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L’hommage à Claude Helffer de la pianiste canadienne Louise Bessette

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Vitry-sur-Seine. Plateau des EMA. 31-V-2017. José Evangelista (1943-1988) : Monodias Españolas ; Serge Arcuri (né en 1954) : Des jardins secrets ; Gilles Tremblay (né en 1932) : Traçantes, auprès, au loin… ; Silvio Palmieri (né en 1957) : Prélude XI, Elevazione (Disperate vibrazioni raschia no il silenzio) ; Claude Debussy (1862-1918) : Estampes ; Bruno Ducol (né en 1949) : Études de rythmes opus 20. Louise Bessette, piano.

LouiseBessette2011_redC’est à la pianiste canadienne qu’il revenait de clore la quatrième édition du Festival , emmené par et . L’édition 2017 investissait plusieurs espaces artistiques de la ville de Vitry-sur-Seine, dont le prestigieux Mac Val et le Plateau des Écoles municipales artistiques (EMA), où donnait son concert. Le programme franco-canadien de l’interprète, elle-même ancienne élève du grand pianiste (1922-2004) et fervent défenseur de la musique de notre temps que fut , tissait un réseau de dédicaces et d’hommages reliant entre elles la plupart des œuvres à l’affiche.

Monodias Españolas, du compositeur canadien d’origine espagnole trop tôt disparu , est une révélation. Ce sont quatorze bijoux essentiellement mélodiques que le compositeur se contente d’ourler délicatement selon le principe populaire de l’hétérophonie. Les mélodies proviennent de différentes provinces de l’Espagne, toutes recensées (La Mancha, Salamanca, Valencia, Catalunya…) et dardent leurs couleurs vives, leurs contours ciselés et la vitalité essentielle de leurs rythmes dont la pianiste restitue magnifiquement la fraîcheur et la spontanéité.

C’est à Louise Bessette et que les deux compositeurs canadiens Gilles Arcuri et dédient leur pièce respective. Dans Des jardins secrets, Arcuri fait naître des nébuleuses sonores dans un halo de résonance sans cesse réamorcé sous le toucher sensible et délicat de l’interprète. Moins convaincant, Prélude XI, Elevazione de Palmieri, un rien touffu, sollicite l’énergie de la pianiste pour servir une écriture toute en contrastes. Plus risquée et aventureuse, la pièce de , Traçante, auprès, au loin…, qu’il dédie à Claude Helffer, sculpte la résonance du piano à travers un jeu de filtres très élaboré qui nous met à l’écoute des mutations du spectre sonore.

L’interprète revient sur scène en seconde partie avec Estampes (1903) de Debussy, un triptyque qui précède la composition des deux Livres de Préludes. Si elle ne donne pas le meilleur d’elle-même dans Pagodes, qui manque d’une certaine cohérence dans le flux de l’écriture, on se sent davantage embarqué dans La soirée dans Grenade même si le choix des tempi et certains alanguissements rythmiques restent contestables. La « toccata » des Jardins sous la pluie est par contre irréprochable, menée à vive allure dans la transparence des textures et une palette de couleurs aussi riche que lumineuse.

« Rythmicien et féru d’Antiquité » pourrait-on dire du compositeur , pour tenter le rapprochement avec , son maître, dont l’esprit plane sur les quatre Études de rythme op.20. L’œuvre est une commande de Radio France que Ducol dédie à Louise Bessette, qui en fut la créatrice. On admire, à la suite de Debussy, l’acuité du trait, le geste souvent volcanique (Impulsions) et la complexité rythmique qui se joue au sein d’une écriture procédant par plans sonores en tuilage ou superposition (Perpetuum mobile). Chaque étude a son dédicataire, sa source poétique et son hommage parfois : Volumes-Durées est écrite pour Louise Bessette, hommage à la Pythie, d’après Henri Pichette. La pièce est puissante sous le geste investi de la pianiste, Ducol envisageant toutes les capacités résonnantes d’un instrument entendu ici dans sa dimension jubilatoire. Acis et Galatée, notre préférée, est dédiée à Claude Helffer d’après . L’espace du clavier y est graduellement découvert selon une progression rhizomique et une trajectoire magnifiquement conduite, où Louise Bessette restitue tout à la fois le mystère et la poétique du monde sonore.

Crédit photographique : © Robert Etcheverry

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