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Josef Vlach, héritier chambriste de Václav Talich

À emporter, CD, Musique d'ensemble

Josef Vlach – Enregistrements Légendaires. Antonín Dvořák (1841-1904) : Sérénade pour cordes en mi majeur, op. 22 ; Suite Tchèque en ré majeur, op. 39. Josef Suk (1874-1935) : Sérénade pour cordes en mi bémol majeur, op. 6. Piotr Ilyitch Tchaïkovski (1840-1893) : Sérénade pour cordes en ut majeur, op. 48 ; Andante cantabile du Quatuor à cordes n°1 en ré majeur, op. 11. Wolfgang Amadeus Mozart (1756-1791) : Sérénade n°13 en sol majeur, K. 525 « Eine kleine Nachtmusik » ; Divertimento en ré majeur, K. 136 ; Adagio et Fugue en ut mineur, K. 546. Benjamin Britten (1913-1976) : Variations sur un thème de Frank Bridge, op. 10. Claude Debussy (1862-1918) : Danses sacrée et profane pour harpe et orchestre à cordes. Ilja Hurník (1922-2013) : Concerto pour hautbois, piano et orchestre à cordes. Jiří Pauer (1919-2007) : Symphonie pour cordes. Henry Purcell (1659-1695) : Suite pour cordes, extraite de « King Arthur ». Ottorino Respighi (1879-1936) : Gli uccelli (Les Oiseaux), suite pour petit orchestre. Igor Stravinsky (1882-1971) : Apollon musagète, ballet. Stanislav Duchoň, hautbois. Karel Patras, harpe. Ilja Hurník, piano. Orchestre de Chambre de Prague, Orchestre de Chambre Tchèque, direction : Josef Vlach. 1 coffret 4 CD Supraphon « Archiv » SU4203-2. Code barre : 099925420321. Enregistré entre le 23 février 1960 et le 28 novembre 1981 aux Studio Supraphon de Dejvice ; Rudolfinum ; Studio Domovina ; Radio Tchèque, Prague. ADD. Notices quadringues (anglais, allemand, français, tchèque) excellentes. Durée : 5 h.

 

supraphon_josef_vlachDans sa belle série « Archiv », Supraphon réédite en CD une part des enregistrements des deux ensembles de chambre dirigés par le violoniste tchèque (1923-1988), gravures historiques considérées universellement comme parmi les joyaux les plus précieux des archives du célèbre label tchèque.

Le violoncelliste français Pierre Fournier qualifia l’ de « meilleure formation de chambre qu’il ait entendue, la meilleure qui existe », et Herbert von Karajan ne dissimulait pas son admiration envers et la perfection du jeu des musiciens tchèques, se questionnant sur le secret de leur niveau artistique, modèle pour ses instrumentistes de Berlin. Ce légendaire ensemble eut pourtant une genèse loin de tout repos.

À la fin de la Seconde Guerre mondiale, , victime d’intrigues politiques, est accusé de collaboration avec les nazis et interdit de travail avec l’Orchestre Philharmonique Tchèque et l’Orchestre du Théâtre National qu’il avait portés à un si haut niveau… De jeunes musiciens fraîchement diplômés du Conservatoire de Prague, révoltés par ce qui se révéla une fausse accusation, décident d’offrir au vieux maître qu’ils vénèrent un orchestre de chambre dont Josef Vlach est le principal fondateur en mars 1946. Talich en accepte la direction avec un enthousiasme partagé par tous. Jusqu’au « coup de Prague » en février 1948, instaurant le régime communiste qui donne l’occasion à son impitoyable ennemi le ministre de la culture tchèque Zdeněk Nejedlý de l’interdire de concert, en plus d’un chantage sous forme d’ultimatum : si l’ décide de garder Talich comme chef, il sera privé des subsides de l’État… Fidèles à leur maître et par affection indéfectible envers celui qu’ils considèrent comme leur père artistique, les musiciens préférèrent dissoudre leur ensemble – ce qui, incidemment, permit aux violonistes Josef Vlach et de fonder respectivement les légendaires Quatuor Vlach et Quatuor Smetana.

En créant le second Orchestre de Chambre Tchèque en 1957 – celui que nous entendons dans ces enregistrements – Josef Vlach a voulu absolument restaurer avec intransigeance et sans compromis l’esprit, l’idéal de l’orchestre de Talich qui affirmait : « De nos jours il ne suffit plus de maîtriser son instrument, mais c’est le développement harmonieux de toute la personnalité qui est en jeu : par notre travail nous devons remplir une certaine règle morale ; servir la communauté signifie abandonner une vanité égoïste : non moi, mais nous… » Les musiciens, jouant sans chef, ne répondent qu’aux seules volontés de leur konzertmeister Josef Vlach.

L’Orchestre de Chambre Tchèque, l’ et Josef Vlach n’ont pas enregistré beaucoup et il est regrettable que Supraphon n’en ait pas profité pour nous offrir une intégrale, ce qui aurait notamment évité de faire l’impasse sur les Symphonies d’Antonín Rejcha (1770-1836) et de Jan Václav Hugo Voříšek (1791-1825), ou sur l’admirable Trittico Botticelliano pour petit orchestre d’, couplé sur le microsillon d’origine (SUAST50007) avec la Suite Les Oiseaux, qui elle est bien présente ici.

Quoi qu’il en soit, quel plaisir intense de retrouver dans une absolue pureté de style ces interprétations où plane la haute conscience artistique du maître , notamment dans les lumineuses Sérénades d’ et que l’immense chef avait lui-même enregistrées précédemment en mono, augmentées ici de la superbe Suite Tchèque de Dvořák et la Sérénade en ut de dont c’est peut-être ici la plus belle version parmi les multitudes commises au disque. La musique tchèque moderne n’est certainement pas négligée, puisque (1919-2007) et (1922-2013) – qui tient d’ailleurs la partie de piano dans son Concerto pour hautbois, piano et orchestre à cordes – reçoivent les honneurs de Vlach et de ses musiciens dont la discipline rigoureuse et la perfection instrumentale n’excluent certainement pas une souplesse de jeu et une subtilité d’interprétation présentes en tout ce qu’ils touchent, et qui sont autant de satisfactions tant pour l’esprit que pour le cœur.

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