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L’Ensemble Intercontemporain fête son fondateur

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Paris. Philharmonie – Grande salle Pierre-Boulez. 18-III-2017. Arnold Schoenberg (1874-1951) : Symphonie de chambre n° 1 op. 9 ; Anton Webern (1883-1945) : Lieder pour voix et ensemble ou orchestre op. 8, 15, 17, 18 et op. posthume ; Concerto op. 24, pour 9 instruments ; Cinq Pièces pour orchestre op. 10 ; Pierre Boulez (1925-2016) : Sur Incises, pour trois pianos, trois harpes et trois percussions/claviers. Yeree Suh, soprano ; Ensemble Intercontemporain ; direction : Matthias Pintscher.

EIC 18.3.2017Un beau programme très boulézien pour un concert sans âme.

Il y a déjà la salle : on sait ce que la construction de la Philharmonie doit à l’apostolat musical de , mais aurait-il apprécié cette acoustique froide qui dément cruellement la promesse de proximité entre public et musicien ? On ne peut que se réjouir de voir 2 400 personnes assister à ce concert, mais on se prend à regretter la chaleur autrement communicative de la Salle des Concerts construite par Christian de Portzamparc : un tel programme y aurait été tellement plus à sa place !

Pour fêter son quarantième anniversaire, l’ ne pouvait que célébrer son fondateur , et a choisi de le faire avec un programme de chefs-d’œuvre qui ressemble à s’y méprendre à ceux que proposait Boulez lui-même. La Symphonie de chambre de Schoenberg est à la fois une œuvre fondatrice de la modernité musicale et une pièce séduisante qui devrait entraîner tous les cœurs avec elle. affirme lui-même vouloir l’emmener vers d’autres horizons que ceux contemplés par Boulez : le résultat est plus anguleux, avec des choix de tempo parfois inhabituels, mais on y entend moins la « manière viennoise » invoquée par Pintscher qu’un embarrassant manque de direction qui brise tout élan et prive l’œuvre de sa force de conviction.

Il en va de même avec Sur Incises : il est légitime, naturellement, de ne pas chercher à imiter servilement la direction du compositeur, mais la froideur et les alanguissements inutiles ne sont certainement pas une piste à suivre. Toute la fascinante palette sonore qui en fait le chef-d’œuvre le plus accessible de Boulez, la pulsation chaleureuse qui nourrit le tissu sonore, les moments de mystère et les moments de désorientation, tout ceci est absent ce soir. Il n’y a pas lieu d’être trop sévère ici, tant les chefs auront fort à faire pour trouver leur propre chemin vers cette musique : on ne peut que constater, malgré la qualité évidente de musiciens qui ont joué avec Boulez, que Matthias Pintscher n’y est ce soir pas parvenu.

C’est cependant la partie centrale du concert qui, entre ces deux chefs-d’œuvre souvent donnés, fait tout le prix de ce programme : on entend assez souvent (mais pas encore assez) le Concerto op. 24 et les Cinq pièces op. 10, mais les Lieder, peu amènes et terriblement difficiles, sont souvent considérés comme un terrain d’expérimentation pour Webern qui n’a pas vraiment vocation à connaître les honneurs de la scène. La soprano est le grand bonheur de la soirée : elle se joue des intervalles impossibles prévus par la partition sans même sacrifier la diction, avec cette clarté de timbre qui sied si bien aux intrigantes miniatures de Webern. C’est aussi l’occasion d’admirer l’esprit chambriste et les talents solistes des musiciens de l’Intercontemporain : présenté à sa création comme la danseuse de Boulez, l’ensemble s’est imposé dans le monde entier comme un ambassadeur d’élite pour toute la France musicale. Il est heureux que, parvenu à l’âge adulte, il soit ce soir également célébré par le public parisien.

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