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À Lausanne, le superbe Rodolfo de Giorgio Berrugi

La Scène, Opéra, Opéras

Lausanne. Opéra. 22-III-2017 Giacomo Puccini (1858-1924) : La Bohème, opéra en quatre actes sur un livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Scènes de la vie de bohème d’Henry Murger. Mise en scène : Claude Stratz. Décors et costumes : Ezio Toffolutti. Lumières : Henri Merzeau. Avec : Emily Dorn, Mimì ; Giorgio Berrugi, Rodolfo ; Vittorio Prato, Marcello ; Benoît Capt, Schaunard ; Luigi De Donato, Colline ; Anne Sophie Petit, Musetta ; Marin Yonchev, Parpignol ; Mario Marchisio, Benoît/Alcindoro ; Mohammed Haidar, Le sergent des douanes ; Louis Morvan, Un douanier. Maîtrise « Opéra » du Conservatoire de Lausanne (chefs de chœur : Stéphanie Burkhard et Pierre-Louis Nanchen). Chœur de l’Opéra de Lausanne (chef de chœur : Jacques Blanc), Orchestre de Chambre de Lausanne. Direction musicale : Frank Beermann.

Boheme.01Malgré une direction d’acteurs quelque peu défaillante, la reprise de la mise en scène de 2003 de La Bohème de , alors dirigée par le metteur en scène rencontre un indéniable succès auprès du public, notamment en raison de l’excellent Rodolfo du ténor italien .

Quelques semaines après une production genevoise de La Bohème de , à une petite soixantaine de kilomètres, l’Opéra de Lausanne programme le même opéra ! Peut-être pour qui n’aurait pas compris l’intrigue ? Certains pourraient qualifier cela de manque d’imagination, d’autres auraient raison de s’étonner qu’on s’ignore autant entre maisons d’opéra géographiquement si proches pour ne pas communément éviter de tels doublons.

À Lausanne, avec la reprise (pour la troisième fois) du chef d’œuvre de Puccini dans la mise en scène que avait signée en 2003, se dessine l’usure d’un spectacle repris sans les ajustements que la modernité du discours scénique impose. À l’opéra, de nos jours, on ne peut plus chanter toujours face au public, on ne peut plus crédibiliser un duo d’amour avec des protagonistes placés d’un côté et de l’autre du plateau, voire sans même qu’ils se regardent. Aujourd’hui, une mise en scène d’opéra se doit de s’inspirer de ce que le cinéma ou la télévision nous montrent.

Si les décors expressionnistes d’ font toujours mouche sous les lumières de , la direction d’acteurs insuffisamment travaillée pousse certains protagonistes à surjouer et partant, à ne pas intégrer l’esprit de l’intrigue. Ainsi, en personnage excessif, voit-on Marcello se balancer ses bras dans des gesticulations sans grande signification. L’intrigue est si connue que le spectacle oublie presque de la raconter, d’en souligner les enjeux, d’en relever et d’en dessiner les caractères. En 2003, Claude Stratz dirigeait les chanteurs de son plateau. En 2017, d’autres les ont remplacés. Même si l’intrigue n’a pas changé, un copier-coller du théâtre d’une autre distribution ne suffit pas à faire le spectacle.

Musicalement, le plateau lausannois s’avère très homogène à une exception près. En effet, on est surpris de constater que la projection vocale de (Schaunard) n’est plus aussi franche que par le passé. Sa voix est devenue engorgée, sourde. Hormis ce seul bémol, tous les protagonistes s’acquittent brillamment de leur tâche.

À commencer par le ténor italien (Rodolfo) qui confirme son talent avec une ductilité vocale remarquable, déjà remarqué dans son récent Rodolfo à Turin. L’intimité de la scène lausannoise semble mieux convenir à la vitrine de ses nuances. Quel admirable moment de grâce que son attaque mezzo-voce d’un O Mimi, tu più non torni émouvant aux larmes !

Boheme.02À ses côtés, la voix souple, puissante et colorée du baryton (Marcello) fait merveille. Avec sa diction parfaite, son intelligence vocale impressionnante, il aurait aisément pu se passer de s’agiter scéniquement (et parfois inutilement) sans pour autant nuire à son personnage. L’élégance vocale de la basse (Colline) offre un Vecchia zimarra d’une rare beauté de timbre, de phrasé, qui ne fait que confirmer le bonheur qu’il distille par petites touches (c’est le rôle qui le veut) tout au long de l’opéra.

Concernant (Mimì), on aurait tant aimé qu’elle se lâche un peu plus. Sa voix est si jolie, si crémeuse, si fruitée que l’impression qu’elle laisse de la vouloir contrôler à tous les instants dessert l’authenticité de son personnage. Même constat, quoique plus nuancé, pour la soprano (Musetta). Avec l’excuse de ses (presque) premiers pas sur une scène d’opéra, elle aborde ce rôle (en or) avec une certaine timidité pour bientôtt s’envoler admirablement dès qu’elle a réalisé qu’elle tenait son personnage.

S’il faut relever l’excellente prestation du Chœur de l’Opéra de Lausanne, et celui de la délicieuse qui, à eux deux, ont dynamité un l’acte II de belle manière, l’ est apparu parfois emprunté. La faute au chef d’orchestre allemand et à sa tendance à prendre des « tempo de sénateur » au détriment d’une certaine dramaticité de l’œuvre puccinienne.

Crédit photographique : © Marc VanAppelghem

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