tous les dossiers(1)

Paroles sans musique : Glass par Philip

À emporter, Essais et documents, Livre

Paroles sans musique. Philip Glass (né en 1937). La rue musicale, label de la Cité de la Musique-Philharmonie de Paris. 384 p. 26€. Février 2017.

 

glass_paroles-sans-musiqueL’on attendait depuis longtemps un ouvrage en français sur . C’est enfin chose faite, même s’il a fallu pour cela que ce fût le compositeur soi-même qui se mît aux fourneaux. Un ouvrage essentiel.

Ce n’est un secret pour personne : la France a été le pays le plus méfiant d’Europe face à la musique de (lire notre entretien) et ce, malgré la tumultueuse création avignonnaise d’Einstein on the Beach dans la canicule de 1976. Depuis les propos se sont adoucis en regard de l’art, beaucoup plus original que sommaire, d’un compositeur dont on fête aujourd’hui les 80 ans. La France tente, depuis, de rattraper son retard: la fidélité des Nuits de Fourvière se voit relayée par la Philharmonie de Paris qui, concomitamment à quelques ciné-concerts et autre Nuit Philip Glass, édite la VF de cet ouvrage de près de 400 pages où le compositeur raconte de l’intérieur le chemin têtu des quelques notes lancinantes répétées devant 6 auditeurs aux grands opéras humanistes et romantiques qui galvanisent des salles combles.

Un évident don de plume, allié à une grande humilité, à l’humour du musicien (le clin d’oeil du titre!), végétarien, yogi régulier, pour qui, de l’intime au professionnel, l’humain est la matière première de la démarche, capte dès l’initiale mise en garde maternelle: « Si tu vas à New York étudier la musique, tu finiras comme ton oncle Henry, à voyager de ville en ville, d’hôtel en hôtel. »

Très vivant, ressuscitant un demi-XXème siècle, l’ouvrage est découpé à la façon d’un opéra, en 3 parties encadrées d’une Ouverture et d’un Finale.
L’Acte I est le plus développé, qui permet de comprendre comment, à partir d’une question initiale: « D’où vient la musique ? », s’est développé un style que chacun peut reconnaître. Le décisif séjour de 3 ans à Paris en pleine Nouvelle vague, le voyage en Asie, auront été des moments marquants, pour avoir permis à Glass d’approcher dont le couple improbable que ce dernier forma avec (« Mes anges gardiens. Un sur l’épaule gauche, un sur l’épaule droite») accoucha d’un compositeur dont les réponses musicales ne pouvait que choquer dans une France sous domination dodécaphonique.
L’acte II, du retour à New York jusqu’à Einstein on the Beach, fait défiler l’effervescence d’une époque où les arts étaient prêts à tout : performances, happenings, ainsi que les aventures décisives : , Mark di Suvero, JoAnne Alaikis (sa première femme, qu’il accompagna dans la naissance de la compagnie théâtrale Mabou Mines), Ginsberg (« Mon boulot ? Soulager le mal de vivre.»), Leonard Cohen, Robert Wilson, Dennis Russell Davies… Très pédagogue, Glass nous fait comprendre la construction, par couches successives, d’un style, aussitôt raillé (« Ce n’est pas de la musique ») ainsi que les moyens de le diffuser (naissance du Philip Glass Ensemble). Sont évoqués avec empathie les CDD d’alors (déménageur, plombier, taxi driver) qui permirent à Glass de patienter jusqu’à ses 41 ans, lorsque Satyagraha lui permit enfin de vivre de sa musique.
L’Acte III évoque l’opéra (dont Glass est devenu une des pierres angulaires), le cinéma et les compositions cultes nées de rencontres fortes, pour la Qatsi Trilogy, Paul Schrader pour Mishima («Je ne compose pas une musique qui va avec le film, j’écris la musique qui est le film. ») , et enfin sa magnifique Trilogie Cocteau (en français, et sans rancune !)

« Une éternité précède l’Ouverture, une autre succède au Finale. » scande musicalement  la conclusion. Alors que l’on croyait tenir entre les mains un tome I de ce qui peut s’apparenter à des Mémoires où il y a tant à dire sur une œuvre qui n’a pas dit son dernier mot (messieurs les critiques, à vos plumes!), Glass conclut sur l’image émue de Little Philip s’émancipant sur le vélo de son enfance soutenu par Big Ben, le père disquaire, curieux de la musique de son temps (refilant Chostakovitch à ses clients entre deux Beethoven), loin de se douter à cet instant du devenir majuscule de son fils dans l’Histoire de la musique.

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.