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Israel Galván et son flamenco décalé dans FLA.CO.MEN

Danse , La Scène, Spectacles Danse

Paris. Théâtre de la Ville-Espace Cardin. 19-VI-2017. Fla.Co.Men d’Israel Galván. Direction, chorégraphie et danse : Israel Galván. Chanteurs : David Lagos, Tomás de Perrate. Musiciens : Eloisa Cantón, Caracafé, Proyecto Lorca : Juan Jiménez Alba, Antonio Moreno. Direction artistique et chorégraphie de « Sevillanas » : Pedro G. Romero, mise en scène et chorégraphie de « Alegrías » : Patricia Caballero. Conception lumières : Rubén Camacho. Son : Pedro León. Costumes : Concha Rodríguez.

FLA.CO.MEN_JEREZ_ 1-®HugoGumielHumour, joie et talent sont au rendez-vous dans le détonnant FLA.CO.MEN, où réinvente le flamenco à travers une grammaire gestuelle empreinte de dérision. La musique conduite par deux chanteurs et quatre musiciens espiègles s’affranchit elle aussi des canons du flamenco traditionnel. Les maîtres-mots semblent être avant tout liberté, partage et amusement.

, né en 1973 à Séville de parents danseurs, évolue dans le milieu du flamenco dès son plus jeune âge, avant de monter son premier spectacle en 1998, ¡Mira!/Los zapatos rojos couronné de succès. De nombreux prix sont venus récompenser une créativité qui a su relever le pari de renouveler un langage aussi codifié et traditionnel que le flamenco.

Dès son entrée sur scène, le registre comique s’impose. Israel Galván attribue des significations drolatiques à des gestes d’inspiration flamenca, le tout accompagné de grimaces et d’onomatopées grotesques. Un geste représente « tortilla », un autre « ¡olé, viva yo! », et pour « danser en costume traditionnel » il arbore un tablier de cuisine, raillant ainsi les clichés espagnols, de la bonne chère à la fierté du peuple péninsulaire. De nombreuses allusions au folklore ibérique ponctuent la pièce et font l’objet de saynètes burlesques comme la véronique, passe de muleta exécutée avec un petit bout de tissu rouge ou encore la parodie d’un paso doble entre deux hommes. Le spectacle se place sous le signe du détournement, jusque dans le traitement du corps du danseur de flamenco, d’ordinaire incarnation de puissance et de virilité. Israel Galván endosse quant à lui un corset puis une robe de danseuse. S’il semble user (et abuser peut-être) d’expédients comiques et accessoires, cela n’enlève rien à la virtuosité et à l’originalité de la proposition chorégraphique et de l’interprétation. La danse n’est pas seulement amusante, elle est avant tout innovante et plaisante.

FLA.CO.MEN_JEREZ_6-®HugoGumiel

Au-delà du détournement de la culture flamenca et plus généralement de la culture espagnole, Israel Galván et ses musiciens explorent les voies d’une musicalité décalée et parfois dissonante en introduisant notamment des instruments incongrus dans le flamenco (guitare électrique, xylophone…). Israel Galván s’amuse également de tout et de rien tant que cela peut faire du bruit : une chaise, une chaussure en céramique qui finit brisée, un cahier aux pages arrachées qui finit piétiné, des pièces de monnaie. Et comme si ses zapateados parfois amplifiés à outrance ne suffisaient pas, il actionnent deux tambours à l’aide de ses pieds ou même de sa tête. Avec un esprit enfantin, la moindre découverte sonore est amplifiée dans un crescendo surprenant, sans craindre de frôler parfois le ridicule ni de susciter l’incompréhension du spectateur. Triomphent alors la liberté créative et la joie partagée d’artistes qui ne se prennent pas au sérieux.

Si certains passages déjantés peuvent déconcerter, et si le recours éculé aux coulisses apparentes n’apporte pas grand chose si ce n’est une rupture regrettable dans l’enchainement des tableaux, l’intense énergie de la troupe, chanteurs et musiciens jouant également le jeu d’un flamenco décalé, est particulièrement communicative. Israel Galván et ses musiciens ne manquent pas de volonté d’embarquer le public dans leur folie joyeuse. On rêverait d’ailleurs de voir ce genre de spectacle dans une configuration plus circulaire et participative, comme dans une plazuela andalouse !

Crédits photographiques : © Hugo Gumiel

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