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Retour à la Scala pour l’Europa riconosciuta de Salieri

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Antonio Salieri (1750-1825) : Europa riconosciuta, dramma per musica in due atti, sur un livret de Mattia Verazi. Mise en scène : Luca Ronconi. Décors et costumes : Pier Luigi Pizzi. Chorégraphie : Heinz Spörli. Avec : Diana Damrau, Europa ; Désirée Rancatore, Semele ; Genia Kühmeier, Asterio ; Daniela Barcellona, Isséo ; Giuseppe Sabbatini, Egisto. Chœur du Teatro alla Scala (chef de chœur : Bruno Casoni). Orchestre du Teatro alla Scala, direction : Riccardo Muti. Réalisation : Pierre Cavassilas. 1 DVD Erato. Enregistré en direct le 7 décembre 2004 à la Scala de Milan. Sous-titrage en anglais, allemand, français et italien. Format image : NTSC 16:9. Format son : Stereo PCM 2.0 et Dilby Digital 5.1. Durée totale : 133’.

 

EuropaDistribution hors-pair pour un ouvrage que l’on gagnera à découvrir. La mise en scène peine néanmoins à convaincre.

C’est avec l’Europa riconosciuta de Salieri que le Teatro alla Scala avait été inauguré en 1778, et c’est cet ouvrage que voulut remettre à l’honneur pour l’ouverture scaligère de la saison 2004-2005. Avec la connaissance que nous avons aujourd’hui des règles et des conventions de l’opera seria, la modernité de l’œuvre de Salieri frappe autant l’oreille pour sa hardiesse harmonique que l’esprit par sa liberté structurelle. Et pourtant, les canons de l’écriture vocale de l’époque n’en sont pas pour autant négligés, comme le montrent les nombreux airs de virtuosité qui émaillent une partition qui parvient également à faire la part belle aux chœurs et aux ensembles vocaux. Une découverte à faire absolument !

L’interprétation vocale est de toute première qualité, avec des chanteurs qui redoublent d’engagement dramatique et de vaillance vocale. Dans les deux rôles de castrat, et font valoir des timbres bien différenciés et s’acquittent l’une comme l’autre des difficultés de leur partition. est lui aussi épatant de virtuosité vocale et de subtilité rhétorique dans le rôle du fourbe Egisto, et l’on souhaiterait entendre plus souvent des ténors autant à l’aise dans la vocalise rapide. Si l’on ne saurait prendre en défaut les coloratures et les suraigus de Désirée Rancatore (peut-être pourrait-on lui reprocher une certaine acidité dans le timbre ), il est clair que c’est qui casse la baraque, autant pour l’intensité de son jeu et l’élégance de ces drapés que la qualité inouïe de son chant. À l’aise comme personne dans les suraigus et la vocalisation rapide, elle insuffle du sens au moindre de ses récitatifs. Avec le recul, on mesure à quel point cette production scaligère a contribué à propulser cette immense artiste au firmament du chant international.

Au niveau de la fosse, on ne saurait reprocher à de n’avoir pas fait appel à des instruments d’époque, qui n’auraient sans doute pas convenu de nos jours à la taille de La Scala. Mais qu’on se rassure, le style et l’énergie sont bel et bien à la hauteur d’une partition qui annoncerait presque, dans ses audaces, le romantisme à venir. On rêverait néanmoins d’y entendre Christophe Rousset à la tête de ses Talens Lyriques.

La mise en scène de , encombrée de lourds décors, passe assez mal à l’écran. On appréciera pourtant quelques beaux tableaux, comme par exemple le début du deuxième acte où les personnages se recherchent, emprisonnés dans des escaliers coulissants qui évoqueraient presque une cage. En revanche, les scènes de bataille peinent à convaincre et ne rendent pas vraiment justice au genre de l’opera seria, alors en pleine mutation. Le ballet sur lequel se clôt le premier acte tombe quant à lui, en raison de son caractère ridiculement rococo, complètement à plat. Ces réserves sur les aspects visuels de la production, fort heureusement, ne nuisent en rien à l’intérêt musical d’une réalisation fort bienvenue.

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