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A la Scala, le retour virevoltant d’une Pie voleuse toute en grâce

La Scène, Opéra, Opéras

Milano. Teatro alla Scala. 02-V-2017. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Gazza Ladra, mélodrame en deux actes, sur livret de Giovanni Gherardini. Mise en scène : Gabriele Salvatores. Costumes : Gian Maurizio Fercioni. Lumières : Marco Filibeck. Avec Paolo Bordogna, Fabrizio Vingradito ; Teresa Iervolino, Lucia ; Edgardo Rocha, Giannetto ; Rosa Feola, Ninetta ; Alex Esposito, Fernando Villabella ; Michele Pertusi, Gottardo ; Serena Malfi, Pippo ; Matteo Macchioni, Isacco ; Matteo Mezzaro, Antonio ; Claudio Levantino, Giorgio/Il Pretore ; Giovanni Romeo, Ernesto ; Francesca Alberta, la pie. Chœur et orchestre du Teatro alla Scala (Chef de cœur : Bruno Casoni). Direction musicale : Riccardo Chailly.

076_K65A0252(1)Après 176 ans d’absence, la Scala de Milan retrouve son oiseau préféré, la Gazza Ladra de Rossini (la Pie Voleuse). Curieux, curieux en effet, qu’après un succès triomphal pour sa première en 1817, et des reprises sans relâche jusqu’en 1841, l’oiseau espiègle tombe aux oubliettes jusqu’à la veille de son bicentenaire.

Et enfin la voici, intensément désirée par , le surintendant du théâtre milanais, et par , son directeur musical, qui à l’occasion de cette nouvelle production, revêt également l’habit de chef d’orchestre et nous présente l’œuvre dans son intégralité. La Scala nous offre ainsi un spectacle riche de perspectives. Une pie gracieuse, toute en finesse, aussi affable que sociable, qui met admirablement en exergue l’esthétique rossinienne. Et si l’enthousiasme du public n’est pas « hystérique » comme il le fut en 1817, selon les mots de Stendhal, l’accueil reste tout de même fort chaleureux. Et pour cause : d’abord la mise en scène fait preuve d’artifices techniques novateurs ; ensuite le chef d’orchestre apporte du brio à la lecture de la partition ; enfin une distribution de choix rassemble les meilleures voix de la génération rossinienne.

Roulement de tambour : le rideau se lève avec la brillante ouverture, qui d’ailleurs reste probablement le seul extrait de l’œuvre que Milan n’avait pas oublié. Au fil des notes, tout l’esprit charmeur de Rossini se répand dans la salle. Passées les premières cavatines et les premiers airs joyeux, les soucis de la malheureuse Ninetta rappellent au spectateur qu’il s’agit-là d’un opera semi seria dont le réalisme poignant préfère un cadre bourgeois et des protagonistes modestes aux conventions plus haut  placées de la tragédie et de l’opera buffa.

Pour illustrer cette atmosphère, le metteur en scène oscarisé Gabriele Salvatores (Mediterraneo, Oscar du meilleur film en langue étrangère en 1991) produit quelque chose de magistral. Coutumier des plateaux mais pas forcément de ceux de l’opéra, Salvatores emploie les artifices du théâtre pour illustrer sa vision de la Gazza. Chez lui, comme par magie, la musique devient visuelle grâce à une pie acrobate, Francesca Alberti artiste du Cirque du Soleil, qui virevolte au-dessus des têtes des interprètes tout au long de la pièce. De manière adroite et imperceptible, suspendue à une corde, elle occupe la scène sans jamais l’envahir. Ses hasardeuses voltiges laissent le public littéralement bouche bée.

Salvatores va plus loin ; pour rapprocher davantage les spectateurs de la pièce, il y associe l’intervention de la compagnie de marionnettes Carlo Colla, célèbre depuis près de trois siècles. Dès le lever de rideau, les pantins à l’effigie des personnages de Rossini, apportent une touche de délicatesse tout au long de la représentation.

Enfin la dimension théâtrale se transpose jusque dans le cadre scénique : le décor se construit autour de l’architecture des différents niveaux de loges d’un théâtre où poulies et cordages ont également la part belle. Le résultat est harmonieux et la pie acrobate semble y trouver un environnement idéal pour ses acrobaties.

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Très à son aise, traduit avec élégance toute l’éloquence rossinienne. On pourrait pourtant lui reprocher un certain empressement ; sa baguette en effet n’est jamais à la traîne, bien au contraire ! Le chef nous livre ici du Rossini à une allure déchainée. Du tambour de l’ouverture à la tirade finale « Ecco cessato il vento », le rythme est littéralement renversant, allant parfois jusqu’à être quatre fois plus rapide qu’à la normale. On s’amuse peut-être mais on respire à peine, lors des appels insistants du geôlier à Giannetto («Oh mio Signor partite») ainsi que lors des avances du podestà à la pauvre Ninetta (« Quali accenti »).

Les interprètes se prêtent plutôt bien à ce jeu. Mais il faut dire que la distribution est de la plus belle qualité : dans le rôle de Ninetta, la jeune , pour sa première apparition sur les planches de la Scala, séduit immédiatement le parterre. Sa cavatine « Di piacer mi balza il cor », parmi d’autres morceaux tout aussi exquis, est un vrai instant de bonheur. Beaucoup de talent également pour le baryton en Fernando, ainsi que pour la basse dans le rôle du Podestà. Les trois, ensemble, nous livrent au 1er acte un trio littéralement envoûtant (« Non so quel che farei »), où vocalises et aigus sont parfaitement en place. Sans oublier le merveilleux levé du verre de en Pippo et la cavatina du marchand de pacotilles Isacco, par Matteo Macchioni, apparemment si simple, mais si pleine de poésie.

La production ayant désormais pris son envol, promet donc de voler longtemps vers des horizons lointains !

Photos : © Marco Brescia & Rudy Amisano / Teatro alla Scala

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