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La flûte enchantée d’Eric Chaillier, lu et relu

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La flûte enchantée, opéra merveilleux et multiple. Éric Chaillier. Editions Fayard. 265 p. 16 euros. Janvier 2017.

 

la flute fayardEn musicologie, avant de se lancer dans une énième publication consacrée au célèbre opéra de Mozart Die Zauberflöte, il faut vraiment bien anticiper sur ce que ce travail va apporter de novateur au regard des nombreuses études déjà existantes. Après la lecture de La flûte enchantée, opéra merveilleux et multiple, pas sûr qu’Éric Chaillier se soit réellement posé la question.

Mais où est passé Mozart ? Ce n’est qu’à la 109e page de cet ouvrage que nous retrouvons sa trace, et surtout l’évocation de sa musique (par quelques citations, sans plus). Il aurait été de bon ton de prévenir le lecteur, alors que l’auteur lui-même conçoit que sans le musicien, « plus personne ne parlerait aujourd’hui de La Flûte enchantée. » Ne s’intéresser qu’au livret de cet opéra et à son auteur : pourquoi pas. Mais il faut croire qu’Éric Chaillier n’assume pas vraiment cette orientation puisque la deuxième partie de son ouvrage, Pour une vision plurielle, compile les recherches musicologiques passées qui se sont intéressées au chef-d’œuvre de Mozart. Mais ce travail ne se limite qu’à des thèses défendues des dizaines de fois, qu’à des idées qu’un lecteur peu avisé aura tout de même déjà touchées du doigt dans les programmes de spectacles. S’il était trop aventureux de se lancer dans une étude musicologique à part entière, pourquoi ne pas avoir approfondi une analyse littéraire et/ou philosophique ? Des pistes inédites de travail sont pourtant évoquées (la biographie d’Emanuel Schikaneder par exemple), mais toujours évitées. Ce qui reste toutefois le plus agaçant, c’est que les phrases sonnent comme des révélations ou des partis-pris personnels et non-consensuels, alors qu’elles ne sont que des redondances de lectures antérieures. À titre d’exemple, voilà comment conclut l’auteur sur la qualité du livret : « Cette réhabilitation du travail accompli par Emmanuel Schikaneder nous paraissait indispensable pour rétablir une certaine justice ; elle s’inscrit également dans une tendance désormais majoritaire de ces dernières années. »

La qualité de ce texte réside dans la clarté du discours et de son organisation, non pas en suivant l’ordre des scènes (cela a déjà été fait et avec grande qualité par Jean-Victor Hocquard et Harry Halbreich), mais en proposant une « grille d’analyse claire et originale » (originale vraiment ?) : un grand opéra allemand, un opéra d’apprentissage, une histoire d’amour, un opéra féérique, une farce populaire, une fable maçonnique, un drame sacré, une lutte de pouvoir et le pouvoir magique de la musique. Tous ces chapitres relatent effectivement les multiples facettes de cet opéra, mais délivrent aussi les nombreux regards de musicologues, en diluant considérablement l’approche personnelle de l’auteur.

Le travail de lecture est considérable, mais le manque d’une analyse et d’une vision inédite du livret et/ou de la musique de cet opéra, fait perdre à ce livre tout son sens. Un livre de plus.

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