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Tamsin Waley-Cohen, violoniste ECHO Rising Star

35211271aba577955a7bca084b30159a a été la seule Britannique choisie en 2016 par le programme ECHO (European Concert Hall Organisation) Rising star. La tournée effectuée dans ce cadre a coïncidé avec la sortie de son dernier disque : les concertos pour violon de et par le BBC Symphony Orchestra dirigé par Andrew Litton. C’est la première fois que la pièce de Harris était enregistrée.

« À l’occasion des grands événements qui font partie du programme ECHO, je pourrais ainsi contribuer à sensibiliser de nouveaux publics. »

ResMusica : Vous avez été choisie par le Town Hall & Symphony Hall de Birmingham comme ECHO Rising Star pour la saison 2016/2017. Qu’est-ce que cette nomination vous a apporté ?

: Devenir une Rising Star apporte d’incroyables opportunités de toutes sortes. J’ai eu l’honneur de jouer dans les plus grandes salles d’Europe ; dans la plupart d’entre elles, je n’avais jamais joué avant. C’est ainsi l’année de nombreuses nouvelles expériences !

Cela m’a aussi donné aussi la possibilité de pouvoir commander un nouveau travail à un compositeur de mon choix, et j’ai eu une l’immense chance que le grand ait été d’accord pour accepter cet engagement et composer une magnifique pièce appelée « Reflection » que nous avons ainsi pu partager avec de nombreux spectateurs. C’était la première pièce qu’il composait depuis 6 ans et cela a été passionnant et extrêmement intéressant de travailler avec lui.

RM : De quelle façon le programme Echo Rising Stars vous aide-t-il dans votre carrière ?

TW-C : J’espère qu’en partageant « ma » musique et en rencontrant tant de nouveaux mélomanes à l’occasion des grands événements qui font partie du programme ECHO, je pourrais ainsi contribuer à sensibiliser de nouveaux publics. À partir du moment où je peux jouer la musique que j’aime, avec des partenaires talentueux, dans des salles aussi prestigieuses, je suis heureuse, que demander de plus.

RM : Comment avez-vous envisagé la tournée européenne cette saison ?

TW-C : J’ai été à Bruxelles, Amsterdam, Luxembourg, Baden Baden, Vienne, Budapest et Paris (ndrl : à la Philharmonie de Paris). En janvier, j’ai joué à l’Elbphilharmonie de Hambourg. J’ai énormément aimé tous ces concerts et tout ce qu’apporte chacune de ces salles. J’ai beaucoup appris lors de chacun des concerts.

RM :  Comment avez-vous découvert le concerto de , qui fait partie de votre dernier disque avec le BBC Symphony Orchestra et Andrew Litton (avec en complément le Concerto de ) ?

TW-C : Lyndon Jenkins qui a dirigé pendant plusieurs années le Town Hall de Birmingham m’a fait découvrir le concerto de Harris. Malheureusement il est aujourd’hui décédé. Il avait une immense connaissance de ce type de répertoire, des compositeurs injustement oubliés et de leurs œuvres. J’ai trouvé la partition à la bibliothèque de Washington. Cette œuvre n’avait jamais été jouée au Royaume-Uni ni ailleurs en Europe, même si Harris est considéré comme l’un des grands compositeurs américains de sa génération.

RM : Vous avez enregistré beaucoup d’œuvres du XXe siècle, notamment des raretés telles que la sonate de . D’où vient votre intérêt pour les œuvres méconnues ?

TW-C : J’ai découvert la sonate de Hahn grâce à mon intérêt pour Marcel Proust. Bien que Hahn ne soit pas directement cité dans son livre, il a été un ami de longue date de Proust, à moitié juif et un outsider. Il a fait découvrir à Proust la scène musicale parisienne qui a joué un rôle important dans sa vie et son travail. J’ai trouvé que la musique de Hahn permettait de percevoir tout particulièrement ce qu’avait pu être cette période et la rendait vivante d’une autre façon.

RM : Avez-vous eu l’opportunité d’étudier le Concerto de John Adams avec le compositeur lui-même ?

TW-C : Non, je n’ai pas eu cette chance. Quand je lui ai demandé, il a dit qu’il préférait ne pas travailler avec les musiciens qui jouaient ses œuvres ! En fait, étant donné qu’il a lui-même déjà enregistré cette pièce, cela me donne plus de liberté dans l’interprétation, afin de trouver mon propre chemin dans cette musique.

88400000ab811f617ee0486bb08ca1eaRM : Pourriez-vous nous en dire plus à propos du programme que vous avez interprété à la Philharmonie de Paris en janvier dernier (Beethoven Sonates, Ravel Ives, Szymanowski) et notamment la Première française de la nouvelle composition d’Olivier Knussen ?

