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Jeunesse et post-romantisme européens par le Secession Orchestra

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Auditorium du musée du Louvre. 22-III-2017. Anton Webern (1883-1945) : Passacaille op.1 (arrangement de Clément Mao-Takacs) ; Gustav Mahler (1860-1911) : extraits des Lieder aus Der Jugendzeit et des Lieder aus « Des Knaben Wunderhorn » ; Blumine (arrangements de Clément Mao-Takacs) ; Alban Berg (1885-1935) : extraits des Sieben frühe Lieder (arrangement Clément Mao-Takacs et Vincent Buffin) ; Johannes Brahms (1833-1897) : extraits des Ballades op. 10 (arrangement de Clément Mao-Takacs) ; Arnold Schönberg (1874-1951) : Lied der Waldtaube, extrait des Gurre-Lieder (arrangement d’Arnold Schönberg) ; Maurice Ravel (1875-1937) : La Valse. Marion Lebègue, mezzo-soprano. Secession Orchestra ; direction : Clément Mao-Takacs.

secession_orchestra10La qualité des solistes et de l’ensemble du , mise au service d’une répertoire original, fait tout le bonheur de ce concert à l’Auditorium du musée du Louvre.

Encore tout imprégné de post-romantisme, de ce « monde d’hier » dépeint par Stefan Zweig, le Jugendzeit viennois ouvre toutefois le chemin de la modernité. L’orchestre chambriste propose un programme d’une originalité appréciable autour de cette idée, avec les jeunes Berg, Schoenberg et Webern, mais aussi Mahler, Ravel et Brahms. Un concert qui s’appuie sur une interprétation intelligente et précise, mais qui suscite plus ou moins d’émotion selon les pièces.

Le concert présente alternativement un choix de lieder et de pièces pour orchestre seul, en l’occurrence le Secession Orchestra, sous la baguette de . Celui-ci réunit ici une trentaine de musiciens, avec une prédominance des vents, des harpes, mais également un piano et un accordéon, dans l’adaptation des Gurre-Lieder de .

La mezzo-soprano prête sa voix aux œuvres de Mahler, Berg et Schoenberg, avec une tessiture ample ainsi qu’un timbre rond et chaud tout à fait appropriés à ce répertoire. Dans Mahler, elle est comme fondue dans l’orchestre, offrant de beaux moments avec les pupitres de vent, comme au début d’Erinnerung, en unisson avec le hautbois dans un moment de quasi recueillement. Avec Das irdische Leben, Mahler renoue avec le lied dramatique, dans ce récit de la mort fatale de l’enfant affamé, inspiré du Roi des Aulnes de Schubert. Au fil du concert, les œuvres se font plus dramatiques, évoquant même l’opéra wagnérien, malgré les limites naturelles liées à cette formation orchestrale. La voix gagne également en expressivité, lâchant ici des soupirs poignants (Nacht, Berg) ou là, des crescendos d’opéra (Die Nachtigall, Berg) et culmine dans un extrait des Gurre-Lieder, par le récit du convoi funèbre de Tove, l’amante du roi Valdemar, et de la folie qui guette ce dernier.

Des arrangements plus ou moins pertinents

propose également des arrangements (de sa main ou d’un des musiciens), comme déjà au festival de Saint-Denis : adaptations d’œuvres prévues originellement pour piano, comme ces Ballades de Brahms, ou au contraire prévues pour un orchestre beaucoup plus large (Gurre-Lieder, La Valse). Si l’exercice est plutôt en vogue, c’est qu’il permet d’interpréter un large répertoire, tout en le renouvelant. Mais pour être brillant, il présente quelques risques. Ainsi les Ballades perdent en légèreté et en finesse (le résultat est plus brahmsien que Brahms, pour ainsi dire), surtout si l’auditeur apprécie la version originale. La Valse perd en cohérence et en puissance expressive, notamment dans cette fin frénétique signant la déliquescence de ce monde viennois, qui, dans cette configuration, ne nous saisit pas, malgré tous les efforts des interprètes. En somme, malgré toute l’intelligence de l’exercice, celui-ci laisse un peu froid.

La Passacaille de Webern, qui ouvre le concert, est bien plus convaincante. Selon la note de programme (de grande qualité) du chef, la pièce ressemble à la « radiographie d’un organisme gangrené de l’intérieur, comme dans ces tableaux de Schiele ». Exigeante quant à sa mise en place, elle est servie par une grande précision et les qualités de solistes de tous les pupitres.

Crédits photographiques : Clément Mao-Takacs © Christophe Fillieule / Métis

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