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À Évian, Ein deutsches Requiem dépouillé

Festivals, La Scène, Musique d'ensemble

Évian. La Grange au Lac. 3-VII-2017. Rencontres musicales d’Evian. Johannes Brahms (1833-1897) : Ein deutsche Requiem, op. 45. Rachel Harnisch, soprano ; Krešimir Stražanac, baryton. Nicholas Angelich, piano. Martin Helmchen, piano. Chœur des Bayerischen Rundfunks. Direction musicale : Howard Arman.

Deutches Requiem.01Dans le cadre inspirant du théâtre de La Grange au Lac d’Évian, la version à deux pianos du Deutsches Requiem de trouve un reliquaire idéal à l’expression du sacré.

Comme lors de sa représentation à la Philharmonie de Paris en juin 2015, les Rencontres musicales d’Évian ont programmé ce Deutsches Requiem de Brahms dans la version avec l’accompagnement de deux pianos qu’il offrit à Clara Schumann avant d’être arrangée par August Grüters en 1868. Ici cependant, pas de mise en scène. L’œuvre est interprétée avec une dépouillement total. Enfin, presque. Parce que l’espace de La Grange au Lac, la « tente en bois » comme la nommait Mstislav Rostropovitch, est un lieu propice à l’extraordinaire, cette salle de spectacle entièrement construite en bois et qui voit sur son fond de scène, les troncs blancs d’une forêt de bouleaux donnant l’impression d’être au milieu d’un bois épais s’est transformée en un écrin d’intimité. Poésie d’un lieu magique dont l’acoustique superbe apporte un plus à tous les concerts qui y sont présentés.

Et cette interprétation n’est pas en reste. Plus dépouillée que la version avec orchestre, l’accompagnement avec deux piano force chaque musicien à une plus grande attention d’écoute de l’autre. Ainsi se crée une enveloppe musicale du plus bel effet. Certes, lorsqu’on peut compter sur une attaque en pianissimo de la première phrase de ce requiem Selig sind, die da Leid tragen… de l’incroyable qualité de celle du , tout apparait facile, évident, même si l’on constate une plus grande aisance dans les tempos plus lents que dans les « fugues ».

Côté solistes, la voix de baryton de est d’une belle pureté. Pourtant la diction parfaite ne suffit pas à ce spécialiste du chant religieux à convaincre de son engagement artistique. Comme absent du texte, il expose son chant sans grande conviction. Tout à l’opposé de la soprano qui, dans son Ihr habt nun Traurigkeit laisse transparaître l’intériorité de la profonde douleur ressentie en même temps que le bel apaisement de ces paroles de consolation.

Devant la direction précise et impliquée de , en parfaits musiciens, les pianistes (plus démonstratif) et (peut-être plus sincèrement impliqué) se plient à l’unité de l’œuvre ainsi composée.

Le public, longtemps respectueux du silence prolongeant les ultimes accords, a réservé un triomphe à une interprétation empreinte d’authenticité et d’implication artistique.

Crédit photographique : © Matthieu Joffres

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