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Classicismes empesés pour la Radio Bavaroise

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Munich. Herkulessaal. 6-IV-2017. Sergei Prokofiev (1891-1953) : Symphonie classique op. 25 ; Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Concerto pour piano et orchestre KV 482 ; Dmitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 1 op. 10. Emanuel Ax, piano ; Orchestre Symphonique de la Radio Bavaroise ; direction : Cristian Măcelaru.

BRSO Macelaru, remplaçant , ne parvient pas à faire vivre un programme pourtant passionnant.

Cela faisait longtemps que les ennuis de santé épargnaient  : hélas, voilà la trêve écornée, et c’est cette fois le jeune chef qui prend sa place dans la saison de l’Orchestre de la Radio Bavaroise, sans rien changer au programme prévu. Il est naturellement toujours particulièrement délicat de porter un jugement sur le résultat obtenu : même si le chef a pu répéter avec les musiciens, jusqu’à quel point a-t-il pu se préparer lui-même ?

Toujours est-il que le résultat n’atténue pas les regrets nés de l’absence de Mariss Jansons. Ce qu’on entend dans ce concert, c’est d’abord l’orchestre : les couleurs sombres et chaleureuses et le soin du détail instrumental sont conformes à sa louable habitude. C’est un grand plaisir de ce concert, mais c’est le seul. Peu importent les causes : ce qu’on entend manque constamment d’esprit, de variété, de perspective.

Mariss Jansons sait donner de la vie et de l’émotion à ces mêmes couleurs sombres : ici, même la Symphonie classique de Prokofiev se trouve privée d’humour, d’une solidité à toute épreuve certes, mais avec une pesanteur qui est à l’exact opposé de l’esprit de l’œuvre. Chez Mozart, cela prend la forme d’une solennité un peu empesée qui n’est visiblement guère à l’écoute des délicatesses de la partition ; n’apporte pas beaucoup plus d’accents personnels : c’est sans doute une vision très traditionnelle de Mozart, mais les musiciens d’il y a un demi-siècle savaient donner à ce Mozart relu par le XIXe siècle une autre force émotionnelle.

La Première symphonie de Chostakovitch, clôture idéale de cet intelligent programme consacré aux chausse-trappes du classicisme et de ses réinventions, ne s’en tire hélas pas mieux. C’est ici que l’absence de Mariss Jansons, grand spécialiste de cette musique, se fait le plus cruellement sentir : cette fois, il n’est pas question que d’ennui, mais d’un usage immodéré des décibels qui rend vaine toute tentative de rendre compte de la démarche du jeune compositeur qui avait bien d’autres ressources que l’épate. Il faudra réécouter le jeune chef dans d’autres conditions pour avoir une idée de son talent : ce concert entre ennui et facilités ne restera pas dans les mémoires.

Photo : © Symphonieorchester des Bayerischen Rundfunks

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