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Faire confiance à Berlioz : Béatrice et Bénédict au Palais Garnier

La Scène, Opéra

Paris. Palais Garnier. 24-III-2017. Hector Berlioz (1803-1869) : Béatrice et Bénédict, opéra-comique en deux actes sur un livret du compositeur. Mise en espace : Stephen Taylor. Costumes : Nathalie Prats. Lumières : Christian Pinaud. Avec : Stéphanie d’Oustrac, Béatrice ; Paul Appleby, Bénédict ; Sabine Devieilhe, Héro ; Florian Sempey, Claudio ; Aude Extrémo, Ursule ; François Lis, don Pedro ; Laurent Naouri, Somarone ; Fitzgerald Berton, Bénédict (rôle parlé) ; Julie Duchaussoy, Béatrice (rôle parlé) ; Didier Sandre, Léonato (rôle parlé) ; Frédéric Merlo, un prêtre (rôle parlé). Chœur de l’Opéra de Paris. Chef de chœur : José Luis Basso. Orchestre de l’Opéra de Paris. Direction : Philippe Jordan.

oustrac_c_perla_maarekEt si la solution pour mettre en scène Béatrice et Bénédict, œuvre réputée inmontable, était justement de ne pas la mettre en scène ? La mise en espace de Stephen Taylor au Palais Garnier est ce qu’on a vu de plus réussi pour traduire le propos de notre cher Hector !

Au devant de la scène, une rangée de chaises noires accueillent les chœurs, qui ne restent pas toujours benoitement assis, mais entrent et sortent comme de vrais protagonistes. Au fond, une reproduction du célèbre rideau de scène du Palais Garnier. Très peu d’accessoires, et des costumes contemporains, au point qu’on aurait pu demander aux artistes de venir vêtus dans leur vêtements de ville, ce qui aurait évité à d’arborer ces horribles chaussures bleues, suffisent à délimiter le cercle de l’action. Pour le reste, on fait confiance au talent de comédien des interprètes, et on a bien raison, tant la distribution réunie est crédible.

Les parties parlées (n’oublions pas qu’il s’agit d’un opéra-comique) sont confiées à de prestigieux acteurs, en interaction avec les chanteurs, qui enchainent avec eux les répliques. C’était peut-être utile pour Paul Appleby, non francophone, qui, malgré son français scrupuleux, aurait sans doute eu du mal à venir au bout d’un si long texte ; c’est complètement inutile avec la volcanique Stéphanie d’Oustrac, qui déclame tellement bien sa partie qu’elle laisse dans l’ombre son double parlé ! Un peu avant la fin, et rajoutent un peu au livret, en racontant ce que Berlioz avait écarté de la pièce de Shakespeare dont est issu l’opéra, qui constitue en fait l’essentiel de Beaucoup de bruit pour rien. C’est bien fait, bien dit, et ne ralentit pas la représentation, même si on a parfois l’impression que les acteurs ne connaissent pas leur texte sur le bout des doigts.

La déception a été grande de ne pas entendre , annoncé souffrant, en Bénédict. Le jeune ténor américain Paul Appleby a sauvé la représentation, avec beaucoup de classe, de présence scénique, et un soin particulier de la diction et du phrasé. On regrette néanmoins de ne pas avoir assisté à la prise de rôle du ténor bordelais, qui aurait pu apporter un timbre plus singulier et une approche vernaculaire du personnage, sans compter qu’avec lui, la distribution aurait été entièrement franco-française, cocorico ! Stéphanie d’Oustrac est une Béatrice de feu, et crève les planches. Il est dommage que la plupart des aigus ne soient pas justes, ce qui retire au plaisir de l’entendre. Le rôle de Héro n’est pas écrit pour un soprano léger comme , et son premier air, quasi-inaudible, s’en ressent. Néanmoins, sa technique solide et sa belle musicalité rattrapent tout dans le duo qui clôt le premier acte, avec l’excellente en partenaire.

semble prendre un immense plaisir dans l’épisodique rôle de Somarone, compositeur et chef d’orchestre raté, il y a dans sa composition énorme un petit quelque chose de Louis de Funès, et toujours une vocalité irréprochable.
est un luxe en Claudio, qui a si peu à chanter, mais comme d’habitude, sa présence s’impose dès qu’il apparaît. Bon don Pedro de .

Enfin, cette soirée ne serait rien sans la magnifique prestation de l’Orchestre de l’Opéra de Paris. est un homme de précision, et les innombrables pièges harmoniques et rythmiques de Berlioz ne lui posent aucun problème. C’est élégant, coloré, précis, bref, à l’image de l’œuvre que Berlioz voulait « écrite à la pointe d’une aiguille » !

Cette production n’aura eu hélas qu’une seule représentation, et on se demande pourquoi. Les têtes pensantes de l’Opéra de Paris ne feraient-elles pas encore assez confiance au génie de Berlioz ?

Photo : Stéphanie d’Oustrac © Perla Maarek

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  • Gérard Denizeau

    Ce qu’il y a d’agréable avec Berlioz, c’est sa capacité à toujours indisposer les médiocres ; un Varèse ou un Messiaen ne s’y étaient pas trompés en leur temps, qui notaient le caractère d’astre solitaire distinguant le grand Hector. Aussi, quel bonheur dispensé par la lecture de cet article magnifique qui, sans complaisance, dit les grands – sans dissimuler les moindres – mérites de cette représentation, tout en soulignant la légèreté quasi métaphysique de la théâtralité berliozienne !

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