tous les dossiers(1)

Macbeth à Turin, l’admirable Verdi d’Emma Dante

La Scène, Opéra, Opéras

Turin. Teatro Regio. 25-VI-2017. Giuseppe Verdi (1813-1901) : Macbeth, opéra en 4 actes sur un livret de Francesco Maria Piave et Andrea Maffei d’après la tragédie éponyme de William Shakespeare. Mise en scène : Emma Dante. Décors : Carmine Maringola. Costumes : Vanessa Sannino. Lumières : Cristian Zucaro. Chorégraphie : Manuela Lo Sicco. Maître d’armes : Sandro Maria Campana. Avec Anna Pirozzi, Lady Macbeth ; Alexandra Zabala, Dame de Lady Macbeth ; Dalibor Jenis, Macbeth ; Piero Pretti, Macduff ; Vitalij Kowaljow, Banquo ; Cullen Gandy, Malcolm ; Nunzia Lo Presti, Fleanzio ; Francesco Cusumano, Duncan, roi d’Ecosse ; Lorenzo Battagion. Il medico ; Giuseppe Capoferri, un servo di Macbeth ; Marco Sportelli, Il sicario. Acteurs de la Compagnie d’Emma Dante. Elèves de l’Ecole des métiers du spectacle du Teatro Biondo de Palerme. Chœur du Teatro Regio (chef du chœur : Claudio Fenoglio), Orchestre du Teatro Regio, direction : Gianandrea Noseda.

MACBETHLa formidable mise en scène d’ en symbiose totale avec la musique finement et intelligemment dirigée par sont les artisans des ovations qui ont salué la production turinoise de Macbeth de .

Alors que le chœur chante « Schiudi, inferno, la bocca, ed inghiotti nel tuo grembo… » (« Ouvre-toi, gouffre de l’Enfer… »), venant du fond de la scène en lente procession, un groupe de femmes porte la dépouille du roi Duncan assassiné. Pantin désarticulé, sans vie, on le déshabille et deux servantes lui lavent le corps avant sa sépulture. Lui levant les bras, le corps affaissé, l’image de cette toilette sacrée appelle soudain à la mémoire collective. offre l’image terriblement bouleversante d’un Christ en croix, dépouille alanguie et chérie. Comme plus tard, elle montre l’assassinat de Macbeth avec un grand manteau pourpre gisant comme une mare de sang au pied du trône. Quand Lady Macbeth s’empare de ce manteau de sang pour en promener la traîne comme un trophée devant la foule, pas besoin d’autres artifices, pour raconter les ambiances, les perceptions qui habitent les personnages de ce drame shakespearien.

Survolant la caractérisation même des personnages, le discours scénique d’Emma Dante plonge le spectateur dans un ravissement décoratif contrastant avec l’horreur humaine. Les ors, les couronnes descendant des cintres, les chaises d’or, tout dans l’apparat des décors laisse l’impression du faste alors que se trament les pires crimes. Pourtant cette richesse spartiate contraste avec la magnificence musicale de Verdi. Mais comme si la metteure en scène ne s’intéresse pas aux personnages en tant que tels, elle les dirige (magnifiquement) en même temps qu’elle laisse à la musique de Verdi le soin d’en souligner l’esprit.

MACBETHLa musique, celle de Verdi, celle d’un superbe Orchestra del Teatro Regio se fond dans les images d’Emma Dante dont est le coloriste. Dans cette communion artistique, le , superbe, resté en fond de scène ouvre doucement son chant à la stature de Gianandrea Noseda avec l’admirable « Patria oppressa ! Il dolce nome« . Émergeant de la fosse enflammant et sublimant la musique de Verdi, le chef italien en recherche d’une couleur, d’un son particulier, d’une nuance, élève lentement son bras gauche à hauteur d’épaule. Près de son visage sa main pend à la rupture du poignet, les doigts formant une fleur qui éclot ou se referme selon que Noseda veut obtenir une ouverture du son ou un pianissimo.

Sur le plateau, les principaux protagonistes s’immergent dans la masse des autres personnages. Les chœurs s’entourent d’innombrables personnages, tous dans l’unique but de s’intégrer à la mise en scène, au spectacle. Des acteurs, des acrobates, des mimes (formidable Francesco Cusumanio en Duncan, roi d’Ecosse) se font complices des changements de décors. Avec une précision miraculeuse, décors et costumes disparaissent et réapparaissent au rythme des musiques faisant découvrir de scènes en scènes des tableaux tour à tour somptueux ou tragiques. Tout est superbement minuté, tiré au cordeau, avec des acteurs parfaitement dirigés. Les gestes restent naturels, jamais superflus, l’excitation absente, tout reste en symbiose totale avec la musique de Verdi. Jusqu’à la chaise que, dans sa colère, Lady Macbeth renverse en rythme parfait avec la ponctuation de l’orchestre. Les scènes s‘enchaînent sans interruptions, le moindre espace temporel étant habilement utilisé pour le changement du décor. Un travail d’orfèvre au rythme de la musique. Un spectacle magique. Une incroyable maestria de la scène !

Macbeth.03Dans cet environnement mouvant, les protagonistes déambulent pour marquer l’espace de leur empreinte. Ainsi le baryton (Macbeth), dont l’autorité vocale convient au rôle, campe un personnage superbement insignifiant aux côtés d’une (Lady Macbeth) admirablement manipulatrice. Vocalement, la soprano napolitaine possède le rôle et son superbe «Vieni, t’affretta ! Accendere’» attendu a été longuement ovationné. Tout au long de sa passionnelle prestation, emportée, délivre son message vocal vibrant et chaleureux sans se ménager. La chaleur caniculaire, le poids des amples habits, l’imposante perruque de dreadlocks est certainement responsable d’une légère baisse de régime dans son ultime «Una macchia è qui tuttora..». Magnifiques et inspirés ( Macduff) dans son «Ah, la paterna mano !» comme (Banquo) dans son «Studio il passo… Come dal ciel précipita» n’ont pas volé le succès qu’ils ont reçu d’un public conquis par cette production enthousiasmante.

Crédit photographique : ©Ramella & Giannese

Banniere-clefsResMu728-90

Mots-clefs de cet article
Reproduire cet article : Vous avez aimé cet article ? N’hésitez pas à le faire savoir sur votre site, votre blog, etc. ! Le site de ResMusica est protégé par la propriété intellectuelle, mais vous pouvez reproduire de courtes citations de cet article, à condition de faire un lien vers cette page. Pour toute demande de reproduction du texte, écrivez-nous en citant la source que vous voulez reproduire ainsi que le site sur lequel il sera éventuellement autorisé à être reproduit.