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Jeffrey Tate, ses grandes années à Genève

jeffrey_tateResMusica revient sur les grandes années de Sir au Grand Théâtre de Genève de 1982 à 1994 et sur une inoubliable Elektra. Né à Salisbury le 28 avril 1943,  le chef britanique vient de nous quitter à Bergame, en Italie, le 2 juin 2017. 

Depuis 1982 où il dirige Le Nozze di Figaro avec le Comte de Ruggiero Raimondi, le Figaro de Claudio Desderi, la Comtesse d’Anna Tomowa Sintow et la Susanna de Maria Ewing, n’a pas manqué une seule saison du Grand Théâtre de Genève jusqu’en 1994 où à la tête de l’, il dirige un superbe Orphée et Eurydice avec une fabuleuse Anne-Sofie von Otter et une magnifique Barbara Bonney. Durant toutes ces années, l’admirable musicalité de Jeffrey Tate s’est illustrée à l’opéra de Genève dans L’Or du Rhin (1983), Idomeneo (1984), Lulu (1985), Falstaff avec Ruggiero Raimondi et la Miss Ford de Daniela Dessi (1986), La Forêt de Rolf Liebermann (1987), L’Enfance du Christ (1988), Fidelio avec le Pizzaro de Siegmund Nimsgern, le Florestan de Thomas Moser, la Leonore d’Elizabeth Connell et le Rocco de Hans Tschammer (1989), Intermezzo (1991) et The Rise and the Fall of the City of Mahagony (1992).

Et 1990 ? Cette année-là, le Grand Théâtre de Genève programme Elektra de . Avec une mise en scène d’Andrei Serban et des décors noirs de , Jeffrey Tate dirige l’Elektra de , la Clytemnestre de la légendaire Leonie Rysanek et l’Oreste de dans une production électrisante. Avec des solistes délirantes, habitées, Jeffrey Tate à la tête de l’ magnifie une direction d’une finesse extrême. A la fin de ce spectacle, le public est en délire. Ce sont plus de dix rappels qui ovationnent les artistes de cette soirée. Du jamais vu au Grand Théâtre de Genève !

Après le spectacle, nous avions en projet de passer la fin du weekend dans notre appartement à la montagne, à une centaine de kilomètres de Genève. Dans la voiture, ni ma compagne, ni moi, ne pipions mot. La radio était muette. Nous roulions sur l’autoroute sans problème. Relativement peu de circulation. Tout baignait, comme on dit. Tout à coup, une sensation étrange m’envahit. Je ne me sentais plus d’aller plus avant dans ce voyage. Je sortis à la première aire de repos, arrêtai la voiture, son moteur et, je me retrouvai totalement incapable de parler. L’émotion du spectacle que nous venions de voir et d’entendre m’avait soudainement submergé. Paralysé par le souvenir de ces moments d’exception, je suis resté plusieurs heures à cet endroit. Petit à petit, nous tentions de nous remémorer les instants vécus avec des mots qui ne venaient pas, avec des souvenirs que nous n’avions pas envie d’effacer de nos mémoires tant ils étaient forts. Certes les grandes interprètes que nous avions entendues apparaissaient comme un privilège extraordinaire auquel nous avions été conviés.

Soudain, au détour de notre conversation, de l’échange de nos souvenirs, nous découvrions ce qui nous avait réellement réunis dans notre inconditionnel enthousiasme : la musique. La musique que nous avait offerte Jeffrey Tate, au sommet de son art. Sous la direction du chef anglais devenait viennois. Avec une légèreté inouïe et un raffinement de classe, sa musique avait transformé l’hystérie du chant en un ornement subtil.

Aujourd’hui, plus de vingt-cinq ans plus tard, le souvenir de cette extraordinaire soirée est toujours aussi vivace*. Et cela grâce à Sir Jeffrey Tate, puisque depuis six semaines la Reine d’Angleterre l’avait anobli pour services à la musique.

* La représentation du 10 mars 1990 a été éditée en 2005 chez Claves (2 CDs, référence 50 2514/15)

Crédit photographique : Jeffrey Tate © Andrea Tamoni

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