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Intense musique de chambre au Festival de la Grange de Meslay

Festivals, La Scène, Musique de chambre et récital

Grange de Meslay. 17 et 18-VI-2017. Œuvres de : Johann Sebastian Bach, Ludwig van Beethoven, Frédéric Chopin, Fritz Kreisler, Robert Schumann, Franz Schubert, Anton Webern, Wolfgang Amadeus Mozart, Claude Debussy, Emmanuel Chabrier, Maurice Ravel, Johannes Brahms. Avec : Sergei Krylov, Michail Lifits, Rafał Blechacz, Yan Levionnois, Adam Laloum, Quatuor Arod, Anne Queffélec.

FMT 2017 LALOUM LEVIONNOISJalousement gardée par l’ombre de Sviatoslav Richter, la Grange de Meslay, est un des hauts-lieux musicaux, demeuré toujours intime. Autour du piano-roi, d’autres instruments entrent royalement en jeu, pour une série de cérémonies solennelles et joyeuses que les petits oiseaux dans le ciel et une famille de canards dans la mare saluent de leurs chants, sous un soleil exceptionnellement ardent.

Pour cette 53e édition du festival, le violoniste et le pianiste ouvrent un week-end dense de cinq concerts. La fusion des deux caractères très différents, voire opposés, est une agréable surprise : l’exubérance du violon se conjugue comme par magie avec le raffinement du piano, dans une fascinante complémentarité. Le programme — la Sonate à Kreuzer de Beethoven puis de petits morceaux « de bis » de Kreisler — permet à chacun de s’affirmer dans sa plus belle expressivité.

Rafał Blechacz prend le relais dans la soirée du samedi. Des pièces relativement rares en concert (quatre Duos BWV 802-805 de Bach, Rondo en sol majeur op. 51-2 et la Troisième Sonate de Beethoven) côtoient les célèbres Nocturne en fa dièse mineur, Deuxième Sonate et Fantaisie de Chopin, et Blechacz excelle dans chaque œuvre. Son sens extrême des détails et sa vision globale s’accordent pour donner de l’intensité au moment voulu.

Le dimanche, le concert du matin, pour lequel le violoncelliste Victor Julien-Laferrière a été initialement annoncé, accueille , le premier étant retenu à Bruxelles suite à son premier prix au Concours international Reine Elisabeth. Le remplaçant, également lauréat du même concours, offre une prestation de très haut vol, parfaitement en phase avec le pianiste . Une grande profondeur se dégage de son interprétation de la musique allemande (Variations en mi-bémol majeure WoO 46 de Beethoven, Fantasiestücke op. 73 et Cinq Pièces dans le ton populaire de Schumann, et surtout, la Sonate n° 1 de Brahms) d’autant que le pianiste, lui aussi, excelle dans ce répertoire. Dans la Sonate de Debussy, le violoncelliste fait parler le français à son instrument, le ton et les intonations sonnant éminemment proches de cette langue. Souplesse, flexibilité et élégance : C’est ainsi que nous avons entendu cette œuvre, dans un tutoiement à la fois respectueux et amical des interprètes vis-à-vis du compositeur. Ce fut incontestablement le moment fort de ce week-end.

FMT 2017 QUATUOR AROD

Dimanche après-midi à 16 heures, le joue Schubert (« Rosamund »), Webern (Cinq mouvements op. 5) et le deuxième Quatuor en mi mineur de Mendelssohn. Dans Schubert les sons mettent un certain temps pour s’accommoder de l’atmosphère sèche de la grange, et c’est à partir du quatrième mouvement que l’on apprécie pleinement la qualité des musiciens dont la fougue est tantôt délibérément lâchée, tantôt admirablement contrôlée. Après des Webern de grande intensité, ils nous offrent à travers le Mendelssohn un pur bonheur, à la fois grave, jovial et mature. Voici de nouveau une version extrêmement vivante de Mendelssohn, compositeur longtemps et injustement relégué au second plan. Au cours du premier mouvement, une corde de l’alto se brise et la musique s’interrompt ; cela permet, grâce à l’intervention du violoncelliste auprès du public, de créer une atmosphère plus que conviviale et à la fin, tout l’auditoire salue chaleureusement les musiciens, avec beaucoup de bienveillance.

Pour terminer ce week-end en Touraine, donner un concert d’ commenté par elle-même est une bonne idée. Beaucoup de danses et de chants dans le programme, de la Partita n° 2 de Bach à l’Alborada del gracioso de Ravel, en passant par la Sonate avec la « Marche turque » de Mozart, la Pavane pour une infante défunte de Ravel, Cancion y danza n° 4 de Mompou ou encore La Neige danse de Debussy. Dans son commentaire, la pianiste déclare associer toujours l’image de la « Marche turque » à celle de Monsieur Jourdain du Bourgeois Gentilhomme, quand il se fait élever au rang de « mamamouchi ». La variété des morceaux qui constituent la soirée reflète la personnalité musicale de cette pianiste ouverte, curieuse et d’un goût sûr. Ses interprétations, qui suscitent chez l’auditeur un sentiment de proximité, offrent toujours un moment de sérénité.

Notons qu’au cours du deuxième week-end, les percussions ont fait une entrée fracassante à la Grange avec , provoquant une petite révolution dans cet endroit calme et paisible.

Crédits photographiques : et ; © Gérard Proust

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