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3e intégrale Bruckner de Barenboim : rien de neuf

À emporter, CD, Musique symphonique

Anton Bruckner (1824-1896) : Les 9 symphonies. Orchestre de la Staatskapelle de Berlin, direction : Daniel Barenboim. 9 CD Deutsche Grammophon 479 6985. Enregistrement réalisé à Berlin en juin 2010 (symphonies 4 à 9) et Vienne en juin 2012 (symphonies 1 à 3). Notice trilingue (français, anglais et allemand). Durée : 9h 10’

 

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Pour la troisième fois de sa carrière de chef, enregistre les neuf symphonies de Bruckner. Il est dommage que cette nouvelle version n’apporte rien à la vision que le chef avait déjà développée dans ses deux intégrales précédentes. En revanche, l’orchestre de la Staatskapelle de Berlin se révèle très inférieur à ses deux prédécesseurs, le Symphonique de Chicago et le Philharmonique de Berlin, ce qui rend ce nouveau coffret pas vraiment indispensable.

Brucknérien historique, Eugen Jochum avait enregistré deux fois les neuf symphonies de Bruckner ; son grand successeur spirituel, Günter Wand, une seule fois, même si ses gravures des dernières symphonies sont nombreuses. C’est donc qui, le premier, aura gravé trois fois le cycle brucknérien. À Chicago, d’abord, dans les années 1970 (déjà pour Deusche Grammophon), il enregistrait dix symphonies et quelques pièces chorales. Avec le Philharmonique de Berlin, dans les années 90, alors qu’il était immergé par ailleurs dans l’œuvre de Wagner, il reprenait les neuf symphonies « numérotées » pour Teldec. Il revient cette fois avec « sa » Staatskapelle de Berlin pour le même cycle.

On peut s’interroger sur l’apport de ce nouvel ensemble par rapport aux deux précédents. Trois angles d’attaque peuvent nous guider :
– Le choix des partitions. C’est la pierre d’achoppement de tout interprète des symphonies de Bruckner. Perpétuel insatisfait, le compositeur n’a cessé de retoucher ses œuvres, au point de laisser parfois trois ou quatre versions différentes de la même symphonie. Peu à peu, musicologues et chefs d’orchestre ont mis en lumière ces différentes étapes de la création brucknérienne. Barenboim, lui, ignore ces avancées et reste fidèle aux mêmes partitions, à deux exceptions près : la Deuxième symphonie, qu’il joue désormais en effectuant les coupures, ce qui assure une supériorité manifeste à sa gravure de Chicago, la plus complète. Et les scories apocryphes (coup de cymbales notamment) dont il parsemait les finales des Quatrième et Huitième symphonies à Chicago, et qui ont heureusement disparu.
– Le qualité de l’orchestre. On ne surprendra personne en disant que la Staatskapelle de Berlin n’a pas la puissance impeccable de Chicago, ni la sombre rumeur wagnérienne du Philharmonique de Berlin. Certains déséquilibres (à l’instar des trompettes dont la stridence trouble le bel adagio de la Première symphonie) révèlent même cruellement les limites de l’orchestre.
– La direction du maestro, bien sûr. Elle ne varie pas fondamentalement au fil des années, tout au plus, à la différence de nombre de ses confrères (l’exemple le plus célèbre étant celui de Sergiu Celibidache), Barenboim a-t-il tendance à accélérer ses tempi. On pouvait évoquer l’ombre de Klemperer à Chicago, celle de Fürtwaengler à Berlin, affaire de climat général plutôt que de ressemblances particulières d’ailleurs. Ici, Barenboim semble dégagé du souvenir de ses prédécesseurs. Son Bruckner est franc et direct, sans dimension spirituelle significative, mais n’atteint jamais aux sommets de Jochum ou Wand, ni aux réussites isolées qu’ont signées des chefs inspirés comme Boehm, Giulini, Haitink ou Celibidache, notamment. Notons enfin que les symphonies 4 à 9, captées dans la Philharmonie de Berlin, sont également disponibles en DVD sous l’étiquette Accentus.

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