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À Saint-Denis, Daniele Rustioni dans le Stabat Mater de Rossini

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Saint-Denis. Basilique. 13-VI-2017. Gioachino Rossini (1792-1868) : Stabat Mater. Joyce El-Khoury, soprano ; Karine Deshayes, mezzo-soprano ; Edgardo Rocha, ténor ; Sergey Artamonov, basse. Les Elements (chef de choeur : Joël Suhubiette). Orchestre de Chambre de Paris, direction : Daniele Rustioni.

RustioniPrésent quelques semaines dans la capitale pour reprendre Rigoletto à l’Opéra Bastille, le nouveau directeur musical de l’Opéra de Lyon livre au Festival de Saint-Denis un solide et touchant Stabat Mater de Rossini. En prenant le contre-pied de l’idée de légèreté trop accolée à la musique du compositeur, sans pour autant alourdir l’œuvre à la façon d’un Requiem de Verdi, le jeune chef italien parvient à agencer le matériau symphonique et choral en lui donnant tout de même un véritable poids, aidé par un quatuor de solistes duquel se démarque la prestation de .

Alors qu’il dirige l’Orchestre de l’Opéra de Paris en fosse depuis mai, passe par le Festival de Saint-Denis pour un concert composé d’un unique Stabat Mater de Rossini. L’introduction aux cordes présente une vision sans concession d’une partition parfois anormalement allégée ou au contraire trop alourdie. Sous la baguette du jeune homme, les violons d’un parfaitement préparé emmènent l’œuvre vers les sonorités du Requiem de Mozart. Les respirations comme le poids des phrases appellent à un véritable caractère de douleur, renforcé par l’acoustique et l’ambiance de la Basilique de Saint-Denis.

Rustioni réussit à rendre le son lumineux dès Cujus animam gementem en accompagnement du ténor ; il parviendra tout au long de l’ouvrage à travailler sur les différentes atmosphères, qu’il approchera tantôt comme des parties d’une pièce religieuse allemande, tantôt comme celles d’une pièce belcantiste. À cette prestation orchestrale d’excellent niveau, à laquelle la petite harmonie et surtout les cuivres participent, flûtes, cors et trombones en tête, il faut ajouter celle tout aussi convaincante du chœur Les Éléments. Lui aussi parfaitement préparé, il profite d’un effectif de seulement quarante choristes qui permet de n’être jamais trop nombreux pour ne pas risquer de noyer le texte dans la masse. La précision et la diction participent à une touchante retransmission du message religieux dès les mots d’affliction du dolorosa.

El Khoury DeshayesLa distribution profite de cet accompagnement pour n’être jamais couverte, d’autant qu’elle est placée devant l’orchestre, lui-même évidemment devant le chœur. Dès le premier ensemble, les deux chanteurs à la tessiture la plus haute se démarquent, à commencer par la soprano , déjà pièce maîtresse de la distribution dans la même œuvre à la Philharmonie de Paris en 2015 sous la baguette de Jesús López Cobos. Son timbre corsé trouve un phrasé legato apte à monter sans difficulté à la dernière octave ; elle dépasse grâce à une voix particulièrement bien placée la mezzo-soprano dans le duo Quis est homo, même si la Française ne démérite jamais pendant la soirée.

Chez les hommes, le timbre nasal du ténor est compensé par son agilité à monter à l’aigu et sa tenue de souffle, tandis que la basse remplaçant Erwin Schrott d’abord prévu affiche de beaux graves, mais pèche par l’incapacité à détacher le regard de sa partition, et chante donc en permanence la tête penchée, au risque de gêner la projection et de limiter la portée du texte.

Tenu ici par le choeur, Quando corpus morietur offre un style véritablement introspectif avant le retour de l’orchestre pour In sempiterna sæcula, dynamique et lumineuse ouverture pour clôturer l’ouvrage sur une note optimiste.

Crédit photographique : © FSD 2017 / Ch. Fillieule

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