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L’orchestre symphonique français, modèle à bout de souffle

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Regard sur le spectacle vivant français. Le Cas de la musique classique : un modèle à bout de souffle. Pascal Lagrange. Préface de Thierry Fouquet. Editions Edilivre. 72 pages. 9,50€ (format papier) ou 1,99€ (format PDF à télécharger sur le site de l’éditeur). Mars 2017.

 

pascal_lagrange_regard_sur_spectacle_vivantRegard sur le spectacle vivant français est une analyse imparable sur les logiques contradictoires qui minent dangereusement la musique classique vivante en France, en particulier les orchestres symphoniques en régions. Accessible et pondérée tant dans ses constats que ses recommandations, sa particularité – et sa force – est qu’elle émane d’un musicien d’orchestre. Cette originalité lui permettra-t-elle d’être mieux entendue par les autorités de tutelle, avant qu’il ne soit trop tard ?

Comme le rappelle justement -Scheuir dans un bref aperçu historique, la musique classique, opéra et symphonique, telle qu’on la connaît a commencé avec Louis XIV, et s’est modernisée avec , directeur de la musique sous
, puis Maurice Fleuret de 1981 à 1986. Depuis, on gère l’existant, avec des pouvoirs de décision émiettés, des logiques administratives, fiscales et sociales qui se télescopent, des décideurs politiques qui regardent ailleurs, un public à la curiosité frileuse, la concurrence des programmes (festivals, tournées, retransmissions dans les cinémas), etc. La musique classique coûte cher et il est légitime de se demander combien de temps elle pourra capter les subsides publics sans autre justification que la force de l’habitude. Et si ce constat s’applique aux institutions de musique classique en général, les orchestres symphoniques en région paraissent les plus exposés.

Dans sa conclusion en forme d’ouverture, l’auteur dessine des pistes de travail pour l’Etat qui paraissent d’une telle évidence qu’on se demande comment il est possible qu’elles n’aient pas déjà été mises en place de longue date. L’expérience démontre que le bon sens et l’évidence sont précisément ce que les organisations anciennes ont le plus de mal à reconnaître, empêtrées qu’elles sont dans une gouvernance devenue au fil du temps rigide et décorrélée du réel. L’auteur énonce bien ce qu’il faut faire (nous nous garderons bien de dévoiler ses propositions ici), et ses conseils méritent d’être médités en haut lieu.

-Scheuir  ne dit pas comment créer les conditions pour que ce qui paraît évident à tout esprit éclairé soit mis en oeuvre par les décideurs. Il est vrai que ce serait un sujet en soi. Esquissons l’explication – toute simple – que s’il y a un vrai manque de vision d’ensemble, du sens du long terme, et d’adaptation au changement (notamment) dans la gestion de la musique classique vivante en France, c’est que ces qualités vitales ne sont pas privilégiées dans le recrutement des gouvernants ni dans la conduite de leurs carrières.

Au fait, qui est Pascal Lagrange-Scheuir ? Ou plutôt qui n’est-il pas ? Justement, il n’est pas un décideur. Il n’est pas une de ces personnalités à qui on confie un rapport ministériel ou un livre blanc, encore moins un consultant d’un cabinet de conseil. C’est un musicien d’orchestre soliste, un « simple » professionnel qui a assez de curiosité pour analyser son environnement. Dans le monde d’aujourd’hui, « n’importe qui » peut donc diagnostiquer les défaillances de notre système culturel et dessiner les réformes nécessaires. On peut s’en réjouir ou le regretter, on peut ne pas écouter cette voix individuelle, mais le livre est publié et il prend date avec l’avenir.

Il serait bien risqué pour les successeurs de Landowski et Fleuret de ne pas s’attacher à réformer nos institutions musicales, avant qu’il ne soit trop tard pour certaines d’entre elles.

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