TW-C : Cela a été un grand honneur d’avoir une pièce écrite pour Huw et moi par Olivier Knussen, et d’avoir l’opportunité de travailler avec lui. J’admire son travail depuis très longtemps. C’est sa première œuvre achevée depuis 6 ans, et c’est une pièce d’une grande beauté, très intimiste et extatique. Nous avons adoré l’interpréter à chaque représentation.

La pièce d’Ives (ndlr Decoration Day) est une composition très intéressante, une reconstitution de la pièce pour violon et piano originale ébauchée par la Holiday Symphony. Plein d’humour noir, c’est du Ives très sombre et totalement anti-guerre.

Le Printemps de Beethoven est une sonate qui a besoin d’une petite introduction, c’est une des pièces les plus aimées du répertoire. C’est un Beethoven rayonnant, d’humeur positive.

La Sonate de Ravel, est l’une des plus grandes sonates du répertoire français bien sûr, écrite après la guerre. L’étrangeté et le sentiment de mal-être du premier mouvement se cachent derrière une exquise et poignante beauté.

Nocturne et Tarantella de Szymanovski est l’une des pièces les plus exotiques pour violon et piano.  Une pièce pour les deux instruments : le sensuel Nocturne conduit à une danse sauvage jusqu’à la mort dans Tarantella.

RM : Quels sont vos projets et ambitions en matière de répertoire ?

TW-C : En tant que violoniste, j’ai beaucoup de chance avec le répertoire. Il y a tant de musiques formidables, je ne pourrais probablement jamais tout jouer ! Cependant, je me suis toujours fixée d’étudier de nouvelles pièces, non seulement des concerti et des sonates, avec aussi avec mon quatuor The Albion. J’aime la flexibilité de cet instrument, qui me permet d’explorer la musique d’il y a plusieurs centaines d’années jusqu’à celle écrite aujourd’hui. À plus court terme, mes projets incluent le début d’un cycle de quatuors de Dvorák avec le quatuor Albion, un projet de CPE Bach avec James Baillieu et la création d’un concerto de Richard Blackford avec le Czech Philharmonic.

« Avec ma sœur, le compositeur Freya Waley-Cohen et les architectes Finbarr O’Dempsey et Andrew Skulina, nous travaillons à un projet de fusion entre musique et architecture. »

RM : Pourriez-vous nous en dire plus sur vos autres activités comme le Festival Honeymead et la résidence ouverte (Open Space residency ?) d’Aldeburgh ?

TW-C : Le festival Honeymead a 10 ans à présent, et c’est vraiment un croisement entre un festival et une « retraite. » Il est né du désir de travailler intensément et profondément sur les grandes œuvres du répertoire de musique de chambre sans avoir à se précipiter ou à jouer un million de pièces, comme cela arrive souvent dans les festivals. Nous jouons un seul programme pour les quatre concerts, afin que nous puissions vraiment nous concentrer sur ces pièces. Chacun d’entre eux a lieu dans un endroit différent de la région d’Exmoor, et tous les profits des concerts sont reversés aux organismes caritatifs locaux.

Ma résidence ouverte à Aldeburgh se concrétise cette année car la pièce sera terminée et prête à être vue et entendue pour la première fois pendant le festival. Avec ma sœur, le compositeur Freya Waley-Cohen et les architectes Finbarr O’Dempsey et Andrew Skulina, nous travaillons à un projet de fusion entre musique et architecture qui présente une expérience d’écoute d’une manière complètement nouvelle. L’installation artistique s’appelle « Permutations » et se compose d’une pièce pour six violons solo, chacun situé dans sa propre chambre acoustique, séparée et modulable. L’ensemble de l’installation est composée de plus de 70 portes tournantes, avec différentes surfaces acoustiques de chaque côté. Comme les auditeurs se tiennent au milieu, ils peuvent entendre toutes les morceaux de la même façon, et ils sont libres de se déplacer et de manipuler les éléments d’architecture comme ils le souhaitent, en se concentrant sur un ou plusieurs morceaux, ce qui donne des possibilités infinies. Ils jouent avec les éléments de l’installation comme si c’était un instrument et ils font partie intégrante du processus créatif.

RM : Avez-vous des modèles ou vous comparez-vous à des artistes plus âgés ?

TW-C : Il y a tellement d’artistes plus âgés que j’admire, de Kremer à Ma, Kreisler ou Oistraikh et Richter. Il y en a tellement qu’il est difficile de tous les écouter ! Mais chacun suit sa propre voie et possède sa voix unique, pleine d’intégrité.

Photos : © Patrick Allen, operaomnia.co.uk

 

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