas la rampe, et bien des intentions sont malheureusement noyées par le manque de netteté dû à la grande taille de la scène.

Songe 2

S’agissant d’une nouvelle production, a élaboré les costumes et les décors. Alors que les costumes créés pour La Source pouvaient encombrer les danseurs, ceux que le styliste a pensés pour cette production témoignent, à l’instar de Palais de Cristal, d’une très belle maîtrise des étoffes, entre la grandiloquence de la tarlatane dans le tutu et les reflets moirés des velours profonds. Les décors, constitués de toiles peintes, font appel à un style composite. La déformation onirique de la végétation de la forêt en fleurs géantes cohabite avec un pavillon rococo immense dans un palais impérial : le propos est parfait, sans lourdeur de fioritures, et néanmoins suffisamment fantasque pour évoquer une atmosphère fabuleuse.

L’ensemble du corps de ballet s’améliorera certainement au fur et à mesure des représentations, alors que les enfants de l’École de danse, nombreux sur scène, sont très appliqués, comme toujours.

Enfin, l’accompagnement orchestral est de très bonne tenue sous la baguette de , attentive aux évolutions des danseurs.

Cette très belle entrée au répertoire d’un ballet narratif et divertissant n’est pas nécessairement dans les habitudes de l’institution ; mais, agrémenté par la fraîcheur de la troupe, on est enchanté de ce monde tissé de mousseline et de rêves.

Crédit photographique: , © Agathe Poupeney/ Opéra National de Paris

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