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Des Troyens de grand luxe à Strasbourg

Concerts, Opéra, Opéras

Strasbourg. Palais de la Musique et des Congrès. Salle Erasme. 15-IV-2017. Hector Berlioz (1803-1869) : Les Troyens, grand opéra en cinq actes sur un livret du compositeur, d’après L’Énéide de Virgile. Avec : Marie-Nicole Lemieux, Cassandre ; Joyce DiDonato, Didon ; Michael Spyres, Énée ; Stéphane Degout, Chorèbe ; Marianne Crebassa, Ascagne ; Philippe Sly, Panthée ; Stanislas de Barbeyrac, Hélénus / Hylas : Bertrand Grunenwald, Priam ; Agnieszka Sławińska, Hécube ; Jean Teitgen, l’Ombre d’Hector / Mercure ; Richard Rittelmann, un Soldat / un Capitaine grec ; Hanna Hipp, Anna ; Nicolas Courjal, Narbal ; Cyrille Dubois, Iopas ; Jérôme Varnier, Première Sentinelle ; Frédéric Caton, Deuxième Sentinelle. Chœur de l’Opéra national du Rhin (chef de chœur : Sandrine Abello), Badischer Staatsopernchor (chef de chœur : Ulrich Wagner), Chœur Philharmonique de Strasbourg (chef de chœur : Catherine Bolzinger), Orchestre philharmonique de Strasbourg, direction : John Nelson.

_DSC3692bisAnnoncés à grand renfort de publicité et faisant l’objet d’un enregistrement discographique par Warner, les deux concerts des Troyens d’ par l’ se présentaient comme le point d’orgue de la saison musicale alsacienne. La distribution d’un luxe extrême, jusque dans les plus petits rôles, et la direction passionnée de remportent effectivement la partie.

Le principal maître d’œuvre de ce succès — de longues minutes d’ovations debout par un public enthousiaste — est le chef d’orchestre qui a déjà abondamment démontré ses affinités avec , que ce soit à l’opéra, au concert ou au disque. C’est d’ailleurs avec Les Troyens qu’il fit sa première apparition au Metropolitan Opera de New York, en y remplaçant Rafael Kubelik malade. Ce soir encore, sa direction amoureuse et attentive au moindre détail le prouve. On entend rarement les subtilités de l’orchestration géniale de Berlioz (les interventions des bois !) ainsi mises en évidence. On admire aussi la transparence frémissante des moments plus intimes (le duo Enée-Didon par exemple), le sens de la pulsation rythmique juste et subtilement marquée, la grandeur tragique des morts successives de Cassandre et Didon. Le caractère épique de la grande fresque n’est pas pour autant oublié avec des chœurs tonitruants et des ensembles vocaux grandioses, avec aussi la spatialisation bienvenue des effets sonores comme pour cette « Chasse Royale et Orage » où la répartition des cors en coulisses et à différents endroits de la salle produit un effet d’élargissement de l’espace saisissant.

Captation pour le CD oblige, c’est une version quasiment complète et avec les ballets qui nous est offerte. En dépit de la longueur de la soirée (plus de cinq heures avec les deux courts entractes), l’, au grand complet et renforcé par des éléments extérieurs venus notamment du Symphonique de Mulhouse, se montre sous son meilleur jour, concentré et réactif aux injonctions de son chef. La formidable assise grave d’un pupitre étoffé de huit contrebasses se conjugue avec des cordes soyeuses et voluptueuses (on les a connues bien plus rêches dans la fosse de l’Opéra national du Rhin), une petite harmonie éloquente et agreste, des percussionnistes engagés pour se hisser à la hauteur de l’événement et de la monumentalité de la partition.

