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Fidelio à l’Opéra de Rennes : Prima la Musica

La Scène, Opéra, Opéras

Rennes. Opéra. 15-III-2017. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Fidelio, singspiel en 2 actes sur un livret de Joseph Ferdinand von Sonnleithner d’après Léonore ou l’Amour conjugal de Jean-Nicolas Bouilly. Mise en scène, scénographie et costumes : Philippe Miesch. Lumières : François Saint-Cyr. Avec : Martin Homrich, Florestan ; Claudia Iten, Leonore ; Anton Keremidtchiev, Pizzaro ; Christian Hübner, Rocco ; Olivia Doray, Marzelline ; Andreas Früh, Jaquino ; Philippe-Nicolas Martin, Fernando. Chœur de l’Opéra de Rennes (direction : Gildas Pungier), Orchestre Symphonique de Bretagne, direction : Grant Llewellyn.

17310188_1584080814952667_4504718898261322243_oUne semaine après l’annonce de sa nomination à la tête d’Angers Nantes Opéra, prélude peut-être à la constitution souhaitée par beaucoup d’un Opéra du Grand Ouest, Alains Surrans nous propose une nouvelle production de Fidelio confiée à l’architecte et plasticien strasbourgeois , coproduite avec… Angers Nantes Opéra.

Affirmons-le d’entrée, il est difficile de s’enthousiasmer pour une proposition scénique à ce point dépourvue de la moindre audace, la transposition à l’époque contemporaine ayant de longue date cessé d’en être une. Le dispositif scénique, extrêmement dépouillé, est uniformément noir et sombre, ne s’ouvrant à une lumière crue qu’à deux reprises : la sortie de prisonniers et la scène finale. Pour le reste, la direction d’acteurs est en panne, les solistes chantant le plus souvent campés immobiles face à la scène comme  au bon vieux temps. L’ensemble se suit sans réel intérêt mais sans parasiter la musique, et là est l’essentiel.

En effet, nos oreilles sont à la fête dès l’ouverture. , directeur musical de l’ depuis 2015, nous livre une lecture gourmande de la partition qui ne concède que quelques accents dramatiques au second acte. En ce sens, sa lecture fait largement contraste avec celle du metteur en scène. Incontestablement, nous sommes en présence d’un vrai chef de théâtre qui veille à la couleur, au contraste et à la vivacité rythmique, et mène un orchestre en bonne forme, avec une petite harmonie en état de grâce mais des cors parfois en délicatesse.

La distribution n’appellerait que des éloges, si ce n’était un Jaquino en manque de séduction dans le timbre et de projection. Tout le contraire de sa Marzelline à laquelle offre une présence juvénile et fraîche ainsi qu’un instrument charnu et discipliné s’épanouissant dans le haut du registre, qui lui permet notamment de lancer délicieusement le quatuor Mir ist so wunderbar. fait preuve de noblesse dans son intervention finale, tandis que apporte à Rocco une voix richement timbrée et une belle profondeur de grave. , remplaçant Donald Litaker, initialement annoncé, fait preuve de puissance et d’endurance mais sait alléger ses moyens lorsqu’il le faut.

impressionne en Pizarro par l’amplitude et la noirceur naturelle des moyens. Son allure ascétique renforce l’effet d’une composition glaçante du personnage, d’autant plus impressionnante qu’à aucun moment il ne cède à la caricature. Il nous offre ainsi un Ha! Welch ein Augenblick percutant et discipliné, à mille lieues des copies rendues par les aboyeurs parfois distribués dans le rôle. , enfin, est la grande découverte de la soirée. Cette soprano d’origine suisse qui fait carrière sur les scènes allemandes possède une technique exemplaire ainsi qu’une voix claire et irisée. Elle fait preuve au premier acte d’une discipline toute mozartienne, mais ne se démonte pas devant les exigences dramatiques du second, pour nous livrer un portrait vocal de Leonore très abouti et séduisant. Elle participe au succès d’une soirée très réussie sur le plan musical.

Crédit photographique : (Pizarro) © operaderennes

 

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