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Duo de charme Beyer-Carmignola dans Vivaldi à Gaveau

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Salle Gaveau. 27-IV-2017. Antonio Vivaldi (1678-1741) : Sinfonia en si mineur RV 168 ; Concerto pour cordes en ré mineur RV 127 ; Concertos pour deux violons et continuo RV 507, 529, 510 et 513. Amandine Beyer et Giuliano Carmignola, violon. Ensemble Gli Incogniti.

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La musique de chambre de Vivaldi interprétée en concert par reste un évènement. Le couple musical de solistes constitué par et , porte au plus haut niveau ces joutes violonistiques dont Vivaldi seul avait le secret. Six concertos étaient à découvrir, exaltants par leurs trouvailles à chaque fois renouvelées.

Se rendre à la salle Gaveau écouter du Vivaldi, voilà un moment où l’auditeur se dit qu’il va passer une soirée reposante aux accents d’un compositeur qu’il connaît bien et qu’il sait charmeur en tous points. Et bien quelle surprise : comme à Fénétrange l’année dernière, le programme de l’ensemble proposait des concertos peu joués, six en l’occurrence, loin des fameuses Quatre saisons qui ont fait la célébrité du maître de Venise. Le thème de la soirée reposait sur des concertos à deux violons, en évitant les deux ou trois habituels.

Après une Sinfonia en si mineur RV 168, une première série de deux concertos (les RV 507 et 259) plongèrent l’auditeur dans un duel passionné et périlleux. Qui de l’un ou de l’autre arriverait à prendre le dessus dans ce dialogue parfois diabolique, au service des sons de la nature : l’eau qui ruisselle, le vent qui siffle, les oiseaux dans le ciel…? Quel autre compositeur a pu ainsi illustrer de manière aussi suggestive et accrocheuse pour le public de telles évocations ? Dans la deuxième partie, introduite par un concerto pour cordes en ré mineur RV 127, deux nouveaux concertos à deux violons (RV 510 et RV 513) soulevèrent l’enthousiasme du public, en particulier dans le dernier où, s’enflammant en un dialogue effréné, les deux solistes se lancèrent dans une pyrotechnie des plus virtuoses.

La forme du double concerto offre de belles qualités, parfois d’égalité mais surtout d’inégalités dans le discours et les échanges. Bach qui fut un grand admirateur de Vivaldi s’était essayé à cette formule. En matière de baroque, et ce mot même le signifie, tout repose sur une fausse symétrie apparente pourtant bien irréelle quand on y regarde de plus près. Toute l’architecture de cette époque le démontre, dans les églises, les palais, tout ce qui rompt l’équilibre est subtilement caché et pourtant bien visible lorsque l’on s’en approche et que l’on distingue les détails. La musique se construit de la sorte. Tout cela se perçoit à l’écoute de ces concertos où les deux héros jouent à armes égales, apparemment, défendant ardemment ce qui les oppose. Quel miraculeux équilibre par la différence… En Italie et en Espagne les cathédrales possèdent dans le chœur des couples d’orgues qui se regardent majestueusement. Leurs buffets sont identiques, souvent chargés d’ors, mais restent très différents en matière sonore : l’un extraverti à l’opposé de l’autre, plus doux et charmeur, constituant un mariage réussi : masculinité et féminité au service d’un périlleux et redoutable équilibre.

et Giuliano Garmignola, réunissant toutes ces qualités de partage et de connivence, se délectent pour nous de cette matière incandescente que leur offre Vivaldi. Au-delà de leur technique éblouissante, c’est l’expression même de la nature et de ses éléments que cette soirée nous a offerte. Les autres protagonistes de cet ensemble, réduit à un musicien par pupitre, ont contribué dans le même élan à l’effervescence perpétuelle de ce répertoire, seulement tempérée par quelques adagios lyriques. Vivaldi rend joyeux, c’est un fait, avec les sourires des musiciens pour preuve et les applaudissements remplis de bonheur du public.

Crédit photographique : © Sylvie Ribot

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