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L’étonnante mais contestable prouesse de Jonas Kaufmann dans Le Chant de la terre

À emporter, CD, Musique symphonique

Gustav Mahler (1860-1911) : Le chant de la terre. Jonas Kaufmann (ténor) ; Orchestre philharmonique de Vienne, direction : Jonathan Nott. 1 CD Sony. Enregistrement réalisé à Vienne en juin 2016. Durée : 61’33.

 

Mahler

On salue bien bas la prouesse que réalise en chantant seul les six lieder du Chant de la terre de Mahler, mais sa démarche iconoclaste ne convainc pas pleinement et ne fait pas oublier les grandes références historiques gravées par de grands chanteurs.

Lorsqu’il compose Le Chant de la terre en 1908, Mahler choisit d’alterner les lieder pour le ténor avec ceux pour une voix grave, contralto ou baryton. Si la version pour contralto est la plus fréquemment exécutée et a donné lieu à quelques gravures légendaires (Walter-Patzak-Ferrier bien sûr mais aussi Klemperer-Wunderlich-Ludwig que cite dans son texte de présentation), celle avec baryton a connu un défenseur inspiré avec Dietrich Fischer-Dieskau (surtout avec Bernstein et King à Vienne). Mais jusqu’ici nul n’avait osé s’approprier tous les lieder comme le fait désormais Jonas Kaufmann. On est évidemment tenté de crier au sacrilège, mais l’audition du CD laisse un sentiment plus contrasté. S’il y a bien une certaine trahison de la volonté du compositeur, il faut aussi reconnaître l’exceptionnelle sensibilité du ténor, jusque et y compris dans l’Abschied où il trouve de déchirantes inflexions dignes du souvenir de Ferrier. Quant à l’illustre Philharmonie de Vienne, sous la baguette attentive sinon inspirée de , elle fait une fois encore preuve d’une splendeur de timbres et de phrasés devant laquelle on rend les armes ; une mention particulière pour les interventions du hautbois qui tirerait des larmes d’une pierre…

Néanmoins, malgré la fabuleuse technique de Kaufmann et sa musicalité transcendante, on ne peut que regretter quand même l’absence du contraste des voix et des timbres pourtant voulu par Mahler lui-même. Conclusion partagée donc entre l’admiration pour la prouesse, l’émotion devant certains passages bouleversants et un certain agacement devant cette distorsion de l’œuvre. Un CD à garder précieusement mais seulement pour qui connaît suffisamment son Chant de la terre pour savoir se garder de ses sortilèges envoûtants mais un brin pernicieux.

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  • Michel LONCIN

    En fait, attendu que Mahler n’a jamais entendu « Das Lied von der Erde » (il est mort le 18 mai 1911 et Bruno Walter a créé l’œuvre en novembre de la même année), on ne saura jamais s’il aurait opté pour le duo ténor-baryton ou ténor-contralto … Bruno Walter, lors de la création à Munich, avait adopté la première formule (ténor-baryton) mais a assuré ensuite qu’il ne le referait jamais … D’où, sa versikon exceptionnelle avec Patzak et Ferrier …

  • HELENE ADAM

    je suis partagée, impression d’une autre oeuvre (ce qui est contestable en effet) mais en même temps, belle réalisation qui s’écoute avec plaisir et émotion.

  • Der Zwerg

    A mes yeux, un disque un peu inutile au final. L’intérêt de l’auditeur s’émousse au fil de l’oeuvre, car un seul chanteur pour tous les lieder amène une certaine monotonie. Malgré toutes ses qualités, Jonas Kaufman ne parvient pas à justifier ce parti-pris de chanter seul. Bel accompagnement du Philharmonique de Vienne sous la direction de Jonathan Nott. Un disque professionnel mais sans cette étincelle qui aurait pu transformer ce coup de poker en essai de génie.

  • Martin Antoine

    Coup de marketing ( Kaufmann fait vendre et commenter ) ou véritable travail artistique ?
    Publication « bizarre » et un autre chant de la terre ( distribution classique celui là ) vient de paraitre chez Tudor avec Nott/Bamberg .
    Que suggérer ensuite à JK : la IV et le lied final a bien été enregistré avec un enfant ( Bernstein) ?
    Jusqu’ou aller ?

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