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Papiers sonores : une tentative d’exprimer l’inexprimable

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Jean-Noël von der Weid : Papiers sonores. Code barre 97829190463886. Éditions Aedam Musicae. Paris, 2016. 171 p.

 

papiers sonores« La musique sait ce qu’elle chante » nous dit dans le Prélude de son nouvel ouvrage. C’est à trouver les mots qu’elle lui souffle qu’il s’exerce dans Papiers sonores, un pêle-mêle d’œuvres (quarante-neuf au total) couvrant l’ensemble du répertoire de musique occidentale, du XIIe au XXIe siècles. De Pérotin à Franck Bedrossian, en passant par les musiques improvisées, l’auteur érudit, dont l’ambitieux ouvrage, La musique du XXe siècle (clef ResMusica), fait référence, met au service de la musique un imaginaire foisonnant qui en exprime, librement autant que passionnément, les élans, les couleurs et les rythmes, à travers lesquels opère une forme de synesthésie.

On peinerait à trouver les raisons qui guident l’ordre des quarante-neuf Papiers sonores (et autant de compositeurs) retenus par l’auteur. Doit-on cependant accorder une valeur symbolique à la présence de Jean-Sébastien Bach en première place ? Ce sont « les mots rayonnants » d’André Suarès qui introduisent l’œuvre du Cantor de Leipzig. À chacun de ces « papiers », en effet, correspond une courte biographie (pour les personnalités les moins connues), ou quelques lignes pour expliquer la sélection de l’œuvre en question. Subjectif, on l’aura compris, le choix de l’auteur autorise toutes les entrées. « Rare est le rire en musique », avance-t-il, avant de focaliser son écoute sur le Rondo a capriccio de Beethoven.

À chaque œuvre également sa référence discographique, et l’invitation à un aller-retour entre l’écoute de la musique chérie et les mots du musicien. Leur mise en page semble d’ailleurs souvent dictée par « le chant intérieur » : des poèmes pour Mozart (Fantaisie en ut mineur) ou Webern (Cinq pièces pour orchestre) ; une trame narrative survoltée pour Arcana de Varèse ; des didascalies pour Le grand Macabre de Ligeti ; une plume quasi « automatique » pour ; ou encore un discours « par émergence » pour Sciarrino. Von der Weid endosse même le costume d’Eusebius pour parler des Gesänge der Frühe (« Chants de l’aube ») de Schumann, ou laisse tout simplement s’exprimer le compositeur (Janáček en l’occurrence) à travers les mots de son journal. Sans oublier la manière élégante et subtile de nous faire entendre « l’indiscernable musicien » que fut … L’auteur s’aventure également dans le domaine du jazz (, Thelonius Monk, Charlie Mingus…), et fait figurer certains « comprovisateurs » comme : « Ça commence comme une musique en socquettes blanches et jupe plissée… Ça mélodise à tout va », écrit-il à propos de la contrebassiste hors norme. Certains noms, comme ceux de (1899-1940) ou de (vers 1705-1755), sont de vraies découvertes dans ce florilège de grandes personnalités.

L’entreprise est risquée qui, tour à tour, nous intrigue, nous séduit et nous agace parfois. Mais l’imagination est là, qui renouvelle à chaque instant la formulation, l’éclairage et le contenu avec une subtilité et une profondeur qui nous enchante.

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