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Le spectacle continue à l’Opéra de Vichy

ACTU_PORTR-POLYADans un style Art nouveau qui en fait un théâtre lyrique unique en son genre, l’Opéra de Vichy brille aujourd’hui de mille feux, avec sa sublime décoration d’or et d’ivoire qui a bénéficié d’une restauration complète en 1995, par sa programmation riche et exigeante, ou bien encore par sa saison d’été autant que par celle d’hiver. Mais l’Opéra de Vichy a bien d’autres spécificités que sa directrice artistique Diane Polya-Zeitline nous explique dans sa présentation de la nouvelle saison estivale qui va débuter dans quelques jours.

« Pour ma dernière saison, j’ai voulu offrir au public de Vichy quelque chose de flamboyant, avec des pépites à découvrir et d’autres à savourer. »

ResMusica : La saison d’été de l’Opéra de Vichy débute le 24 juin et va durer jusqu’au début d’octobre. Quelle est la thématique de cette nouvelle programmation ?

Diane Polya-Zeitline : C’est une saison principalement tournée autour de la voix. Mais la voix dans toutes ses tessitures et dans toutes ses formes. C’est vraiment la couleur de cette saison d’été. Il y aura plusieurs temps fort dont le projet de l’ autour d’un Mozart amoureux. Monté par son chef , ce concert tournera autour d’œuvres très rarement jouées, que ce soit des airs d’opéras mozartiens peu connus comme L’Oca del Caira ou encore Lo sposo deluso, que des cassations, nocturnes et ouvertures. Avec la participation de et quatre autres solistes, ce projet sera présenté pour la première fois à l’Opéra de Vichy.

Début août, à travers la chaleureuse voix de contralto de , Mozart côtoiera Rossini alors que le ténor et le guitariste vont nous présenter fin juillet « une nuit de Séville à Venise » où la musique de résonnera avec celle de Donizetti, Paganini ou bien de Verdi. L’Italie… bien présente également avec l’ensemble Le Banquet accompagné de la soprano et le contre-ténor qui interpréteront notamment le Psaume 51 de Pergolèse, notez l’originalité, et le bouleversant Nisi Dominus de Vivaldi.

Cette année encore, nous proposons une nouvelle production lyrique, Don Giovanni, qui sera tout d’abord présentée au festival de Lausanne et qui sera remontée à Vichy avec une nouvelle distribution concoctée par mes soins. Ce sera donc une prise de rôle pour qui incarnera Don Giovanni et nous remonterons le Chœur de l’Opéra de Vichy pour cet opéra, chœur créé à l’occasion du Don Pasquale de Donizetti en 2015. Et puis nous terminerons cette saison avec un grand hommage à pour le 40ème anniversaire de sa disparition. chantera pour cette soirée, les grands airs où la diva s’est particulièrement illustrée, entre le Vissi d’arte de Tosca de Puccini, l’Addio del passato de la Traviata et Voi lo sapete du Cavalleria Rusticana de Mascagni notamment.

RM : Mais la programmation ne se compose pas autour de la voix uniquement…

DPZ : Oui, en effet. Nous présentons également une nouvelle production de ballet avec le chorégraphe Victor Ullate. Le Victor Ullate Ballet dansera Carmen sur la musique de Bizet évidemment mais la danse sera aussi insufflée par la musique espagnole de Pedro Navarrete.

La musique de chambre est quant à elle mise à l’honneur dans le cadre de nos concerts déjeuners du dimanche matin. Les concerts déjeuners se composent d’une heure de musique suivie d’un déjeuner chez notre partenaire l’Aletti Palace, déjeuner facultatif si le public ne peut assister seulement qu’au concert. Une rencontre avec les musiciens est organisée après le repas : Tout d’abord avec le qui jouera le Trio « des Esprits » op. 70 n° 1 de Beethoven, le trio en la mineur de Ravel, mais aussi une œuvre méconnue du compositeur russe Nikolaï Roslavets, trio plein de profondeur et de virtuosité. Viendront ensuite le violoniste et le pianiste pour la Sonate « du Printemps » de Beethoven et la Sonate en la majeur de . Le troisième concert déjeuner sera assuré par le pianiste et une partie des musiciens de l’ en formation inhabituelle de musique de chambre.

« Non seulement nous avons le plus bel Opéra de France, mais c’est aussi celui qui est le plus modestement doté. »

RM : Cette programmation présente un bon équilibre entre les grands classiques du répertoire et les découvertes, comment arrivez-vous à calibrer cela ? Comment se sont orientés vos choix ?

DPZ : On ne sait jamais ce que le public de Vichy attend, et même après vingt-sept ans à la tête de cet Opéra ! Ce public est, je dois le dire, un public fantastique : attentif, curieux et qui accepte les nouveautés. Pour ma dernière saison, puisque je me retire après cette saison estivale, j’ai voulu leur offrir quelque chose de flamboyant, avec des pépites à découvrir et d’autres à savourer. Je voulais leur proposer un feu d’artifice autour de la voix puisque cet Opéra est conçu pour la voix.

