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À Los Angeles, Damrau et Grigolo dans les Contes d’Hoffmann

La Scène, Opéra, Opéras

Los Angeles. Music Center. 9-IV-2017. Jacques Offenbach (1819-1880) : Les Contes d’Hoffmann, opéra fantastique en un prologue, trois actes et un épilogue sur un livret de Jules Barbier. Production et mise en scène : Marta Domingo. Décors et costumes : Giovanni Agostinucci. Lumière : Alan Burrett. Chorégraphie : Kitty McNamee. Vittorio Grigolo, Hoffmann ; Kate Lindsey, la Muse/Nicklausse ; Nicolas Testé,
Lindorf/Coppelius/Dapertutto/Dr. Miracle ; Liv Redpath, Olympia ; Kate Aldrich, Giulietta ; Diana Damrau, Antonia/Stella ; Christophe Mortagne, Andrés/Cochenille/Pitichinaccio/Frantz ; Kihun Yoon, Luther ; Theo Hoffman, Hermann ; Brian Michael Moore, Nathanaël ; Rodell Rosel, Spalanzani ; Daniel Amstrong, Schlémil ; Sharmay Musacchio, la mère d’Antonia. Chœur (chef de chœur : Grant Gershon) et Orchestre du Los Angeles Opera. Direction : Plácido Domingo.

hoff_0761pPour ses débuts angelenos, devait affronter, annoncées à grand fracas, les trois amours de notre Hoffmann. Les événements en auront décidé autrement. 

Déception donc, surtout lorsque la soprano, qui opte finalement pour Antonia, se révèle ainsi, à l’acte 3, violemment présente et convaincante, hautement pertinente et persuasive. Face à cette Antonia de choc, à la voix altière, percutante, qui vous habite l’espace scénique dans sa totalité, une voix aux aigus incisifs, capable aussi de merveilleux piano amoureux, solide dans le medium et le grave, qui sait s’imposer d’emblée, puis vous enjôle et captive, on se dit que l’on a manqué quelque chose, deux choses, Olympia et Giulietta… par !

Le mi-forfait de la soprano nous a cependant permis, et c’est très bien ainsi, d’entendre deux jeunes artistes nouvellement sollicitées : (Olympia), aux aigus limpides, lumineux, aériens, et (Giulietta), à la voix noble et policée. Dans le rôle disons-le assez ingrat, pour ne pas écrire caillouteux, de Nicklausse, charme et conquiert. Gracieux, poli, léché, le Hoffmann de manque (pour le moment) d’une certaine vigueur, d’une certaine robustesse, vocalement, scéniquement, bref, d’un gros punch (Kleinzach) pour satisfaire pleinement. Le Vilain, le Méchant, ce diable de , lui aussi en débuts locaux, est le grand gagnant (un bien vilain mot à l’opéra… mais que dire ? triomphateur ?), avec Damrau, d’une soirée souvent assez terne. Son timbre mordant, dominateur et tranchant à souhait, à la présence crûment impérieuse, captive et fascine. Vifs applaudissements en fin de parcours, bien mérités, pour , lui aussi excellent artiste.

, maîtresse d’œuvre de ces Contes, travaille, elle, dans les décors et costumes kitsch, voire hideux, faisandés de Giovanni Agostinucci. Pourquoi avoir ainsi “concrétisé” la voix de la mère d’Antonia ? Sculpture blanchâtre et crayeuse qui finalement s’anime pour chanter – on attendait ! – comme le faisaient ces vilains marbres disgracieux dans les fêtes foraines du Saint-Brieuc de notre enfance. La direction d’acteurs et d’actrices, trop souvent laissée à vau-l’eau, et la mise en scène en général possèdent au moins l’immense mérite de conter, en clair, sans détour, sans se préoccuper de freudisme, de postmodernisme ou autre fadaise, sans se soucier des mille autres versions de l’œuvre… une belle histoire. Le chœur, les comprimarii, soutiennent et convoient un parcours sans faute. Au pupitre, , académique et routinier, bat la mesure et surtout semble se demander où il est !

Crédit photographique : © Ken Howard / LA Opera

 

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