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Balanchine/Robbins/Cherkaoui, Jalet : trio autour de Ravel

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Palais Garnier. 24-V-2017. La Valse. Musique : Maurice Ravel (Valses nobles et sentimentales, La Valse). Chorégraphie : George Balanchine, remontée par Francia Russell. Décors : Jean Rosenthal. Costumes : Barbara Karinska. En Sol. Musique : Maurice Ravel (Concerto pour piano et orchestre en sol majeur). Chorégraphie : Jérôme Robbins, remontée par Clothilde Vayer. Décors et costumes : Erté. Boléro. Musique : Maurice Ravel. Conception : Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet, Marina Abramović. Chorégraphie : Sidi Larbi Cherkaoui, Damien Jalet (2013). Scénographie : Marina Abramović. Costumes : Riccardo Tisci.
Avec les étoiles et le corps de ballet de l’Opéra national de Paris.

En SolDernier triptyque programmé par , ce programme conçu comme un hommage à la musique de Ravel montre aussi l’évolution des styles, de à Cherkaoui en passant par Jérôme Robbins. Les trois pièces s’éclairent les unes les autres et assurent la réussite de ce programme, qui se termine avec le percutant Boléro de Cherkaoui.

La Valse s’ouvre dans le plus pur style balanchinien. Divertissement mondain, beauté des costumes et élégance de la danse, les tableaux se succèdent, jolis presqu’un peu lisses. L’irruption de la Dame en blanc, dans un tutu immaculé qui n’est pas sans rappeler celui de Giselle dans l’acte des Wilis, et de , parfait gentleman à l’allure racée, fait basculer le ballet dans un autre registre. Les deux danseurs, habités, apportent l’intensité dramatique qui manquait à ce bal mondain. Un homme en noir, figure du Commandeur, incarné par un austère , s’invite à la fête et apporte une dimension sombre à la pièce. Les invités se figent, endormis comme des personnages de la Belle au bois dormant. Terrifiée, Laëtitia Pujol regarde son amant immobile et les danseurs étendus sur le sol. La Mort s’approche et entame une danse avec sa proie qui commence par lutter avec de s’abandonner. Envoûtée par ce personnage, elle revêt les gants noirs qu’il lui tend et recouvre sa jupe blanche du voile noir de la mort. sort de sa torpeur mais il est trop tard, sa partenaire gît sur le sol, sans vie. Cette fin, où les mouvements se déstructurent, éclaire tout le ballet sous un jour plus sombre: la mort planait déjà sur le bal où les trois danseuses aux gestes maniérés du premier tableau prennent la figure des trois Parques. Cette pièce, à la tension croissante, est un petit bijou de concentration dramatique et émotionnelle. Balanchine est parvenu à transformer un divertissement mondain en réflexion profonde sur la mort et la vanité des plaisirs. Le tout porté par l’élan de la Valse de Ravel et les talents de tragédienne de Laëtitia Pujol.

En Sol MOB HeymannDès l’ouverture du rideau, En Sol de Robbins nous emmène dans un tout autre univers: costumes de baigneurs aux couleurs acidulées, fond bleu azur, vagues et soleil, tout évoque les plaisirs des vacances au bord de la mer. L’entrain des danseurs, l’humour d’une scène qui semble surgir d’un film de Tati, évoquent les comédies musicales, dont Robbins a chorégraphié l’une des plus célèbres – West side Story. Soudain, au milieu de ce groupe de jeunes et joyeux danseurs, et , vêtus de blanc, se font face. Dans l’évidence de la rencontre, le temps s’arrête. Les baigneurs ont quitté la scène. Lentement les notes de piano du concerto en sol majeur de Ravel s’égrènent et commence un duo magique. Pendant dix minutes comme suspendues, et nous racontent avec une sobriété et une tendresse bouleversantes la naissance d’une histoire d’amour. A la fois frêle et forte, délicate et précise, est une interprète hors pair qui forme un duo lumineux avec , partenaire prévenant à la technique irréprochable. Le plaisir des yeux n’a d’égal que celui des oreilles dans ce duo qui fait partie des chefs d’œuvre de Jérôme Robbins.

Boléro cLaurent PhilippeLa soirée se conclut avec le Boléro chorégraphié en 2013 pour l’Opéra de Paris par et . La scénographie, signée par Marina Abramović, pionnière de la performance, utilise un jeu de miroirs pour réfléchir les cercles concentriques de lumières dans un effet hypnotique accentué par le motif répétitif de la musique du Boléro.  Contrairement à celui de Béjart, le Boléro de Cherkaoui ne met pas en avant une personnalité. Mis à part le personnage drapé de noir qui ouvre et clôt la pièce (), aucune individualité n’émerge de l’ensemble formé par les onze danseurs et danseuses. Hommes et femmes sont vêtus de la même tunique couleur chair avec un squelette brodé sur le corps et une jupe transparente. Les mouvements, souples et félins, sont ininterrompus pendant les 15 minutes du Boléro. Comme un tourbillon qui se nourrit du crescendo musical, la danse nous emporte dans ses circonvolutions fascinantes, inspirées des derviches tourneurs .
La dernière image est celle de la mort, qui apparaît avec ses gants blancs juste avant que le noir et le silence ne se fassent. La boucle est bouclée avec La Valse de Balanchine, démontrant toute l’intelligence de la conception de ce programme.
N’oublions pas le jeune et talentueux chef d’orchestre, , qui entraine avec fougue un orchestre qui nous fait apprécier toutes les nuances de la musique de Ravel.

Crédits photographiques: ©  , ONP

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