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La Passion selon Saint Matthieu intimement monumentale

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Théâtre des Champs-Élysées. 12-IV-2017. Johann Sebastian Bach (1685-1750) : Passion selon Saint Matthieu, BWV 244. Maximilian Schmitt (ténor, l’Evangéliste) ; Florian Boesch (baryton, le Christ) ; Dorothee Mields (soprano, airs chœur I) ; Grace Davidson (soprano, airs chœur II) ; Damien Guillon (contre-ténor, airs chœur I) ; Alex Potter (contre-ténor, airs chœur II) ; Reinoud Van Mechelen (ténor, airs chœur I) ; Thomas Hobbs (ténor, airs chœur II) ; Peter Kooij (basse, Pilate, pontife I, airs chœur I) ; Tobias Berndt (baryton, airs chœur I) ; Sebastian Myrus (basse, Pierre, pontife II) ; Philipp Kaven (basse, Judas) ; Alexandra Lewandowska (soparno, épouse de Pilate, servante I) ; Viola Blache (soprano, servante II) ; Piotr Olech (alto, témoin I) ; Olivier Coiffet (ténor, témoin II). Orchestre et Chœur du Collegium Vocale Gent, Philippe Herreweghe : direction.

Philippe HerrewghePour la Semaine sainte, le effectue une tournée européenne avec la Passion selon Saint Matthieu de . Lors de son étape parisienne au Théâtre des Champs-Élysées, la troupe de a offert une prestation de grand luxe, qui a marqué les esprits.

L’un des sommets de la musique sacrée de tous les temps, la Passion selon Saint Matthieu de Bach, met l’accent sur le dialogue entre Sion et le peuple ou les croyants, avec un double chœur et un double ensemble instrumental avec deux orgues. Sa théâtralité évidente liée aux calvaires du Christ pousse même certains à tenter de la mettre en scène, non sans dénaturer le caractère essentiellement religieux de la musique.

Contrairement à ce genre de démonstration extravertie (qui n’est certes pas sans intérêt), cette version de Herreweghe est résolument intime, sobre, sans exubérance ni excès. L’extraordinaire homogénéité vocale avec laquelle les solistes abordent les textes contribue à créer une atmosphère d’une certaine retenue, pudique parfois, ce qui n’empêche nullement d’exprimer la ferveur, la fureur et l’exaltation de la foi, ainsi que des émotions pures. Ce dernier aspect est souvent traduit — du moins, ressenti par le spectateur — par un tempo relativement vif. Ainsi, dès le chœur d’ouverture, la musique nous met dans une sorte d’état d’alerte, comme pour annoncer l’ensemble des événements qui vont suivre. La plupart des partitions confiées aux tutti suscitent le même sentiment, toujours pour leur tempo plutôt allant. Ce chœur qui, au début, n’avait pas encore l’uniformité à laquelle on s’attendait, s’équilibre progressivement et forme une entité à la fois compacte et luxuriante, plongeant l’auditeur dans un bain sonore bienfaisant.

Les solistes sont d’une grande homogénéité. Hormis le timbre propre à chaque chanteur, elle est générée par leur émission « directe », dépourvue de vibrato inutile, qui convient, à notre sens, parfaitement à cette œuvre. , en merveilleux évangéliste, assez austère dans la première partie, devient plus exalté, et sa voix se dote de plus de sonorité dès l’épisode de Pilate. est un Christ ferme, doté d’un vibrant caractère dramatique grâce à son timbre chaleureux. Le contre-ténor ouvre toute une série d’airs aussi bien dans la première partie que dans la deuxième. Avec son interprétation exemplaire, conjuguant une diction parfaite avec une voix à la fois sonore et intériorisée, c’est lui, en quelque sorte, qui détermine la qualité de tous les arias que nous entendons dans l’œuvre. , l’un des sopranos incontournables de nos jours dans le répertoire baroque, impressionne comme toujours par la pureté de sa voix et son intonation juste ; son duo avec est, malgré leurs différences de couleurs, l’un des moments les plus splendides de la soirée. Le solo du ténor avec la viole de gambe est également un moment fort, et nous saluons la gambiste Romina Lischka pour son jeu passionné. Le ténor se démarque par sa grande expressivité, le contre-ténor par son extériorité éloquente ; la rondeur et l’émission naturelle du baryton vont de pair avec la chaleur tragique de la basse . Dommage, en revanche, que la voix de soit souvent couverte par l’orchestre, sans que nous puissions profiter de sa belle couleur. Quelques membres du chœur rivalisent également de leur qualité de solistes, complétant magnifiquement cette fresque musicale universelle.

L’ensemble évolue dans une synergie totale, absolument admirable. L’art du maestro Herreweghe, entouré de musiciens aussi exceptionnels les uns que les autres, atteint son apogée et mérite à juste titre une longue ovation enthousiaste de la salle comble de l’avenue Montaigne.

Crédit photographique © Michiel Hendrickx

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