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Sur les pas de Forsythe avec le Ballet du Capitole de Toulouse

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Toulouse. Halle aux grains. 10-III-2017. A Million kisses to my skin. Création par le ballet de Hollande (15 juin 2000). Musique : Johann Sebastian Bach, Concerto pour clavier n°1 en ré mineur BWV 1052. Chorégraphie, mise en scène et décors : David Dawson. Costumes : Yumiko Takeshita. Lumières : Bert Dalhuysen. The Vertiginous Thrill of Exactitude. Musique : Franz Schubert, Allegro Vivace de la Symphonie n° 9 en ut majeur. Chorégraphie, scénographie et lumières : William Forsythe. Costumes : Stephen Galloway. A.U.R.A (Anarchist Unit related to Art). Musique : 48nord (Ulrich Müller et Siegfried Rössert). Chorégraphie, décors, costumes et lumières : Jacopo Godani. Avec les danseurs du Ballet du Capitole.

BC0324bisKader Belarbi, directeur du , met en regard les œuvres de trois chorégraphes, le Britannique , l’Italien et le maître du néoclassique . Un programme bien conçu mais qui ne souffre pas les imprécisions techniques.

La cohérence du programme est claire : le point central en est , dont la pièce The Vertiginous Thrill of exactitude est placée au cœur du programme, comme un point d’orgue. A Million Kisses to my skin de et A.U.R.A de , apparaissent nettement en filiation avec la technique, le style et la dynamique de déconstruction de Forsythe. Pour faire simple et au risque de schématiser, ce programme donne à voir une palette du style que l’on peut appeler « néo-classique », allant jusqu’au « post néo-classique » de David Dawson.

Les deux chorégraphes peuvent sans conteste être qualifiés d’héritiers de Forsythe. Jacopo Godani a été soliste principal au Ballet de Francfort de William Forsythe dans les années 1990 puis a succédé à son maître en tant que directeur artistique et chorégraphe à la Dresden Frankfurt Dance Company. David Dawson, qui a été chorégraphe résident au Ballet national de Hollande et au Semperoper de Dresde s’inscrit également dans la filiation de Forsythe.

Le programme s’ouvre, de manière explosive, avec A Million Kisses to my skin de Dawson. Sur le Concerto pour clavier n°1 de Bach, dont le premier mouvement se déverse dans un seul et même souffle à un rythme effréné, les danseurs sont lancés dans un enchaînement de duos et d’ensembles qui sont comme une mise en mouvement de la musique. L’influence de Forsythe est évidente : hyper extension, asymétrie, tours désaxés, lignes brisées. Dawson a cherché à rendre cette impression de bonheur absolu du danseur sur scène, qu’il décrit joliment comme la « sensation de recevoir un million de baisers simultanés sur la peau ». Sa chorégraphie est bien un moment de danse virtuose, à la technique redoutable et réjouissante. Seulement, celle-ci ne souffre aucune imprécision : à cette cadence, toute erreur est fatale. Cela l’a été pour une des danseuses, qui a chuté. Au-delà de ce qui ne pourrait être qu’un détail, force est de constater que les danseurs dans leur globalité ne semblaient pas dominer intégralement la technique. La difficulté était rendue visible par un manque de synchronisation dans les ensembles et une certaine crispation du haut du corps chez certains, alors que la chorégraphie doit pouvoir s’enchaîner sans aucun heurt, comme la musique.

Vertiginous thrill of exactitudePuis vient le tour de The Vertiginous Thrill of exactitude. C’est toujours un bonheur de revoir ce petit bijou d’art chorégraphique, au rythme enlevé de l’Allegro Vivace de la Symphonie n° 9 de Schubert. Très courte (11 minutes), la pièce est une euphorie de mouvements et un concentré de prouesses techniques. Les solistes sont plus assurés que dans la première partie, surtout les garçons, et , explosifs et précis dans les sauts. Néanmoins, la belle énergie des filles et leurs lignes élégantes sont un peu contrebalancées par des tours terminés sur demi-pointes et une légère appréhension.

Enfin, dans un tout autre registre, le programme se clôt avec fracas, avec A.U.R.A, acronyme de Anarchist Unit Related to Art. Après les deux pièces rayonnantes et lumineuses de Dawson et Forsythe, l’Italien Jacopo Godani nous plonge dans un univers plus sombre et radical : musique aux accents stridents de 48nord, costumes sombres, scène plongée dans le noir puis soudain éclairée brutalement au néon. La logique de déconstruction du mouvement est présente qui rappelle l’influence de Forsythe, mais Godani explore de nouveaux champs, du côté de l’animalité de la danse. Il sert également un propos politique, se tournant vers la pensée anarchiste, conçue comme un mouvement visant à affranchir l’homme moderne grâce au processus créateur. La pièce apparaît ainsi comme une « unité anarchiste » où le chorégraphe cherche à « amener les danseurs à aller au-delà de leur corps et de leur mental ». Très intense, elle permet aux danseurs du Capitole de donner le meilleur d’eux-mêmes. On ne perçoit pas les imperfections techniques, gênantes dans les deux premières parties. Néanmoins, la pièce en elle-même n’est pas complètement convaincante et ne permet pas, sans mise en contexte, de décrypter la portée politique du propos.

Crédits photographiques : © David Herrero

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