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Le Quatuor Manfred, des passeurs de musique

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital

Dijon. Auditorium. 10-VI-2017. Johannes Brahms (1833-1897) : Sextuor à cordes n°2 en sol majeur op. 36 ; Florence Baschet (née en 1955) : Manfred, cycle pour quatuor à cordes (création) ; Robert Schumann (1810-1856) : Quintette pour piano et cordes en mi bémol majeur op. 44. Quatuor Manfred (Marie Béreau et Luigi Vecchioni : violon, Emmanuel Haratyk : alto, Christian Wolff : violoncelle) ; Grégoire Vecchioni, alto ; François Robin, violoncelle ; Florent Boffard, piano.

JBM0010-Jean-Baptiste MillotTrente ans d’existence, cela se fête dans l’allégresse évidemment mais aussi en affirmant son identité, toujours avec l’exigence musicale de la mise en valeur de la partition. L’exploration de territoires nouveaux et la sensibilité frémissante sont aussi des idéaux du romantique Manfred, le sombre héros de Byron. Ce concert anniversaire, qui clôt une saison bien remplie, en est le témoignage.

Cette année le nous a offert les intégrales croisées des œuvres de Schumann, Tchaïkovski et aussi de Brahms, il était donc logique que le programme s’ouvre avec le Sextuor opus 36. Ce choix permet de mettre l’accent sur un des aspects importants du travail de ces musiciens : ils ont à cœur depuis toujours de transmettre. C’est ainsi que deux jeunes musiciens à la carrière prometteuse, l’altiste Grégoire Vecchioni et le violoncelliste François Robin ont rejoint la formation à cette occasion. L’écriture dense de Brahms devient presque évidente dans le travail précis effectué par l’ensemble : les motifs circulent aisément, le thème varié du mouvement lent est mis en valeur avec délicatesse et sensibilité. On apprécie la vivacité du Scherzo dans lequel le trio formé par les deux violons et un alto en pizzicato suscite la réponse des graves. On y aime aussi les oppositions de style très marquées spécialement dans le Scherzo. Si on voulait trouver à y redire, certaines attaques semblent un peu dures.

La création ce soir de l’œuvre de , commande des Manfred et du Centre Européen ProQuartet, s’inscrit parfaitement dans l’optique de la célébration des trente ans. En mars dernier, le Quatuor avait invité à Dijon le comédien à la sensibilité à fleur de peau, Denis Lavant, à lire le texte de Lord Byron, Manfred, lors d’un concert-lecture. a composé son Manfred, cycle pour quatuor à cordes en suivant le même chemin : « La pièce se construit sur sept scènes principales du texte, en faisant vibrer pour chaque scène… une lumière sonore différente et graduée… ». Le travail sur le son d’ensemble du quatuor trouve là un terrain à sa mesure : dans cette création mondiale, on entre dans un monde onirique où l’oreille ne sait plus de quelle sorte d’instrument proviennent les sons. Est-ce une source électronique, est-ce un « cristal-Baschet » ? Les notes tenues piano dans les aigus, privilégiées ici, puis interrompues par de forts accents, les passages violents et les trois accords récurrents, tout nous plonge dans un univers à la fois rêveur et exalté qui est bien la signature du style de cette formation « d’explorateurs » que sont les Manfred.

Quelle belle rencontre que celle qui se produit fortuitement entre et ce quatuor dans le Quintette avec piano de Schumann ! Le pianiste, remplaçant « à main levée » souffrant, se révèle un partenaire idéal. Son énergie, son touché délicat et sensible, son écoute sont en parfaite symbiose avec la fougue « manfredienne ». Tout l’univers changeant de Schumann se retrouve dans cette interprétation : le romantisme emporté, la jeunesse et ses élans, la tendresse mais aussi une sorte de complaisance dans l’évocation morbide dans le mouvement lent, ici tout nous transporte dans un tourbillon de sensations et de sentiments exaltants.

Crédit photographique : © Jean-Baptiste Millot

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