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Le Sacre du Printemps par les sœurs Labèque

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Invocations. Igor Stravinsky (1882-1971) : Le Sacre du Printemps. Claude Debussy (1862-1918) : Six Épigraphes antiques. Katia Labèque, Marielle Labèque, piano. 1 CD Deutsche Grammophon. Enregistré en mars et août 2016 au Studio KML de Rome. Durée : 49’06.

 

KM_Labèque_InvocationsLes célèbres sœurs pianistes enregistrent Le Sacre du Printemps dans une version pour deux pianos : un choix judicieux qui leur donne toute l’amplitude pour exprimer la puissance et la violence d’une œuvre pourtant fondamentalement pensée pour orchestre. L’« invocation » (pour reprendre le titre de l’album) se fait également onirique et envoûtante dans les moins célèbres Épigraphes antiques de Debussy.

Le Sacre du Printemps est la danse effrénée vers le sacrifice d’une jeune vierge au dieu du printemps. Exprimer au piano l’excitation primitive et la violence de cette œuvre relève toujours de la gageure, probablement plus encore que dans le cas d’une transcription de Petrouchka ou de L’Oiseau de feu. Certes, il est matériellement impossible de retrouver toute la gamme des couleurs et des timbres rendus par une instrumentation reposant sur des vents nombreux et variés. Pourtant, cette version n’en demeure pas moins convaincante. En adaptant sur deux pianos la transcription de Stravinsky prévue pour quatre mains (notamment pour les répétitions du ballet), les sœurs Labèque permettent à la fois un meilleur équilibre et un dialogue plus clair entre les voix. Même lorsque différentes strates s’entremêlent (Jeu des cités rivales, Danse de la Terre…), la musique reste lisible et claire, et pour autant, le texte n’est pas décortiqué à l’excès et garde, pour ainsi dire, toute sa chair. Enfin, deux pianos réunis offrent évidemment une masse sonore importante, avec, par exemple, des accords percussifs dans Augures printaniers ou le déchaînement de la Danse sacrale, très prenants. « Le son, la texture sont plus larges, et l’on peut mieux traiter ce qui, à quatre mains, pose des problèmes physiques », notent les interprètes.

Les Six Épigraphes antiques proposent, en contraste, la vision poétique et sereine de temps anciens. Composées en 1914-1915 d’après six des neuf pièces de musique de scène écrites pour la Chanson de Bilitis de Pierre Louÿs, elles constituent des petits tableaux oniriques de l’Antiquité, fantasmés et érotiques (envoûtant Pour l’Égyptienne). Debussy n’en a laissé qu’une version pour quatre mains, dont l’orchestration a été ultérieurement confiée à d’autres musiciens (Ansermet, notamment). Toute la beauté de ces œuvres relativement confidentielles est rendue par un jeu à la fois précis, souple et suggestif : imitation du crotale dans les envolées aiguës de Pour la danseuse de crotale, du gamelan indonésien dans Pour que la nuit soit propice, de la pluie, dans la fluidité des doubles croches de Pour remercier la pluie au matin. Un petit bijou.

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