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Festival Chostakovitch : Rozhdestvensky dirige la Staatskapelle de Dresde

Festivals, La Scène, Musique symphonique

Dresde. Semperoper. 2-VI-2017. Festival Chostakovitch de Gohrisch. Dimitri Chostakovitch (1906-1975) : Symphonie n° 1 en sol mineur op. 11. Symphonie n° 15 en la majeur op. 141. Staatskapelle Dresden, direction : Gennadi Rozhdestvensky.

4578_RozhdestvenskyÀ 86 ans, Gennady Rozhdestvensky est l’un des derniers chefs encore vivant à avoir collaboré étroitement avec . Les récentes annulations de concerts parisiens, le deuxième parce que son nom ne se trouvait pas sur le billet, ont quelque peu refroidi les ardeurs du public et même des programmateurs. Mais il n’en reste pas moins qu’entendre encore cet artiste au pupitre aujourd’hui reste un moment unique, comme ce jeudi soir, dans le cadre du Festival Chostakovitch de Gohrisch, au Semperoper devant une Staatskapelle Dresden fascinante de couleurs et de détails.

La trompette débute en sourdine, vite rejointe par le basson, et déjà la Symphonie n° 1 de Chostakovitch présente à Dresde un son très particulier, absolument pas allemand, mais pas totalement russe non plus, même si l’on se souvient avec quelle facilité Rozhdestvensky peut transformer en quelques secondes la sonorité d’un orchestre, celui de Paris à Pleyel, ou celui du Konzerthaus à Berlin. Il faut aussi rappeler que la phalange saxonne, au temps de la RDA, a été conduite par les plus grands chefs russes, à commencer par Kirill Kondrachine, sans pour autant perdre ses timbres cristallins.

Elle possède donc bien l’aigreur et la tension demandées par la partition, ce deuxième élément étant renforcé par la distance que prend parfois le chef en se contentant seulement de regarder l’orchestre et de l’infléchir par quelques jeux de sourcils, mais elle garde aussi une clarté et une agilité qui ne peuvent la faire passer pour une formation slave, même dans les superbes interventions boisées des flûtes ou celles plus acides des hautbois. Pris lentement, le scherzo n’est jamais alourdi dans les cordes, superbement soutenues par le piano, puis par une petite harmonie splendide dans tous ses éléments pour développer la nostalgique berceuse, jamais sereine même lorsqu’elle est reprise au loin par la première trompette, et défendue par des percussions attentives.

Débuté pianissimo, le lento avance dans la douleur et retrouve seulement des couleurs dans les fantastiques soli du quatuor, dont ceux du premier violon Matthias Wollong et du violoncelle incroyable de chaleur de Gabriel Schwabe. Là encore, Rozhdestvensky garde une certaine distance et laisse faire l’orchestre, tout en le surveillant d’un regard tendre mais suspicieux. L’atmosphère encore radieuse du début de l’œuvre a laissé la place à une ambiance plus froide, accrue par la fantastique capacité des cordes de Dresde à s’assombrir dès que le chef le demande. Les dernières minutes trouvent une terrible puissance dans les accords de timbales. Une pause est nécessaire.

Retour en salle et retour à Chostakovitch, dont ce concert ouvre le 8e Festival qui lui est dédié non loin de là, dans la petite ville de Gohrisch, à trente kilomètres juste après la station thermale de Bad Schandau. Gennady Rozhdestvensky rentre en scène d’un pas lent et attaque la dernière symphonie du maître comme il a abordé la première auparavant. Si l’on se souvient de la puissance de sa direction dans cette œuvre à la Salle Pleyel en 2014, la sensation est similaire aujourd’hui à Dresde. Le chef semble fatigué et ne cherche pas tout de suite à tirer les cordes vers la tension, même s’il surveille toujours ses cuivres pour qu’ils maintiennent une ligne nerveuse par des ruptures anormales, comme le sont les imbrications du thème le plus célèbre de Guillaume Tell de Rossini dans cette partition moderne.

L’Adagio trouve dans le fantastique solo du premier violoncelle un vibrato à faire trembler, tant celui-ci applique une tension nerveuse à cette partie mélancolique, tout juste accompagnée par le reste des cordes en sourdines. Les cors interviennent ensuite de façon parfaite, comme ils le seront dans les citations wagnériennes et mahlériennes de la partition. Puis l’œuvre s’enfonce doucement dans les échanges tendus entre les cordes et la petite harmonie.

4742_RozhdestvenskySi la symphonie dure habituellement quarante-cinq minutes, elle en prend aujourd’hui dix de plus sous la baguette de Rozhdestvensky, et laisse le temps à chaque mesure d’apparaître dans un déroulé par lequel l’allegretto devient l’exacte continuité du mouvement précédent. Aucune légèreté ni aucune célérité ne viennent altérer son avancée avec l’apparition des percussions, que l’on retrouve dans la coda du Finale. Les cordes parviennent presque à faire croire à un sursis, mais leur ligne est toujours entrecoupée par les cuivres, les bois, puis par le célesta et les percussions, dont les derniers instants offrent un alliage et une mise en place absolument parfaits, d’une pureté égale aux derniers soli du piccolo quelques mesures plus tôt. Une très grande soirée qui s’achève en triomphe pour le chef.

Crédits photographiques : © Matthias Creutziger

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