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François-Xavier Roth magistral dans Daphnis et Chloé

À emporter, CD, Musique symphonique

Maurice Ravel (1875-1937) : Daphnis et Chloé, ballet intégral. Les Siècles ; Ensemble Aedes ; Marion Ralincourt, flûte. Direction : François-Xavier Roth. 1 CD Harmonia Mundi. Enregistré en public en 2016 à la Philharmonie de Paris, à la Cité de la Musique de Soissons, au Théâtre Impérial de Compiègne… Durée : 55’01.

 

Les Clefs du mois

daphnis_rothLa célébrissime musique que composa au cours des années 1909-1912 a connu d’innombrables exécutions publiques et enregistrements discographiques du plus haut niveau. La surprise ordonnancée par et s’avère d’autant plus inattendue que somptueuse.

À n’en point douter la grâce a touché cette lecture inspirée, engagée et enthousiaste. Les musiciens des Siècles jouent sur des instruments datant de l’époque des œuvres abordées, sans que ce procédé paraisse antédiluvien ou volontairement démodé. L’interprétation, servie par une prise de son remarquable, peut prétendre à bénéficier de la comparaison avec des réalisations longtemps fêtées, à juste titre, qu’il s’agisse du ballet complet ou des deux Suites de ce chef-d’œuvre orchestral.

Commandé par Diaghilev en 1909 et créé par les Ballets Russes au Théâtre du Châtelet de Paris sous la baguette de Pierre Monteux le 8 juin 1912, Daphnis et Chloé s’impose comme l’œuvre d’un poète sculpteur des sons. On rappellera, pour mettre en perspective ce que font Roth et ses troupes, les gravures historiques ou mythiques de Charles Munch (RCA), le créateur Pierre Monteux (Decca), Manuel Rosenthal (Accord), André Cluytens (EMI), Jean Martinon (RCA et EMI) et plus récemment celles de Pierre Boulez (CBS et DG), Claudio Abbado (DG) et Stéphane Denève (SWR Music).

Avec et , chaque numéro est un régal et une micro-odyssée passionnante. Les chanteurs de l’ ajoutent leur expertise et contribuent hautement à la réussite de l’entreprise. Avec un tel degré de poésie ininterrompue, il faudrait citer chaque numéro pour rendre totalement justice au génial musicien français et à ses défenseurs.

Chloé tombe dans les bras de Daphné avec son fameux crescendo-accelerando constitue une démonstration du plasticien sonore qu’était Ravel et conduit vers l’apothéose que représente le Lever du jour, bénéficiant d’un engagement inoubliable tant le tableau décrit une atmosphère impressionnante de sensualité et de rêverie communicatives et nous guide vers la signature éternelle et époustouflante intitulée Animé-Danse générale.

La captation en sept lieux différents et l’intérêt de Roth pour le manuscrit original, enrichi des corrections du compositeur, ont bénéficié au résultat final, marqué avant toute chose par un engagement émérite. Un rapprochement souhaitable et brillant des conditions qui accompagnèrent la création ajoute à la séduction de ce Daphnis et Chloé. Cette lecture, non dépourvue de quelques faiblesses peu dommageables, comme un très discret déficit de sensualité et de ductilité, s’impose par l’engagement vertueux et intègre de l’ensemble des protagonistes. Les cuivres se fondent dans la masse orchestrale sans la dominer tandis que le riche panel des timbres, des couleurs flamboyantes et plurielles et le contrôle des écarts dynamiques confèrent une rare homogénéité à ce travail magnifique.

Une nouvelle référence.

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