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Diana Damrau et Nicolas Testé enflamment la Philharmonie de Luxembourg

Concerts, La Scène, Musique de chambre et récital, Opéra

Luxembourg. Grand Auditorium de la Philharmonie. 12-VI-2017. Giacomo Meyerbeer (1791-1864) : ouverture, « Nobles seigneurs » et « Pif, Paf, Pouf » extraits des Huguenots, « Ombre légère » extrait de Dinorah, ou Le Pardon de Ploërmel, « Sulla rupe, triste, sola » extrait de Emma di Resburgo, « Lebewohl, geliebte Schwester » extrait de Ein Feldlager in Schlesien ; Giuseppe Verdi (1813-1901) : « Elle ne m’aime pas » extrait de Don Carlo, « Mercé dilette amiche » extrait de I Vespri Siciliani ; Charles Gounod (1818-1893) : ouverture de Roméo et Juliette ; Jules Massenet (1842-1912) : « Épouse quelque brave fille », « Pardon, mais j’étais là… » et « Suis-je gentille ainsi ? … Profitons bien de la jeunesse » extraits de Manon ; Richard Wagner (1813-1883) : « Mögst Du, mein Kind » extrait de Der fliegende Holländer/Le Vaisseau fantôme ; Amilcare Ponchielli (1834-1886) : Danza delle ore et « Si, morir ella dè ! » extraits de La Gioconda ; Vincenzo Bellini (1801-1835) : « O amato zio … o mio secondo padre » extrait de I Puritani. Diana Damrau, soprano ; Nicolas Testé, baryton-basse. Orchestre Philharmonique du Luxembourg, direction : Łukasz Borowicz.

Festival vocal pour un récital nommé à juste titre « Bel canto drammatico ». et , dans un programme tout XIXe siècle conçu avec goût et intelligence, enchantent le public par leur engagement. Aux côtés de pages de Bellini, Verdi, Wagner ou Massenet, Meyerbeer sort comme le grand triomphateur de la soirée.

C’est qui avait ouvert en septembre dernier la saison 2016-2017 de la Philharmonie de Luxembourg, dans un concert conçu autour des Quatre Derniers Lieder de Strauss. Et c’est dans un programme consacré au grand opéra français et au bel canto italien qu’est revenue la grande soprano allemande, aux côtés de son époux le baryton-basse français . On saluera tout d’abord, pour ce qui aurait pu avec d’autres passer pour un concert de routine, la rare cohérence d’un programme majoritairement consacré à Meyerbeer, mais tissant avec divers autres compositeurs phares du XIXe siècle – Verdi, Wagner, Bellini… – des liens particulièrement frappants. La première partie du concert privilégie ainsi la veine légère de divers ouvrages, mettant à distance les émois et les excès de certains personnages. Passant des balbutiements hésitants du jeune page Urbain des Huguenots, petit trésor d’ironie et de second degré, à la folie ravageuse de Manon, Diana Damrau brosse à chaque fois de ces protagonistes un portrait plein de vie, soulignant avec l’humour et l’énergie qui la caractérisent les errances, errements et contradictions qui habitent ces personnages. Les deux airs du Cours-la-Reine, placés directement à la suite de l’air de Des Grieux père et du petit duo avec Manon, mettent particulièrement en valeur la démesure et les délires d’un personnage dont l’innocence et/ou la perversité ressortent à tout moment. Autre temps fort de cette partie, la célèbre « Ombre légère » de la Dinorah du Pardon de Ploërmel, dont les vocalises débridées suggèrent avec humour la folie naissante d’une héroïne pourtant essentiellement comique.

La deuxième partie du concert fait résolument la place au tragique. Les deux pièces rares de Meyerbeer, des airs extraits des opéras Emma di Resburgo (1819) et Ein Feldlager in Schlesien (1844), font littéralement sensation. Si la première évoque encore Rossini et le bel canto italien, la deuxième, donnée après un air du Vaisseau fantôme, rappelle immanquablement Wagner. Dans les deux morceaux, Diana Damrau se montre magistrale sur tous les plans – souffle, puissance vocale, engagement – et l’on entend déjà ce que cette belcantiste confirmée, encore à l’aise dans les vocalises, cocottes et suraigus, pourra donner plus tard dans certains opéras wagnériens : Les Maîtres chanteurs, d’abord, Lohengrin et Tannhäuser ensuite. Et plus si affinités…

Le programme officiel s’achève sur un excitant duo des Puritains, rare moment de théâtre, de musique et de partage, dans lequel Nicolas Testé fait bien plus que donner la réplique. Doté d’une voix puissante et richement timbrée, il fait preuve tout au long de la soirée d’une diction exemplaire et d’une musicalité à toute épreuve, même si ses facultés de coloration restent en deçà de celles de sa partenaire, frisant parfois une certaine monotonie notamment dans les airs de Don Carlos (en français dans le texte) et de La Gioconda. Car, on l’aura compris, c’est surtout Damrau qui, de par sa présence magnétique et son aura vocale qui n’appartient qu’aux plus grandes, aura enflammé le public. Avec son bis, le sublime « Robert, toi que j’aime » de Robert le diable, elle a littéralement suspendu le temps, trouvant mille couleurs rien que pour illustrer les multiples reprises des mots « grâce pour moi »…

Au bonheur lié à l’écoute de la voix, on rajoutera tout le plaisir fourni par la remarquable exécution de l’, placé sous la baguette attentive du chef . Meyerbeer orchestrateur, voilà un autre passionnant débat que les décennies à venir auront à nourrir. En attendant, la fête vocale, qui s’est achevée sur un surprenant duo extrait de Porgy and Bess, n’aura laissé personne sur sa faim.

Crédit photographique : Diana Damrau (photo n°1) ; Diana Damrau et Nicolas Testé © François Zuidberg / Philharmonie Luxembourg

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