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Symphonie n°3 de Mahler par Kazuki Yamada : une cosmogonie bien sage

Concerts, La Scène, Musique symphonique

Toulouse, Halle aux grains 27-V 2017. Gustav Mahler (1860-1911), 3ème symphonie. Chœur de femmes du Capitole, direction Alfonso Caiani ; chœur d’enfants « les Eclats », direction François Terrieux ;  Karine Deshayes, mezzo soprano ; Orchestre National du Capitole de Toulouse, direction Kazuki Yamada

Interpréter une symphonie de Mahler est une entreprise périlleuse : le message métaphysique que le compositeur veut transmettre au public est complexe, voire déroutant. a t-il réussi à escalader la Montagne magique ?

Une œuvre de s’écoute autant qu’elle se voit : la masse orchestrale dégage cette impression de force que chacun reçoit comme un uppercut. Dès les premières mesures, les huit cors auxquels s’ajoutent les trémolos des cordes nous entraînent indubitablement dans le monde excessif du compositeur. Dans ce premier mouvement, l’Orchestre National du Capitole sous la baguette de , nous fait sentir tantôt la majesté du cortège de Bacchus, tantôt l’éveil plein de fraîcheur de la nature au printemps. Les marches emmenées par la percussion, la grosse caisse surtout, sont éclatantes ou sombres. L’ensemble des cuivres, d’une sonorité magnifique s’oppose aux soli plein de grâce du cor anglais, du premier violon, tandis que le trombone interprète son récitatif avec une expression tantôt méditative tantôt musclée.

Le deuxième mouvement apporte la fraîcheur pleine d’innocence qui va permettre d’apprécier les aigus de l’orchestre. Le hautbois mène ce menuet des plantes avec une grâce désuète assez poignante, comme l’évocation d’un paradis perdu. Le troisième est interprété aussi sous le signe de la danse, une danse plus rythmée : là encore, on remarque la clarinette, le coq, qui s’étrangle pavillon en l’air comme l’a demandé le compositeur. Mais le moment le plus émouvant est le solo de cor de postillon en coulisse, solo qui évoque une tyrolienne jouée avec un son superbe.

possède une voix faite pour ce nocturne qu’est le quatrième mouvement : malgré un départ hésitant, le « O Mensch » répété par deux fois prend aux tripes. L’accompagnement réduit à la harpe et aux violoncelles au début, même s’il s’étoffe, reste piano et sait créer une atmosphère à la fois feutrée et pleine de mystère. « Tief ist die Welt » en dialogue avec le violon solo est absolument divin.

L’évocation du paradis avec le chœur d’enfants « les Éclats » et le chœur de femmes du Capitole est irréprochable. Mais c’est dans le début du dernier mouvement que l’on retrouve ce sens du temps suspendu qui est l’une des grandes réussites de Mahler. Les cordes s’entremêlent en douceur en donnant cette impression de lumière d’une façon nostalgique. Par dessus viennent s’ajouter les soli de hautbois, de flute, de cor, et par vagues arrivent des climax comme des bouffées d’émotion.

Kazuki Yamada réalise un travail soigné et sa gestique est précise. Il choisit l’efficacité, obtient une palette de nuances très large : les pianos dans ce premier mouvement sont réussis et les forte musclés. Son interprétation semble pourtant un peu « binaire » : dans cette œuvre fleuve, on doit y voir la progression vers une sorte de spiritualité qui trouve son achèvement dans le dernier mouvement. On n’est pas toujours convaincu qu’il l’ait trouvée.

Crédit photographique : Kazuki Yamada © Marco Borggreve

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