Nous sommes une petite maison dotée de l’un des plus beaux théâtres de France, et cela dans une petite ville de 25 000 habitants. C’est un magnifique théâtre avec une capacité d’accueil extraordinaire mais avec des moyens extraordinairement limités. Non seulement nous avons le plus bel Opéra de France, mais c’est aussi celui qui est le plus modestement doté. Nous faisons le meilleur avec une toute petite équipe : à l’administration nous sommes 4, à la technique ils sont 6, 2 à la billetterie… C’est vraiment une petite équipe d’une quinzaine de personnes, mais toutes animées d’une même passion portée par la somptuosité du lieu et par les références qui y sont liées. Beaucoup de choses se sont passées ici, sur le plan musical ou de la danse, puisque que Béjart a débuté sur la scène de l’Opéra de Vichy, et il y a eu des musiciens extraordinaires qui ont commencé à diriger dans ce lieu comme  ou encore Roberto Benzi… Nous restons dans cette continuité en faisant venir des artistes qui débutent mais aussi des artistes confirmés. C’est cela que j’ai voulu, depuis vingt-sept ans, démontrer et donner à voir.

141125171559_vy025jdRM : C’est grâce à ce passé que vous arrivez à faire venir des grands noms ?

DPZ : La réputation de la qualité d’accueil, de l’acoustique, du lieu et de cette ville sublime, ont contribué, en vingt-sept ans, à faire émerger cet Opéra pour de bonnes raisons. C’est un travail commun : de la municipalité, des équipes artistiques, des équipes administratives, des gens passionnés comme moi et mon équipe qui se battons au quotidien.

RM : Justement, à quoi correspond le quotidien à l’Opéra de Vichy ?

DPZ : Nous sommes un Opéra très particulier parce que nous sommes en Province et nous avons la plus grande salle de France en dehors de Marseille, je crois, qui est plus grande que nous. Mais alors que nous sommes parmi les plus grandes salles en capacité d’accueil, nous n’avons ni chœur, ni orchestre, ni ateliers. Nous sommes donc un lieu d’accueil ce qui a d’ailleurs toujours été le cas. Avant on accueillait aussi des nouvelles productions dans ces conditions, sauf qu’à l’époque, c’était financé par les jeux qui subventionnaient la culture à Vichy : la roulette, les grands jeux… Cela existe encore à Monte-Carlo où c’est la société des Bains de Mer qui participe à la programmation artistique. Or à Vichy, tout cela est terminé. Les jeux sont désormais des machines à sous qui engendrent de l’argent, mais cela ne correspond pas du tout aux subventions d’autrefois. Depuis un an, nous avons une association, les Amis de l’Opéra de Vichy (AOVi), menée par Etienne Béchet de Balan, qui va, en tout cas nous l’espérons, nous permettre d’élargir notre public, notamment aux jeunes, et développer le mécénat.

Travailler à l’Opéra de Vichy, cela correspond à onze mois d’activités rythmés autour de deux saisons : la saison d’été est purement musicale, et la saison d’hiver, la « saison de proximité », permet au public de la région d’apprécier les pièces de théâtre qui ont eu du succès à Paris l’année passée. Présenter deux saisons très différentes est une démarche volontaire de notre part. Nous avons cherché à garder la tradition estivale de Vichy. Quand je suis arrivée à Vichy, il n’y avait pas de chauffage dans la salle parce que c’était un théâtre d’été ! Alors qu’autrefois c’était une ville saisonnière centrée autour des thermes, Vichy est désormais une ville qui vit toute l’année. Nous n’avons donc pas le même public en hiver qu’en été, c’est pour cela que je parle de « saison de proximité » en hiver, destinée au public régional, alors que l’été, les touristes sont également présents en raison de la richesse de la région.

RM : A chaque saison, vous arrivez à monter une nouvelle production ?

DPZ : Pour la saison d’été, nous faisons en sorte de proposer un ou deux opéras. Le Couronnement de Poppée cet hiver, Don Giovanni cet été ainsi que le concert « Mozart amoureux » avec l’. Pour nous, le problème est que nous n’avons pas d’orchestre à demeure et que l’on doit tout importer. Ce sont des frais colossaux, notamment pour les répétitions où les artistes restent généralement trois semaines à Vichy. Les productions sont ainsi plus chères chez nous qu’ailleurs.

« Pour nous, le problème est que nous n’avons pas d’orchestre à demeure et que l’on doit tout importer. »

RM : L’Opéra de Vichy compte entre ses murs également un musée et un fonds documentaire, n’est-ce pas ?

DPZ : Le musée de l’Opéra possède toutes les archives de l’Opéra de Vichy. Elles sont ouvertes à tous. Cette année, une exposition assez extraordinaire a été montée, puisque l’arrière-petit-fils de l’architecte Charles Le Cœur qui a construit l’Opéra, l’historien d’art Marc Le Cœur, est en train d’écrire une monographie sur l’Opéra de Vichy. Cette exposition entre mai et décembre 2017 s’intitule « L’Opéra de Vichy 1898-1903, le souffle d’un art nouveau. » Tous les ans, le musée propose une nouvelle exposition thématique.

RM : Et pour le jeune public ?

DPZ : En fonction de nos grands rendez-vous, vont également être organisés des ateliers avec le Centre national du costume de Scène. Pour l’ensemble Pygmalion par exemple, un atelier « à la Cour du roi » est prévu avec rubans et dentelles, et sera accompagné d’une visite du CNCS, centre absolument magnifique. Ces ateliers ont lieu à l’Opéra de Vichy et six rendez-vous ont été préparés par mon équipe cette année. Avec l’édition « Voix nouvelles », organisée par le dont je suis vice-présidente au côté de son président , une animation à l’Opéra de Vichy sera enfin proposée en octobre.

Crédits photographiques : Opéra de Vichy © Christophe Morlat – Diane Polya-Zeitline, directrice artistique de l’Opéra de Vichy © Valentin UTA – Opéra de Vichy © J. Damase

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