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La Cenerentola à Garnier, une nouveauté déjà démodée

La Scène, Opéra, Opéras

Paris. Palais Garnier. 10-VI-2017. Gioachino Rossini (1792-1868) : La Cenerentola ossia la bontà in trionfo, dramma giocoso en 2 actes sur un livret de Jacopo Ferretti d’après « Cendrillon » de Charles Perrault. Mise en scène : Guillaume Gallienne. Chorégraphie : Glyslein Lefever. Décors : Eric Ruf. Costumes : Olivier Bériot. Lumières : Bertrand Couderc. Avec : Juan José De León, Don Ramiro ; Alessio Arduini, Dandini ; Maurizio Muraro, Don Magnifico ; Chiara Skerath, Clorinda ; Isabelle Druet, Tisbe ; Teresa Iervolino, Angelina ; Roberto Tagliavini, Alidoro. Chœur de l’Opéra national de Paris (chef de chœur : José Luis Basso). Orchestre de l’Opéra national de Paris, direction : Ottavio Dantone.

2017-06-11 22_46_54-Galerie - La Cenerentola - Opéra - Programmation Saison 16_17 - Opéra national dPas de pantoufle ni de marâtre pour La Cenerentola de Rossini, mais sous la mise en scène de et la direction musicale d’, la citrouille ne se transforme pas non plus en carrosse. La distribution vocale fraîche et pétillante, dominée par un charismatique suscitant les applaudissements les plus nourris en fin de représentation, semble tout de même manquer d’envergure dans cette salle si prestigieuse qu’est l’Opéra Garnier. Elle nous permet tout de même de passer une soirée agréable mais guère plus.

Pas sûr que sans la proposition de , aurait eu l’idée (l’envie ?) de se lancer de lui-même dans cette aventure opératique. Composée d’un décor unique d’ dont la couleur ocre fait écho au rouge velours de Garnier – soit un palais délabré envahi par la lave solidifié d’un volcan -, cette mise en scène autour de l’univers de la mafia napolitaine se révèle sans grande inventivité, bien statique et manquant cruellement de flamme. En l’absence d’une véritable énergie, certainement due à cette volonté d’atténuer les passages cocasses de ce dramma giocoso, ce travail paraît bien démodé alors qu’il vient à peine d’être créé. Le fait que l’humiliation constante d’Angelina (Cendrillon) se fasse toujours sous plusieurs regards souligne la violence de la situation et l’accablement de la jeune femme sans que cela suscite plus d’émois de notre part. La seule innovation déstabilisante du célèbre homme de théâtre et de cinéma, est de faire la place belle à la harpe au détriment du piano forte dans certains récitatifs où le soutien du clavier est pourtant nécessaire. Même si nous pouvons comprendre la démarche (« le piano forte avait tendance à trop codifier ces scènes » selon Guillaume Gallienne), et même si lui a attesté que cela s’était déjà fait (à Ulm), nous nous en serions bien passée… Dans la fosse, l’Orchestre national de Paris manque de saveurs, de couleurs, mais aussi de précisions et de rigueur du côté des vents (et cela à plusieurs reprises). Le choix d’un tempo lent à de nombreux moments (sextuor Questo è un nodo avviluppato, duo Magnifico/Dandini Un segreto d’importanza par exemple) alourdit la partition dont les choix d’interprétation privent d’une certaine vigueur la musique du compositeur italien que la puissance du chœur de l’Opéra de Paris à effectif réduit n’arrive pas à redynamiser.

Sur le plateau, campe un Don Ramiro fragile, positionnement étonnant pour un prince conquérant dans la force de l’âge. Est-ce cela qui explique la projection limitée du ténor ? Alors que la diction pourrait être plus soignée lorsque le débit est vertigineusement rapide, et malgré l’investissement manifeste de l’artiste dans cette incarnation, sa voix nasillarde est un véritable barrage pour marquer la noblesse et la prestance du rôle. Attendrissant malgré tout, ce sont quelques puissants aigus et un legato travaillé qui rendent sa prestation honorable.

La performance de dans le rôle-titre s’inscrit dans le parcours de l’héroïne : en évoluant au début de la soirée par le biais d’une tendre timidité dans Una volta c’era un rè, la chanteuse déploie tout son talent dans son rondo final à coup de vocalises bien maitrisées qui manquent malgré tout de reliefs, celles-ci étant pourtant portées par un timbre charnu et sombre qui font la force de l’interprète dans ce rôle. Les débuts tout de même convaincants de la mezzo-soprano sur la scène de l’Opéra de Paris s’exécutent en toute humilité, loin de l’Angelina « volcanique » souhaitée par Guillaume Gallienne.

La Cenerentola (Saison 2016-2017)

Ainsi, les piliers du casting ne sont pas les têtes d’affiche mais bien les seconds rôles, à l’image d’un semblant faire l’unanimité au moment du salut. La virtuosité n’épargne aucun chanteur dans cet opéra, mais c’est effectivement l’interprète d’un Alidoro paternaliste envers Cendrillon qui est le plus convaincant dans l’exercice, s’appropriant les ornementations de Rossini avec noblesse et singularité. La basse impose à chacune de ses apparitions une force, une stabilité et un charisme indéfectibles, suscitant presque auprès de nous une certaine frustration, le rôle ne lui permettant que d’interpréter un seul air (Là del ciel nell’arcano profondo) durant ces trois heures de spectacle.

Dans une moindre mesure, nous remarquons la pétillante dans le rôle de Clorinda. Le timbre clair de la soprano, la finesse de sa ligne de chant, son jeu théâtral minutieux fort d’un engagement constant, son physique avantageux mis en valeur par des robes et une coiffure qui lui siéent à merveille : tout est là pour que la soprano s’illustre. A ses côtés, assure le duo avec plus de discrétion, même si son timbre cuivré est reconnaissable entre tous. Mais difficile de croire que les deux sœurs ne suscitent aucun regard de la part de Don Ramiro, car même si leurs caprices proches du ridicule ne les mettent pas en valeur, le charme des jeunes femmes est bien avéré. Pour compléter cette distribution, on peut compter sur la gouaille de , le seul à détenir l’unique rôle bouffe traité dans cette mise en scène avec pas mal de vulgarité, et l’assurance d’un agréablement séducteur dans son costard de mafieux.

Rossini a supprimé la magie du conte de Perrault pour se concentrer sur l’émotion. Ce soir, à l’Opéra Garnier, sans que cela soit une catastrophe, nous n’avons retrouvé ni l’une ni l’autre.

Crédits photographiques : La Cenerentola mis en scène par Guillaume Gallienne © Vincent Pontet / Opéra national de Paris

Lire aussi : La Cenerentola de Rossini, une œuvre moins binaire qu’il n’y paraît

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