Avec le rôle de Cassandre, touche à la limite de ces moyens vocaux, dans l’aigu tout particulièrement. Mais loin de lui nuire, cela apporte à son interprétation un supplément d’engagement, de désespoir, une sorte de folie suicidaire qui convient bien au personnage. Magnifique de legato dans sa cavatine « Reviens à toi, vierge adorée », le Chorèbe racé de se met à la même altitude en terme de puissance et d’intensité et leur duo explosif comble les attentes. Malgré la brièveté de ses interventions, se fait remarquer en Ascagne juvénile et charmant, à l’aigu chaleureux tandis que est un Panthée de luxe, au timbre riche et profond. Cette première partie de « La Prise de Troie » offre également l’occasion d’entendre l’Hélénus de , qu’on retrouvera plus tard en Hylas, le Priam de , l’Hécube d’Agnieszka Sławińska ou le soldat de Richard Rittelmann qui ouvre le spectacle, aux interventions certes moins décisives mais toutes de grande qualité. Sans oublier l’excellent en Ombre d’Hector, dont les interventions depuis la coulisse sont tonnantes à souhait et aux graves profonds assurés.

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La seconde partie « Les Troyens à Carthage » sera encore plus époustouflante. Elle introduit en effet la Didon absolument magistrale de . Que louer en premier chez cette artiste majeure ? Le contrôle du souffle est absolu, l’émission est égale sur toute la tessiture, de l’aigu vibrant et pénétrant au grave charnu, même discrètement poitriné mais toujours à des fins musicales et en situation. L’interprétation est variée, évolutive, intensément vécue, de la noblesse affectueuse de son entrée « Chers Tyriens » à son renoncement final empli de désolation en passant par les demi-teintes sublimes du duo avec Enée et par la véhémence sidérante de ses imprécations furieuses et désespérées. Doté d’une technique vocale à toute épreuve, paraît d’une déconcertante facilité dans le rôle pourtant crucifiant d’Enée. Habitué à des formats plus héroïques, on peut éventuellement regretter des aigus fortement mixés mais néanmoins toujours sonores et projetés. Cependant, le style châtié, le contrôle permanent de l’émission, les nuances, les mezza voce et la variété des colorations (quel duo d’amour avec Didon, à nouveau) sont probablement plus proches de l’Enée qu’imaginait Berlioz et sont en tout cas la marque d’un grand artiste.

L’Anna de , toute de fraîcheur et d’humanité, semble un peu frêle en face du véhément Narbal de . assure superbement une chanson d’Iopas aux aigus en voix mixte rêveurs et poétiques, quand se montre plus viril mais non dépourvu de nuances en Hylas. Dans le duo des deux sentinelles, et réalisent eux aussi parfaitement ce court moment de détente souriante au milieu du drame. Rajoutons que, très bien préparée par Elsa Lambert et , toute la distribution même non francophone s’exprime dans un français parfait. Le seul relatif bémol qu’on puisse émettre à ces Troyens concernera les interventions du chœur, en fait des trois chœurs rassemblés pour la circonstance. Non pas sur leur qualité ou leur engagement mais leur effectif pléthorique et surtout leur position en fond d’une scène en forme d’entonnoir, qui fait porte-voix, pose des problèmes d’équilibre sonore non résolus. Leur chant parvient à la salle amplifié, saturé et leur intelligibilité en est brouillée. Pour le final, le choix de spatialisation les répartit dans la salle ; leur homogénéité et leur netteté sont alors retrouvés.

Crédit photographique : © Gregory Massat

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  • Michel LONCIN

    Les « Troyens » … chef d’oeuvre d’Hector Berlioz, le plus grand (et le seul !) compositeur romantique français (si mal traité à l’Opéra d’un Paris DECADENT dans le génial « Benvenuto Cellini » (la version parisienne, descendue en flammes en 1838 et massacré pour la cause par Berlioz lui-même et Liszt, dans la version dite « de Weimar ») !!! J’ai toujours estimé regrettable que, illustrant la mythologie latine (comme Wagner l’a fait de la mythologie germanique), Berlioz n’ait pas écrit une troisième partie … un « Les Troyens dans le Latium » …

  • Jean Arnold

    Juste pour préciser : seuls les chœurs de l’ONR et du Badischer Staatsoper étaient sur scène ! Le choeur Philharmonique de Strasbourg se surajoutait à l’ensemble dans les coulisses ou dans la salle.

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