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Daniele Gatti revient en France avec le Mahler Chamber Orchestra

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Saint Denis. Basilique. 16-VI-2017. Ludwig van Beethoven (1770-1827) : Symphonie n°2 en ré op. 36 ; symphonie n° 6 en fa op. 68 « Pastorale ». Alban Berg (1885 -1935) : Concerto pour violon « À la mémoire d’un ange ». Christian Tetzlaff, violon. Mahler Chamber Orchestra, direction : Daniele Gatti.

MCO-D-GattiPour sa première apparition en France depuis son départ de l’Orchestre National de France et son arrivée en tant que directeur musical de l’Orchestre du Concertgebouw d’Amsterdam, revient au Festival de Saint-Denis avec le dans un programme Beethoven-Berg. Les Symphonies n°2 & 6 jouées à la manière des plus grands du siècle dernier présentent un Beethoven sans concession, quand le Concerto pour violon de Berg trouve une collaboration idéale entre le chef italien et le violoniste .

Au premier accord résonnant dans la Basilique des Rois, il semble que les cordes du créé par Claudio Abbado ont fait un bond en arrière de plusieurs décennies, pour s’orienter vers les interprétations beethovéniennes entendues au disque jusque dans les années 1980. La pression exercée sur les violons par , assez similaire à celle d’un Karajan cinquante ans plus tôt, surprend en concert aujourd’hui, surtout dans un Poco sostenuto d’une deuxième symphonie jouée à la façon d’une troisième ou cinquième, sans la légèreté souvent attendue à notre époque dans les premières œuvres du maître de Bonn.

Cette première impression évacuée, force est de constater que la maîtrise d’orchestre est incroyable et que la moindre demande du chef, la moindre nuance ou intonation, est respectée. Le délié très marqué aux cordes rend superbes les parties de soutien des violons, auxquels s’ajoutent les magnifiques bois du Mahler Chamber, parmi lesquels il faut déjà louer le premier hautbois et la première flûte, celle-ci sur un instrument Böhm au son d’une clarté particulièrement mise en valeur dans l’acoustique de Saint-Denis.

Enchaînée sans entracte après le concerto, la Symphonie Pastorale trouve exactement la même approche de la part du chef italien, celle d’une partition jouée avec les reprises et dans un tempo lent, dont le travail de détail permet à l’auditeur de profiter de chaque intervention des bois précités en plus cette fois du basson, de la clarinette et d’une seconde flûte, eux aussi parvenus au niveau de leurs confrères. Cette interprétation aux attaques franches et à la continuité sans défaut trouve seulement une fatigue dans les mains de cordes sollicitées plus de deux heures sans avoir effectué une seule vraie pause, cette usure se ressentant encore plus chez les premiers violons que dans d’autres groupes, tandis qu’aux cuivres se remarque la tenue exemplaire des cors et trombones.

Entre les deux symphonies de Beethoven, l’orchestre propose l’une des pièces fétiches de Daniele Gatti avec le Concerto à la mémoire d’un ange d’. porte la partie soliste et l’emmène jusqu’à ses limites grâce au superbe timbre de son violon Stefan-Peter Greiner, au risque même de s’écarter légèrement de la partition à deux moments. L’orchestre s’accorde totalement à cette interprétation sans concession et donne à l’œuvre tout son mystère, dans une pureté qu’accentue la réverbération de la Basilique. Chaque phrase du violoniste trouve alors une réponse dans les accords éthérés des bois et les nappes des cordes, en plus d’un glockenspiel très inspiré, à même de délivrer les derniers instants avec une rare finesse.

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  • Michel LONCIN

    « Un bond en arrière de plusieurs décennies, pour s’orienter vers les interprétations beethovéniennes entendues au disque jusque dans les années 1980 » … ? « La pression exercée sur les violons par Daniele Gatti, assez similaire à celle d’un Karajan cinquante ans plus tôt » … ? « La légèreté souvent attendue à notre époque dans les premières œuvres du maître de Bonn » … ? Eh bien, TANT MIEUX !!! Que reviennent ENFIN des interprétations pré romantiques, « à la Karajan » (dont on ne s’est que trop moqué) d’un Beethoven que sépare de ses illustres aînés cet événement capital qu’est la RUPTURE qui s’appelle Révolution française … bien plutôt que cette stylisation « baroque » hagarde, devenue, à « notre époque », l’esthétique OBLIGEE de l’interprétation … jusqu’aux alentours de la moitié du XIXème siècle … voire même chez Brahms, Bruckner et Mahler (certain chef britannique n’a-t-il pas pour « Credo », l’abolition absolue du vibrato jusqu’en … 1945 ?!) !!!

    S’agissant de la 2ème Symphonie de Beethoven, il conviendrait de ne tout de même pas oublier que, conçue en 1802, en pleine période dépressive, voire même désespérée du compositeur prenant définitivement conscience du drame de sa surdité, elle s’inscrit dans l’agonie morale de Heiligenstadt … ? Il suffit de mesurer le « tragique » que symbolisent cette « couleur » de ré mineur dans le cadre d’un premier mouvement en Ré Majeur, ce déchirement au sein du « climax » du second mouvement (très modulant) ou la dissonance fondamentale de 7ème de dominante du quatrième, jugé à l’époque « confus », « tapageur », « barbare ». Alors … la … « légèreté attendue à notre époque dans les premières œuvres du maître de Bonn » …

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