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L’itinéraire fauréen de Michel Dalberto

À emporter, CD, Musique de chambre et récital

Gabriel Fauré (1845-1924) : Ballade en fa dièse majeur, op.19 ; Impromptu n°3 en la bémol majeur, op.34 ; Nocturnes n°6 en ré bémol majeur op.63, n°7 en ut dièse mineur op.74, n°9 en si mineur op.97, n°11 en fa dièse mineur op.104 n°1, n°13 en si mineur op.119 ; Thème et variations en ut dièse mineur op.73. Michel Dalberto, piano Bechstein n°53210. 1 CD Aparté AP150. Enregistré en concert au Conservatoire national supérieur d’art dramatique de Paris, le 7 janvier 2017. Textes de présentation de l’artiste, avec des extraits de lettres d’Olivier Greif au sujet de Fauré, trilingue : français, anglais et japonais. Durée : 73’49 »

 

fauré dalberto nous revient au disque, avec ce deuxième volume d’exploration du répertoire pianistique français au tournant des dix-neuvième et vingtième siècles pour le label Aparté : voici donc, après un Debussy de haut niveau, une exploration fauréenne, sublime réussite musicale et pianistique juste un peu gâchée par une prise de son très sèche et une perspective sonore peu cohérente.

Au cours d’un long texte de présentation qui tient aussi de la confession intime, raconte sa lente et longue approche du répertoire fauréen. Sans ambages ni flatteries, il dit avoir détesté Fauré durant ses années d’apprentissage, malgré sa fréquentation de ce répertoire, que ses maîtres puis avaient assignée à leurs classes. C’est surtout par le truchement des mélodies et la rencontre avec qu’il confesse avoir eu le « déclic » fauréen et avoir saisi l’approche mélodique du maître. Puis, il avoue avoir lentement pénétré et apprivoisé le mystère des entrelacs harmoniques du dernier Fauré, le plus hermétique tant pour les interprètes que pour le public, par une patiente fréquentation. Mais rappelons qu’on doit au disque à Michel Dalberto une fructueuse collaboration fauréenne avec, entre autres, les frères Capuçon ou le quatuor Ébène, dans le cadre de l’édition intégrale de la musique de chambre avec piano du compositeur français (Virgin/Erato-Warner).

Le récital du 7 janvier 2017, capté tant en support audio qu’en vidéo (des extraits sont disponibles sur YouTube) et donné en la salle de concert du conservatoire d’art dramatique de Paris, est donc l’aboutissement de cette lente maturation artistique et, par ce florilège, se veut une exploration quasi chronologique du catalogue pianistique fauréen. Dès la célèbre Ballade op.19 augurale, ici jouée bien entendu dans sa version pour piano seul, c’est l’enchantement : Michel Dalberto y trouve à la fois le ton juste, proustien avant la lettre, et le sens de la grande forme ; il entretient sur la longue distance de la grande forme la tension mélodique nécessaire tout en soulignant çà et là les quelques accidents harmoniques particulièrement épicés, avec un parfait étagement des plans sonores.

Le délié et les contrastes du Troisième impromptu, page plus uniment accessible séduisent d’emblée. Mais les Sixième et Septième nocturnes, autrement plus essentiels, nous mènent droit au cœur de l’exploration fauréenne des replis de l’âme, que ce soit par la richesse effusive, parfaitement évoquée, du Sixième ou l’inexorable progression rythmique et dramatique du Septième.

Au fil du Thème et variations op.73, autre sommet de l’invention fauréene, Michel Dalberto se souvient sans doute de l’approche de son maître (Denon, à rééditer) et resserre d’avantage le cadre de la verticalité en jouant la carte d’une certaine austérité : une option diamétralement opposée à la récente (et tout aussi superbe) version d’ (Artalinna, 2017), plus gourmande de sonorités et parfois plus fantasque de ton. Les énigmatiques Neuvième et Onzième nocturnes, parfaits exemples de la dernière manière du maître, bénéficient d’un subtil éclairage harmonique : le dessin de la forme globale, certes présente, se dilue magnifiquement au profit de la pure couleur instrumentale, mais on sent sourdre les interrogations angoissées, voire le désespoir du compositeur. L’ultime Treizième nocturne (1921), évocation de la vieillesse d’un Fauré désormais muré dans une très particulière surdité déformant sa perception des registres extrême, clôture ce magnifique récital. Il est ici déchirant par le ton d’ultime confession où pointe l’inéluctable et glaçant silence de la mort à venir.

Malheureusement, ce disque magistral est oblitéré par une prise de son peu digne : certes, l’acoustique très sèche du lieu n’aide en rien la captation technique, mais surtout, les trésors de sonorités que déploie Michel Dalberto sont quelque peu trahis par une certaine compression dynamique et par une perspective sonore favorisant à l’excès le medium et l’aigu du piano historique Bechstein (circa 1900) au détriment de basses que l’on aurait souhaitées plus prégnantes et profondes. Petit bémol technique qui n’affadit en rien notre enthousiasme face à cette magnifique réalisation.

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