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Un pianiste et des roses : trouvailles à Radio France avec Thomas Enhco

Concerts, La Scène, Musique d'ensemble

Paris. Auditorium de la Maison de la Radio. 27-V-2017. Johannes Brahms (1833-1897) : Quatuors pour chœur mixte et piano op.92. Thomas Enhco (né en 1988) : Improvisation. Morten Lauridsen (né en 1943) : Les Chansons des roses. Francis Poulenc (1899-1963) : Figure humaine, cantate pour double chœur mixte. Thomas Enhco, piano ; Chœur de Radio France, direction : Sofi Jeannin.

TEnhcoÀ l’auditorium de la Maison de la Radio, une succession de bonnes surprises fait d’un concert chœur et piano une mémorable soirée.

La première des heureuses nouvelles est de trouver ce soir un d’excellente tenue. Dès les Quatuors de Brahms, les chanteurs veillent à bâtir un timbre globalement homogène, grâce à une écoute mutuelle dans les dialogues ; leur bonne diction des consonnes, servie par l’intelligence des textes des poètes, permet de goûter la puissance évocatrice de l’œuvre sans même qu’il soit besoin de suivre mot à mot la traduction de l’allemand. D’emblée, le public est emporté dans ces douces visions crépusculaires ; Warum ?, en particulier, frappe l’oreille par son ample et mystique conclusion. L’investissement physique de , cela va sans dire, est pour beaucoup dans ce succès ; et sa connaissance des partitions lui servirait de peu, sans le talent qu’elle possède pour insuffler à son chœur, en une seconde, telle inflexion de nuance ou telle intensité de phrasé.

C’est alors qu’arrive sur le devant de la scène un personnage discret jusqu’ici : le jeune pianiste , qui d’accompagnateur se fait soliste. Fort de sa double formation en classique et en jazz, il se réapproprie les thèmes brahmsiens et les utilise comme fil directeur d’une improvisation d’une dizaine de minutes. C’est génial en tout point : d’une grande unité formelle et esthétique, d’une belle inventivité harmonique, et avec le zeste d’humour qui transforme la prouesse technique en charmante pochade. Chaque fois qu’il prend la parole en musique, possède l’art de tenir le public en haleine ; faisant retentir un premier arpège nonchalant et quelques harmonies épicées, effleurées comme par mégarde, il donne à ressentir l’enthousiasme de la page vierge, d’un monde à créer.

Mais là n’est pas la dernière surprise de la soirée : lorsque revient le chœur, c’est pour donner une série de courts madrigaux du compositeur américain , écrits sur des poèmes français de Rilke. Ce cycle, dénommé Les Chansons des roses, produit ce soir un grand effet, sur un public qui n’est guère habitué à ce genre de répertoire. Chez Lauridsen, en effet, toute prétention à la modernité cède la place à une rhétorique du sacré, et, dans ces poèmes floraux, à une douceur ombrée de mélancolie. Écrit dans un univers tonal proche de celui d’, Contre qui, rose est sans conteste le chef-d’œuvre du cycle : un nocturne pastel où les intervalles mélodiques expressifs magnifient les trouvailles des vers de Rilke. Quatre de ces cinq pièces sont chantées a cappella ; le piano n’accompagne que la dernière, Dirait-on, une berceuse en forme de rengaine, où le semble plus inspiré que jamais.

Figure Humaine, la superbe cantate de Poulenc sur des textes d’Éluard, termine un concert déjà si riche en découvertes qu’il devient presque difficile au chœur, réuni au grand complet sur scène, de captiver encore. La conclusion, néanmoins, conserve toute sa force : cri de victoire de la liberté, qui résonne longuement aux oreilles d’un public conquis.

Crédit photographique : © Ph. Levy-Stab

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  • Denis Frenkel

    « un personnage discret jusqu’ici » Ce Thomas Enhco mérite mon admiration.

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