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Intégrale des Quatuors de Béla Bartók par le Quatuor Diotima

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Paris. Théâtre des Bouffes du Nord. 3-IV-2017. Béla Bartók (1881-1945) : Quatuor à cordes n° 1 en la mineur. Quatuor à cordes n° 2 en la mineur. Quatuor à cordes n° 3 en do dièse mineur Sz. 85. Quatuor à cordes n° 4 en ut majeur. Quatuor à cordes n° 5 en si bémol Sz.102. Quatuor à cordes n° 6 en ré majeur Sz.114. Quatuor Diotima : Yun-Peng Zhao, Constance Ronzatti, violon ; Franck Chevalier, alto ; Pierre Morlet, violoncelle.

Quatuordiotima4.1-1024x810Passionnant dans les répertoires des XXe et XXIe siècles, le proposait ce lundi une intégrale des six Quatuors de , au risque de ne plus trouver dans la performance un intérêt interprétatif aussi marquant que si ses œuvres avaient été données séparément en plusieurs concerts. À mesure que la soirée avance et que les partitions s’approchent du génie, la concentration se perd, tant dans le son des musiciens que dans l’écoute du public.

Il y a plus de 70 ans déjà, certains pianistes s’offusquaient qu’on leur demande des programmes intégralement Chopin ou Schumann, en live et même au disque, trouvant anormal d’aborder en une seule fois un groupe d’œuvres composées souvent sur une large durée de temps. Depuis et par la facilité à enregistrer, la mode des intégrales est venue, avec Karajan déjà, ratant particulièrement certaines d’entre elles (Bruckner pour DG par exemple) en abordant la somme comme un tout, et non justement ce tout comme un groupe d’éléments autonomes. De cette démarche pour le disque a découlé ces dernières décennies une mode d’intégrales au concert. Barenboim, Chailly ou Gergiev dans des symphonies ou sonates ces dernières saisons, Mahler joué en intégralité partout dans le monde en 2013 : tout le monde s’y est mis, cassant l’identité des œuvres et le fait de devoir les aborder comme individuelles et uniques.

Long préambule pour expliquer une même démarche du ce soir dans la magnifique salle des Bouffes du Nord, et un même problème. Le Quatuor n° 1 en la mineur ouvre la soirée, et la concentration du son impressionne dès le Lento. Pour ne prendre qu’un point de comparaison français récent pour cette œuvre, le Quatuor Voce trois semaines plus tôt, avec les Diotima on ressent une tout autre maturité, ainsi qu’un véritable esprit interprétatif. Cette dimension tend vers la noirceur d’un Chostakovitch, omniprésent dans l’atmosphère de ces premières pages, alors que son premier ouvrage pour quatuor à cordes ne sera écrit que trente ans après celui de Bartók !

Déjà le Quatuor n° 2 enchaîné directement ne montre plus la même concentration. La formation est de très haut niveau et presque jamais dans la soirée on n’entendra de véritables écarts, mais à mesure que l’on avance, et peut-être tout particulièrement pendant le Quatrième, le son deviend plus petit et les mains fatiguent, à commencer par celle de l’alto dès le Troisième, repris après une première pause, dix minutes d’entracte ayant été prévues deux fois dans la soirée, trop peu pour le repos des artistes comme de l’auditeur.

De ce corpus magistral représentant, à l’image des quatuors de Beethoven ou Chostakovitch, le cheminement d’une vie, le résultat interprétatif démontre plutôt une performance : celle de tous les jouer d’un coup. Jamais à partir du Deuxième l’interprétation ne retrouve le niveau du Premier. Face au Lento du n° 1, la Seconda parte et la Ricapitulazione della prima parte du 3 deviennent une tentative d’arriver au bout, de laquelle se dégagent pourtant des sonorités tirant déjà vers Ligeti, auquel on pense encore plus dans l’Allegretto pizzicato du n° 4 en ut majeur de Bartók, dont le son rappelle le mouvement du Quatuor n° 2Come un meccanismo di precisione’, sans justement cette précision devenue impossible avec la fatigue.

Étonnamment, les Quatuors n° 5 etn° 6 souffrent moins de cet effet d’harassement, mais la vie n’y est plus tout à fait, comme d’ailleurs celle de Bartók à l’époque de l’écriture, sans que l’on sache si cette sensation d’essoufflement soit à ce point souhaitée par les interprètes, ou plus certainement subie par la difficulté des partitions après déjà presque deux heures de jeu. Essentiellement intellectuel et nécessitant justement une formation de l’intelligence et de la culture des Diotima, le Sixième et son Mesto récurrent pour ouvrir chaque début de mouvement est ici trop froid, et cherche surtout à arriver au bout pour que cela s’achève.

On espère que si un enregistrement du corpus est prévu, le temps nécessaire sera pris pour tous les travailler comme le premier, superbement joué aujourd’hui, et l’on espère aussi réentendre la formation rapidement dans les dernières œuvres du Hongrois, à l’occasion de programmes moins denses et mieux partagés entre Bartók et d’autres compositeurs.

Crédits photo : © Quatuor Diotima

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